78ème Semaine Sociale
"L'argent"
14, 15 et 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris

Notre Dame de Pentecôte

L'argent et la rémunération.
Manifeste.

 

La rémunération est une question sensible. En parler, donner un avis, faire des propositions suppose un minimum d'expérience, d'étude et de réflexion.

Il n'y a pas de solutions standard idéales en accord parfait avec une vision chrétienne du monde. Un système de rémunération sera toujours contingent. Mais il faut se poser, honnêtement et avec courage, les bonnes questions et choisir la solution la plus conforme au respect de l'homme ainsi qu'au contexte économique, politique, national et culturel de l'entreprise.

Qu'est-ce que le juste salaire ? Qu'est-ce que la juste rémunération du capital investi ? Les valeurs sont différentes d'un pays à l'autre. Les traditions ne sont pas les mêmes suivant le secteur d'activité. Les jeunes ne réagissent pas comme les anciens. L'individuel et le collectif sont parfois difficiles à concilier. Chacun, se comparant à ceux qui l'entourent, a presque toujours le sentiment d'être moins bien traité qu'un autre. L'argent est devenu à la fois le moyen suprême du pouvoir et une fin en soi, ce qui fausse gravement son usage.

Il est néanmoins quelques critères d'appréciation sur lesquels nous devrions tous nous retrouver. Pour qu'un système de rémunération soit acceptable, il faut qu'il soit perçu comme transparent, simple, cohérent, équitable, efficace, tout en préservant la solidarité et l'adaptabilité . Cela passe généralement par de la concertation, de la négociation, du contrôle et donc un minimum de consensus.

Toutes ces conditions sont rarement respectées. Les écarts de ressources sont souvent exagérés, voire extravagants. Les grilles de salaire et les composantes des systèmes de rémunération (primes variables, stock options, avantages en nature …) sont parfois opaques. La reconnaissance est souvent trop centrée sur le poste de travail, le statut et l'ancienneté et pas assez sur les compétences et les performances des personnes. L'individualisation exagérée et les fluctuations dans le temps de la conjoncture économique n'induisent pas spontanément la solidarité.

Un système de rétribution de l'activité productive des hommes, moralement, humainement et économiquement acceptable, est pour l'entreprise l'un des éléments indispensables pour assurer l'amélioration de ses performances (pérennité, adaptabilité) ainsi que la satisfaction des personnes qui y travaillent (promotion, employabilité) et donc sa fiabilité sociale.

Il nous faut aborder le problème de la rémunération calmement mais fermement pour répondre en conscience et de façon concrète à tous ces aspects. Très liée au mode de management et à la façon de positionner les personnes (classification), la rémunération est un enjeu de cohérence dans les pratiques de l'entreprise, un enjeu de changement de regard personnel, un enjeu de débat et de dialogue social.

Chercher, trouver, défendre et mettre en place un nouveau système de rémunération, cela demande, comme en d'autres domaines, en particulier pour des chrétiens, d'être 

  • compétents, et toujours plus, en lien avec les autres,
  • modestes, ce qui ne conduit pas à se considérer comme illégitimes,
  • clairs en étant capables de discernement (compromis n'est pas compromission)
  • libres, en particulier par rapport à l'argent,
  • justes, équitables et
  • courageux.

Une telle démarche passe souvent par une remise en cause de nos façons de concevoir l'homme, le travail, l'homme au travail, l'organisation du travail et les objectifs de l'entreprise. La rémunération n'est pas le tout de la reconnaissance.


L'argent serviteur.

Proposition de prescriptions, conseils et discernement pour ceux qui ne sont pas résignés.

L'argent est une question sensible. En parler, donner un avis, faire des propositions, porter des jugements, suppose un minimum de réflexion, de compétence et d'expérience vécue.

L'argent pour beaucoup est devenu un objectif en soi et la principale source de la puissance des hommes et des institutions qui le détiennent. De ce fait son usage en a été gravement perverti.

Paradoxalement, la pauvreté volontaire peut conduire à la liberté intérieure, à la convivialité, véritable richesse de l'homme en société, tandis que la richesse peut conduire à la sècheresse du cœur, à l'insatisfaction et à l'inquiétude permanente, véritable misère des hommes isolés.

L'homme n'est pas qu'un simple homo-économicus, il a besoin de sens (signification, direction, sensualité), de relations, de projet, d'appartenir à une famille. L'argent est un moyen dont nous avons tous besoin mais il ne doit pas être notre raison d'être sur cette planète.

