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Célébration du Centenaire des Semaines
Sociales de France Vendredi 24 septembre 2004 - 19 h 00
Voici le moment venu d’ouvrir la parenthèse
festive de nos travaux, le moment de célébrer le centenaire
des Semaines Sociales. Vous l’avez certainement bien perçu,
nous sommes tous trop jeunes pour s’attarder à des commémorations,
mais en concluant son intervention magistrale, Andrea Riccardi nous a
invités à poursuivre nos travaux en essayant de répondre à un
double devoir : celui de recevoir un testament et celui de nous
ouvrir avec espérance au futur.
Eh bien, je vais essayer de vous proposer, pour ce moment
de réflexion, de joie et d’action de grâces, quelques
pistes pour répondre à ce double devoir.
1°) René Rémond nous a bien aidés
ce matin à recevoir le testament de la double génération
de nos prédécesseurs. Laissez-moi souligner deux ou trois
choses qui me frappent particulièrement.
D’abord, la foi, l’audace tranquille, la
conviction agissante de nos deux jumeaux et de ceux qui, dans les années
80, ont su reprendre leur flambeau : Jean Gélamur, Alain
Barrère, Jean Flory, Jean Boissonnat et bien d’autres. Et
pensant à ces derniers, je ne peux me passer d’évoquer
la réunion du petit groupe qui a repris le cours des Semaines
Sociales dans une salle glaciale de Saint-Denis.
Pensant à nos fondateurs, je suis frappé aussi
de voir combien ils ont vite su trouver leur identité et s’y
tenir :
- être
résolument une association de laïcs en lien respectueux avec
la hiérarchie ecclésiastique mais dans le respect de l’identité et
de la liberté de chacun, ce qui aujourd’hui nous semble
aller de soi.
- Leur
choix de s’en tenir au sérieux de la réflexion orientée
vers l’action et le souci du concret ; il n’y a guère,
dans leurs interventions, de gémissement sur la dureté des
temps ; ils ne s’attardent pas dans le confort de la dénonciation
ou de l’indicible mais il se consacre à une réflexion
attentive, au plus près du réel. De là la fécondité de
leur action, sans que jamais ils ne revendiquent une paternité quelconque
sur des initiatives suggérées à temps et à contretemps à leur
tribune.
Un centenaire étant une occasion d’exception,
peut-être faut-il néanmoins que j’indique qu’ils
ont probablement, de quelque manière, contribué à des
avancées sociales de notre siècle : les assurances
sociales, l’impôt progressif, le RMI et quelques autres.
J’ajoute qu’il y en a encore bien d’autres dans les
tuyaux qui attendent d’être reprises par les pouvoirs publics,
mais ça viendra, vous verrez et je devrais dire à Jean
Boissonnat qu’il y a encore, je pense, de l’espoir, pour
le statut du travailleur auquel il a consacré tout son talent
de conviction.
Je suis frappé aussi de la manière dont
ils ont su vivre d’emblée la laïcité, et n’oublions
pas que nous sommes en 1904. La laïcité -mais non le laïcisme-
comme espace de tolérance et de dialogue pour la fraternité.
- Vivant
aussi et développant cette intimité qui nous semble si évidente
aujourd’hui entre le christianisme et une démocratie véritablement
participative. Leur engagement dans ce domaine est sans réserve
ainsi que leur souci de former des hommes et des femmes qui acceptent
de s’engager dans la vie politique, la forme la plus éminente
de la charité, dira un souverain pontife.
Ils ont pleinement compris -avant même que la phrase
soit prononcée en 1992 par Mgr Matagrin, cet autre prophète
si ami des Semaines Sociales de France- que « la politique
aujourd’hui se situe au niveau des fins essentielles ».
De là tout leur travail pour accompagner et soutenir les chrétiens
dans leur engagement sans les définir à leur place mais
attentifs aux enjeux nouveaux qui surgissent pour travailler à leur élucidation,
stimuler l’imagination et la créativité, l’échange
et le dialogue.
Tout cela est un autre trait dont je suis fier de dire
qu’il demeure actuel, sans constituer une chapelle, mais en demeurant
avec les autres au service des autres. Au service des autres, sans être
un mouvement de plus mais simplement un instrument assez fiable et ouvert à tous
pour que tous les autres mouvements chrétiens puissent s’y
sentir confortables et partager une réflexion commune. Avec les
autres, c’est-à-dire d’abord avec l’Eglise et
pour elle. Et je voudrais dire ma gratitude à son Éminence,
l’envoyé spécial du Saint-Père et le président
de la Conférence épiscopale de France, pour la confiance
amicale qu’il me porte.
Avec les autres -et ici je pense à tous ceux qui,
au cours de notre histoire, nous ont soutenus et accompagnés dans
le soutien mutuel-, je voudrais en particulier dire ici la reconnaissance
que nous portons aux équipes des Jésuites, de l’Action
populaire, du CERA et de Projet auxquelles nous lie un compagnonnage
maintenant centenaire.
