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Dimanche 26 septembre 2004
Cher Envoyé Spécial du Saint-Père,
Cher Cardinal Etchegaray, Chers Amis,
Voici le moment venu de conclure. Il y a cent ans, nos
fondateurs se jetaient à l’eau : les Semaines sociales
naissaient à Lyon ; ils avaient compris que devant ce que
Léon XIII appelait la question sociale, les laïcs chrétiens
devaient s’engager à la lumière du message, de la
Parole reçue. Aujourd’hui, la question sociale est devenue
mondiale, mais la même Parole nous interpelle, toujours nouvelle.
Laissez-moi commencer en vous remerciant vous tous qui
nous avez aidés dans l’organisation de cette fête
et de cette rencontre, vous tous surtout qui êtes venus de loin
pour la vivre avec nous. Mgr Homeyer disait hier que nous vivons un « tournant
historique ». S’il y a eu un tel tournant, il est dû à vos
encouragements pressants nous invitant à prendre le risque de
cette rencontre, à votre amitié, à votre attention
au mûrissement de ce projet. Encore fallait-il qu’il se concrétise
et c’est votre venue et votre participation vibrante qu’ils
l’ont réalisé ; et permettez-moi de dire une
mention spéciale de la délégation italienne qui,
sous l’enthousiasme et la profondeur de ses propositions, l’a
tellement enrichi, même si elle n’est pas à la tribune
ce matin.
Que dire à chaud de ces quatre jours vécus
ensemble ? Nous en revenons changés.
Nous en revenons avec une grande fierté d’Europe,
fierté d’appartenir à ce que le Premier Ministre
Dieter Althaus a appelé une communauté de valeurs, mais
aussi à une famille, dont nous connaissons un peu mieux désormais
la diversité des visages, des cultures, des modes de pensée
et d’expression et avec elle évidemment la merveilleuse
diversité nationale et oecuménique des visages du christianisme
social. Nous en revenons avec une irrésistible envie d’Europe.
Nous sommes une famille enfin réunie et dont les membres sont
avides de se reconnaître, de faire revivre toute la richesse de
leur héritage et de cheminer ensemble.
Nous en revenons changés parce que vous nous avez
donné un formidable « coup de jeune » en
secouant nos torpeurs et préjugés, en nous invitant à poursuivre
ce périple sur ces nouveaux chemins que nous ouvrons en nous mettant
en route. »Coup de jeune » aussi grâce, précisément,
aux jeunes qui nous ont accompagnés et nous précèdent
sur ce chemin du plus d’Europe. Un merci tout spécial à eux
en espérant qu’ils continueront à avancer et à nous
secouer.
« Coup de jeune » enfin parce qu’il
est bien clair que vous ne voulez pas être sur la défensive,
mais être -dans tous les domaines où se joue l’avenir
de l’homme- des forces de propositions et des porteurs d’espérance,
prêts à prendre de nouvelles responsabilités, qu’il
s’agisse de l’environnement, de la formation continue, du
combat contre l’exclusion que vous voulez mener, non pas tellement
pour les exclus mais mieux, avec eux et à leur initiative...
Dire cela, c’est évidemment affirmer que,
pour chacun de nous, l’Europe ne pourra plus être un « machin
bureaucratique » mais une dimension précieuse de notre
identité ; un lieu de démocratie participative et
d’œcuménisme exigeant et fraternel ! Je puis
donc me hâter de répondre à l’interpellation
de Mgr Ricard. L’institution centenaire des Semaines Sociales de
France -après ce « coup de jeune »- sera évidemment
européenne ou ne sera plus. Nous devons prendre hardiment ce virage ;
cela n’enlèvera rien, d’ailleurs, aux méthodes
d’observation et de réflexion sérieuse, de dialogue
et de recherche de propositions novatrices que nous avons, sur les pas
de nos fondateurs, développées jusqu’ici.
Sur notre Europe, vous avez formulé des messages
tous teintés de la diversité de vos expériences
et de vos histoires, mais ils convergent sur quelques observations fortes
qui sautent aux yeux : l’Europe est à un tournant.