Comment nous comporter et organiser nos sociétés pour que la pauvreté qui existera toujours ici ou là soit vivable dans la convivialité avec l'espoir d'un mieux vivre et non pas être le chemin qui conduit à la misère et à l'exclusion ? (La pauvreté ne doit pas être l'anti-chambre de la misère)

Insérés dans nos sociétés par nos diverses activités et responsabilités, nous avons vocation :

  • à contribuer aux débats concernant la production, l'utilisation et la distribution des richesses, en étant particulièrement attentifs aux processus d'exclusion et de pauvreté,
  • à prendre, à l'échelon local, national, international, les initiatives concrètes, paroles ou actions, qui portent témoignage de la foi qui nous inspire et nous oriente.

Nous sommes invités à témoigner de l'espérance qui est en nous, en cherchant à vivre et à agir autrement.

L'argent, l'un des facteurs qui mesure la richesse et la pauvreté, doit être une occasion de réflexion.

  • Quel est mon rapport à l'argent, pratiquement et symboliquement ?
  • Quel est mon degré de liberté par rapport à l'argent ?
  • Quand j'en ai plus, suis-je plus libre, ou est-ce le contraire ? (Et inversement)
  • Quelles sont mes préférences, mais aussi, mes silences, mes complicités, mes ambiguïtés ?
  • Que puis-je faire de l'argent ou des biens dont je n'ai pas vraiment besoin, dans quelle proportion ?
  • Qu'aurai-je envie de faire de l'argent et des biens que je désire et que je n'ai pas ?
  • Pourquoi suis-je plus ou moins rémunéré que mon collègue ou que celui, dans un autre pays, qui a les mêmes compétences que moi ?
  • Ce qui est à moi, suis-je vraiment le seul à devoir en profiter ?
  • Mes économies, mes placements, si j'en fais ou si je pouvais en faire, où et comment les investir ?
  • Quelles sont les valeurs que je transmets du fait de l'utilisation de mon argent, de la façon dont j'en use avec mes proches et en particulier avec mes enfants ?
  • Est-ce que tout service, tout bien, tout temps affecté doit avoir une contrepartie monétaire ?
  • Qu'est-ce qui peut, ou qui doit, relever de la gratuité ? Dans mon entourage, le bénévolat, l'engagement syndical, politique, religieux.
  • L'Eglise est constituée de l'ensemble des chrétiens. Elle est aussi une institution qui nécessite des moyens ? Comment j'interviens, physiquement et monétairement pour lui permettre de fonctionner normalement et de remplir sa mission auprès des pauvres, ceux pour qui le Christ est venu prioritairement ?

Les directions ont pris l'habitude de dire que les hommes sont la première richesse de l'entreprise dans laquelle ils travaillent, et pourtant, quand une entreprise va mal, c'est de l'argent que les directions cherchent pour la renflouer, investir ou payer ses dettes.

L'homme sans activité a la même valeur et a droit au même respect que tous ceux qui ont un emploi, et pourtant, la première et presque unique demande qui est faite pour lui est d'avoir un peu d'argent pour qu'il puisse se maintenir dans son groupe social.

L'argent ne doit pas être l'objectif d'une vie, mais il est un des indicateurs de la façon dont nous pouvons conduire notre vie. Notre façon de nous comporter vis-à-vis de lui traduit notre façon de nous comporter vis-à-vis des autres.

  • Avons-nous tous le droit à l'activité en tant que co-créateurs de notre univers ?
  • Avons-nous la possibilité d'acquérir les compétences et les connaissances nécessaires pour nous permettre, ce qui est notre devoir, d'être effectivement actifs ?
  • Avons-nous le droit de recevoir une part équitable, en fonction de notre contribution et de nos besoins ?
  • Que nous soyons riches ou pauvres, comment agir ensemble, vis-à-vis des pauvres et des riches, et vis-à-vis des institutions locales, nationales, internationales, pour produire dès à présent plus de justice, plus de solidarité et plus d'efficacité au plan économique et social ?
  • Quelle capacité avons-nous à prendre position, à prendre la parole, à contester, à refuser, à proposer, à animer, à piloter, à militer, à négocier pour produire du changement ?
  • Quelle cohérence y a-t-il entre ce que nous disons, ce que nous pensons et notre façon de vivre et de nous comporter ?
  • Avons-nous choisi entre la passivité, l'action, la résistance, la réforme, la rupture, la révolte ?

Tout cela implique un double mouvement : individuel (conversion) et collectif (engagement pour le bien commun)

Pour que nous soyons capables de faire changer les règles et les mœurs concernant l'argent, cela demande, comme en d'autres domaines, en particulier pour des chrétiens, que nous soyons :

  • compétents, et toujours plus, en lien avec les autres,
  • modestes, ce qui ne conduit pas à se considérer comme illégitimes,
  • clairs en étant capables de discernement (compromis n'est pas compromission)
  • libres, en particulier par rapport à l'argent,
  • justes, équitables et
  • courageux.

« Heureux les pauvres …. » est-il dit dans les béatitudes, certes, mais cela n'a de sens que dans la perspective de l'amour de Dieu et du prochain (et de soi même).

 

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