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78ème Semaine Sociale
"L'argent"
14, 15 et 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
L’argent et la société St-Vincent de Paul
Quelle gageure que de donner des conseils pratiques aux chrétiens
pour les guider dans leur rapport quotidien à l’argent !
La tâche est, de surcroît, compliquée par la multiplicité des
questions que le sujet appelle (par exemple : « le bon emploi de l’argent
dans l’Église », sujet sur lequel cette dernière
ne semble d’ailleurs pas encore avoir trouvé sa ligne de conduite).
Il convient donc de faire des choix dans la réflexion qui ne peut se
résumer qu’à des « pistes » destinées à s’insérer
dans un travail collectif.
Vous ne pouvez servir deux maîtres : Dieu et l’argent.
Jésus nous dit : Vous ne pouvez servir deux maîtres : Dieu
et l’argent. Est pour cela que les premiers chrétiens mettaient
tout en commun ?
Dans l’ancien testament aussi la propriété individuelle
semble bien remise à plat à chaque fin de jubilé (Lévites
25… car la terre M’appartient). De même l’exemple de
Salomon, qui a reçu d’abondantes richesses (qu’il avait
eu la sagesse de ne pas demander !) montre que, pour Dieu, l’argent n’est
qu’un outil parmi d’autres… et qu’il ne peut donc en
aucune manière devenir un maître, et encore moins LE maître.
Cette vocation utilitaire de l’argent est directement explicitée
dans les deux scènes de l’impôt romain et de l’impôt
du Temple. Il n’y est question que d’un service collectif. Pour
des Chrétiens, ce service collectif doit être fraternité.
Le Notre Père le dit merveilleusement :
…
donne NOUS notre pain quotidien … C’est-à-dire le mien et
celui de mes frères, faute de quoi je suis dans l’obligation de
partager ;
…
pardonne NOUS NOS péchés … Cela veut il dire que chacun
est un peu responsable des péchés des autres ? C’est bien
possible ! Certaines fois en tous les cas…
L’amour vrai est gratuité.
Comme tout dans notre vie chrétienne, notre rapport à l’argent
doit être régi pas la charité et l’amour. Or l’amour
vrai est gratuité :… vous avez reçu gratuitement… ; … quand
vous faites l’aumône, que votre main gauche ignore ce que donne
votre main droite...
La perfection est atteinte dans le don total, celui des deux
piécettes
de la veuve au temple de Jérusalem. Sans le savoir peut être,
cette femme était un exemple d’abandon à la Providence
qui nourrit les oiseaux et vêt les lis des champ … sans oublier
de pourvoir aux besoins des apôtres envoyés en mission.
Cette gratuité absolue est caractéristique de l’amour chrétien,
et elle peut amener au don de la vie (les exemples, connus ou non, ne s’en
comptent plus).
La course effrénée à l’argent qui caractérise
notre société à l’heure actuelle n’est pas
une fin en soi. Elle masque une course au bonheur assuré par la possession
de biens matériels. Il est bien oublié le conseil de saint Augustin
qui affirmait que la seule quête qui vaille pour l’Homme est celle
de Dieu.
Si l’Homme est institué maître de la terre il se l’est
approprié au fil du temps. Aujourd’hui, les progrès sont
tels que cet Homme sent qu’il est maintenant à sa portée
de créer la vie, sans parler de l’ensemble des autres progrès
qui, malgré la criante injustice de leur répartition, ne manquent
d’être fascinants.
Pour l’essentiel ces progrès sont d’ordre matériel,
faisant abstraction de la dimension fondamentalement spirituelle de l’Homme.
Plus ce dernier semble dominer la création, et plus il donne l’impression
d’oublier son créateur. Sa quête de bonheur le conduit à quelque
chose qui ressemble au néant. Son horizon se vide, vide à cause
du gaspillage et de la destruction… et sans se poser de questions sur
ce qu’il laisse aux générations futures.
Plus grave : ces progrès bénéficient à un petit
nombre. La spirale infernale semble sans fin : les riches sont toujours plus
riches et les pauvres plus pauvres. Notre société apparaît
comme engluée dans la consommation et l’égoïsme paraît être
le maître mot de son fonctionnement. Comment réagir en tant que
chrétien à une situation aussi anti-évangélique
? Saint Jacques répond : c’est par les œuvres que je montrerai
ma foi (2,14-18). Deux extraits de la première béatitude et de
la première sentence du Jugement dernier complètent cet éclairage
: Heureux les pauvres de cœur ; J’ai eu faim et vous m’avez
donné à manger.
A cette lumière, il sera plus facile à chaque chrétien,
lorsqu’il prie le soir, de se demander : Aujourd’hui, ai-je aidé un
frère, un autre enfant de Dieu, ne serait ce que par une écoute
ou une attention à son égard ? Aujourd’hui ai-je succombé à la
consommation - gaspillage ? Si je réponds : non, je dois me demander à qui
profitera concrètement cet effort ? Aujourd’hui ai-je posé un
acte gratuit ? Aujourd’hui ai-je participé à un combat
en faveur d’une meilleure répartition des richesses (dans le quotidien
cela peut se traduire par l’achat de produits équitables type
Max Havelaar, ou aux normes ISO 8000, refusant le travail des enfants ; par
de l’investissement dans de l’épargne solidaire ou des placements éthiques).
La route ne sera pas toujours facile. Nous aurons l’indication (jamais
la certitude) que nous sommes sur la voie de l’amour gratuit si nous
sommes enclins à dire, comme Vincent de Paul au soir de sa vie, qu’il
faut toujours faire davantage.
Guy Baslé
(membre du conseil d’administration
du conseil national de France
de la Sté de St Vincent de Paul)
automne 2003
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