Je voudrais aussi dire notre gratitude pour ceux qui, à l’échelle
européenne, ont accepté si généreusement
de s’associer à nous dans notre travail pour nous aider à l’ouvrir à l’Europe.
Je n’ai pas de mots pour remercier assez les amis du Comité central
des catholiques allemands comme nos amis des Semaines sociales européennes
et ceux -je ne peux pas les nommer tous- qui ont accepté de prendre
part aux travaux de l’équipe internationale qui a porté la
préparation de notre rencontre d’aujourd’hui.
Ceci m’amène enfin à souligner un
dernier trait, centenaire aussi, de l’appartenance des Semaines
Sociales de France à la mouvance européenne.
Les Semaines Sociales -on ne le dit pas assez- sont fille
d’Europe. Leur fondateur se réfère à l’exemple
des cours sociaux institués en Allemagne par l’abbé Hitze
et l’industriel Brandts de Munchen-Gladbach, mais cela dit, quand
j’essaie de rendre à César ce qui est à César,
et que j’évoque cela dans mes conversations avec Hans Joachim
Meyer, il me dit que nos grands ancêtres allemands étaient
eux-mêmes influencés par des catholiques belges, irlandais
et même français. Voilà ce que les économistes
appelleraient une circularité vertueuse...
2°) Nous ouvrir avec espérance au futur
Avons-nous à ce point, riches de cet héritage,
quelque chose à faire ou à dire encore ?
Nous avons entendu ce matin une provocation malicieuse à ce
propos. Notre réponse est évidemment oui, sans que nous
ayons besoin, pour le faire, d’une sorte de grand soir. Ce futur
vers lequel nous nous orientons ressemblera beaucoup à ce que,
grâce à vous, nous vivons ici ce soir.
Bien sûr, les Semaines Sociales vont continuer à travailler
selon leur formule habituelle et les thèmes ne manqueront pas,
tellement notre réalité d’aujourd’hui est faite
de problèmes anciens non résolus et du surgissement de
questions redoutables : le tissu social de nos sociétés
se déchire, de nouvelles inégalités apparaissent,
les communautarismes défient l’harmonie de nos sociétés
Les questions donc ne manqueront pas, auxquelles nous continueront d’appliquer
notre éthique de dialogue, de réflexion et de propositions,
en donnant toute sa place à une réflexion éthique
sur ces réalités nouvelles. Tout au plus peut-être
devrons-nous nous décider à devenir itinérants,
tellement cette expérience lilloise nous y donne le goût.
Mais la question sociale est devenue mondiale et d’abord
aujourd’hui européenne. Nous avons été tous
frappés de la difficulté de celle-ci telle qu’elle
ressortait hier des propos de Romano Prodi. Alors, oui, il faut que Lille
ait une suite européenne. C’est comme ça très
certainement que nos fondateurs aborderaient aujourd’hui les réalités
de notre monde. Si nous sommes fidèles à leur message,
notre approche de l’Europe tiendra probablement en quatre mots :
ouverture, partage fraternité et Espérance.
Ouverture - Telle est la définition de l’Europe
par le Saint-Père. Il nous faudra faire en sorte qu’elle
ne soit pas une forteresse mais se comporte dans le monde en promotrice
d’échanges et de dialogue des civilisations.
Nous devrons faire aussi qu’elle soit partage.
On ne peut pas devenir la première puissance commerciale du monde
sans éviter les responsabilités que cela comporte. Le temps
est trop court pour entrer dans le détail mais, regardez cette
carte : l’Afrique est perdue dans le bleu des océans
qui nous entourent. C’est hélas un symbole involontaire
d’une réalité à laquelle nous ne voulons pas
nous résigner. Une Europe chrétienne doit se reconnaître
-je l’ai répété maintes fois- sinon dans un
texte constitutionnel, en tous cas dans le partage. Partage avec les
immigrants, partage avec les pays du Tiers monde -et en particulier avec
l’Afrique- dans un partenariat vrai et le respect de la parole
donnée. Comment ne pas rappeler que, dans le texte prophétique
du 9 mai 1950, Robert Schuman parlait, certes, de la paix mondiale, mais
aussi d’agir en sorte que la réussite économique
de la nouvelle Europe contribue au décollage économique
de l’Afrique.
L’europe doit jouer tout son rôle dans la
communauté des nations. Elle doit contribuer à inventer
une civilisation universelle du vivre ensemble et pour cela, alors qu’elle
mène déjà des combats constants pour le respect
des droits humains, nous veillons à ce qu’elle soit exemplaire
aussi dans le respect du seul devoir stipulé à l’article
1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « agir
en toute chose dans un esprit de fraternité ». C’est
alors seulement qu’elle pourra être reconnue aussi pour ce
qu’elle dit d’elle-même dans le préambule de
la Constitution : « un espace privilégié de
l’espérance humaine ».
Espérance - Je ne sais si les Constituants mesuraient
la portée de cette formidable parole. Mais prenons-les au mot,
en sachant cependant que l’espérance n’est pas faite
d’optimisme naïf ; elle est un choix ; elle est
un combat. Choisissons donc d’être tous ensemble des hommes
et des femmes de fraternité et d’espérance.
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