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78ème Semaine Sociale
"L'argent"
14, 15 et 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
L’Argent et le Secours Catholique
Pour les personnes accueillies par le Secours Catholique, l’argent est
un souci quotidien. En effet, plus de 40 % d’entre elles vivent uniquement
des transferts sociaux. En 2002, par exemple, 70 % des personnes signalent
des impayés – pour un montant moyen de l’ordre de 1.560
euros et un montant total de plusieurs dizaines de millions d’euros.
Enfin toutes les catégories de familles rencontrées, sans exception,
ont un niveau de vie moyen inférieur au seuil de pauvreté, à savoir
moins de 550 euros par mois.
Un compte bancaire, des moyens de paiement à distance, même lorsqu’on
est interdit de chéquier, des crédits adaptés, des frais
réduits, un compte insaisissable, voilà ce qui est demandé par
la plupart des personnes à faibles revenus et particulièrement
par celles que le Secours Catholique accueille.
Mais toutes demandent, surtout, une écoute attentive et une prise en
compte de leur situation. C’est ce manque d’écoute, d’attention
qui est ressenti le plus durement, comme une injustice, comme une atteinte à la
dignité. « On ne prend du temps qu’avec ceux qui ont de
l’argent ». Le refus de considérer la particularité des
personnes en difficulté conduit souvent celles-ci à des situations
aggravées, parfois même à l’exclusion. A l’exclusion
bancaire, de toute façon, puisque ces services ne sont plus accessibles.
L’exclusion ne se situe pas tant dans la clôture ou le refus d’ouverture
de comptes que dans l’accès à l’information. Les
victimes resteront celles et ceux qui n’ont aucun pouvoir de négociation.
Et dont les comptes n’intéressent aucune banque.
Le risque est de voir l’endettement accentuer la tendance au dualisme
de la société : déjà, près de six millions
de personnes sont aujourd’hui, dans notre pays, exclues de tout ou partie
des services bancaires. L’exclusion de la sphère marchande de
millions d’individus (jeunes, femmes seules, immigrés …)
n’est pas acceptable pour des raisons d’équité sociale
mais aussi parce que l’on stérilise, se faisant, un potentiel
considérable de production et de consommation, en enfonçant nombre
de ménages dans les logiques de travail au noir ou autres dérives
en marge de la légalité.
La majorité des institutions financières a, pour des raisons
de risques ou de coûts, déserté cette large composante
de l’économie nationale et de la société.
Le décalage est donc fort entre les préoccupations d’une
finalité sociétale de la finance et les logiques lourdes des
instituions financières entérinées par leur clientèle
et pour le moins tolérées par les pouvoirs politiques : une rentabilité à court
terme quasi-automatiquement porteuse d’exclusion financière et
souvent sociale.
Et pourtant l’argent constitue un véritable moyen d’échange. C’est un outil utile pour favoriser des relations humanisantes entre
les hommes. L’argent peut favoriser la croissance économique et
le développement des peuples.
Il existe d’ailleurs une longue tradition de pensée religieuse
sur la gestion des biens. Nous sommes mandatés par Dieu pour gérer
argent et biens, pour leur faire produire du fruit au bénéfice
de toute l’humanité.
Il est clair que l’argent peut constituer une valeur positive et plus
particulièrement le crédit même s’il y a obligation à assurer
une meilleure protection de ses utilisateurs et des victimes potentielles de
ses mauvais usages, et s’il y a nécessité à moraliser
certaines dérives de ses pratiques.
Ainsi la société juste et fraternelle que le Secours Catholique
aspire à construire, n’est pas une société sans
système bancaire. La banque doit y prendre sa place en apportant la
même considération à chaque client, même s’il
est pauvre.
On peut donc fabriquer du lien social avec de l’argent distribué également à chacun.
De même dans les débats actuels concernant le pouvoir de l’argent,
la bulle financière, la Bourse, le choix des investissements, les chrétiens
ne peuvent rester les bras croisés ni être absents du débat,
laissant à d’autres le soin de prendre les initiatives pour que
les pauvres ne soient ni les victimes ni les otages d’un système
sans alternative !
Mais c’est aussi parce que c’est un grand moyen de liberté que
l’argent est en même temps un grand moyen d’oppression. De
l’ordre des moyens, l’argent peut devenir une fin, un absolu qui
se substitue au vrai Dieu : il peut devenir une idole ; fait pour servir, il
peut asservir.
Certes le crédit , l’argent peuvent être ou devenir un outil
de lutte contre l’exclusion, si tant est – et cela est essentiel
dans la démarche du Secours Catholique – qu’un véritable
travail pédagogique soit entrepris et qu’un accompagnement humain
de qualité soit mis en place.
En effet, pour les équipes du Secours Catholique, s’il est indispensable
que la notion d’argent soit perçue de manière plus objective – comme
moyen et non comme finalité voire comme force du Mal – il ne faut
pas non plus que nos équipes locales, nos équipes de délégations
soient instrumentalisées. Il faut éviter que le seul support
de relation avec les personnes accueillies reposent sur l’argent.
Le distributif pur et simple n’est pas une réponse de dignité,
ni une réponse qui fait grandir les personnes. Que ce soient les secours – qui
ont objectivement une raison d’être dans maintes situations de
grande précarité – ou bien les prêts, ou les garanties
financières apportées à telle ou telle activité,
ce qui demeure essentiel reste bien le projet de la personne accueillie et
accompagnée, sa capacité à développer ses propre
aptitudes. Le secours financier n’a de valeur que si il a réellement
un sens pour la personne à qui on le propose.
L’argent au Secours Catholique, c’est aussi bien évidemment
celui de la générosité de nos donateurs. C’est bien
la « Force du Don » qui permet au Secours Catholique d’être
au plus près des personnes en difficulté, d’aller à leur
rencontre face aux situations de grande pauvreté qu’elles connaissent.
Ainsi, l’argent, les collectes de fonds constituent également
une belle forme de partage.
Mais là encore, le partage ne peut se réduire à la seule
contribution financière. Donner de l’argent sans se donner soi-même
est insuffisant. Partager veut dire, dans la mesure de ses moyens, donner de
son temps, de son avoir, de son pouvoir, de ses qualifications.
Juillet 2003
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