Voici que s’ouvrent des perspectives prometteuses pour elle et
pour le monde. Mais la construction est fragile : rien n’est
acquis, tout peut s’ensabler. Son destin est entre nos mains. Les
messages des forums sont, à mon sens, très explicites à ce
propos. Vous venez de les entendre. Je ne les répète pas,
mais laissez-moi souligner quelques conclusions particulièrement
riches de sens ou particulièrement concrètes, ou simplement
qui m’ont tout spécialement frappé ce matin.
Parlons de la famille - Ne devons-nous pas retenir que,
s’il n’y a pas de politique européenne de la famille,
nous devons au moins faire en sorte que chaque fois qu’ils s’apprêtent à légiférer,
nos législateurs soient amenés à se demander : « Cette
nouvelle mesure est-elle « family compatible »,
c’est-à-dire respecte-elle, protège-t-elle les familles
et surtout les plus vulnérables d’entre elles, fussent-elles
monoparentales ou simplement familles nombreuses ?
C’est là que commence une « social
inclusive strategy » dont Fintan Farrell vient de parler.
Une stratégie qui doit se négocier non à vingt-cinq
mais à vingt-six, avec le vingt-sixième État, l’État
dans l’État des 17 millions de chômeurs. Ce modèle
social européen dont Romano Prodi nous a dit qu’il était
si difficile à mettre en place. C’est là que se joue
un véritable développement durable dans cette circularité positive
entre la cohésion sociale et la croissance de l’Europe,
l’une étant la condition du renforcement de l’autre
dans le respect de la création et celui des générations
futures. Cela, évidemment, implique des choix que trop souvent
nous éludons, préférant régler nos problèmes
par l’endettement et donc en empilant sur les épaules de
nos enfants des dettes qui ne sont que le reflet de nos insouciances
ou de la facilité.
La paix est évidemment, avec le partage, le domaine
où la vocation mondiale de l’Europe est la plus affirmée.
S’il est bien vrai que la vocation du christianisme social est
de s’attaquer au mal à sa racine, la paix -cette découverte
du don de Dieu face à la violence tapie aux portes de nos cœurs-
devient évidemment une de nos préoccupations premières.
Ici, beaucoup de suggestions fondamentales ont été faites, à commencer
par celles d’œuvrer de toutes nos forces à poursuivre
le travail entamé il y a soixante ans et si vigoureusement enrichi
depuis le 9 mai 1950 pour fonder, sur le droit et le soutien au plus
faible, l’ordre international. Cela par l’action de nos églises
et de nos organisations de la société civile, en complémentarité des
actions diplomatiques, et ici laissez-moi dire notre admiration pour
ce qu’ont su inventer nos amis de Sant’Egidio. Cette action
doit être aussi un soutien à la création et au renforcement
des juridictions internationales tellement, sans leur action, il ne peut
y avoir de vraie réconciliation.
Que l’Europe soit aussi un soldat efficace de la
paix ! Mais gardons-nous de la rhétorique creuse face aux
seigneurs de la guerre. Contribuons aux forces internationales de la
paix mais donnons-leur les moyens nécessaires, militaires et politiques
de faire puissamment, efficacement, humainement leur travail.
Et puis, innovons hardiment. Soyons prêts à réunir
nos voix et nos sièges aux Nations Unies ou dans les organisations
de Bretton Woods. Soyons prêts à dégager de nouvelles
ressources pour financer les biens publics mondiaux, en commençant
par taxer le commerce des armes. Et pourquoi ne proposerions-nous pas
que les jeunes Européens aient la possibilité, sur la base
du volontariat, d’effectuer une année de service civil ?
Elle leur permettrait d’expérimenter concrètement
le défi du vivre ensemble et du partage avec le monde. Cette année
devrait être reconnue et validée dans leur formation et
cela implique que nous soutenions l’adoption rapide du statut européen
du volontariat.
Et enfin, continuons notre tâche d’éveilleurs
et d’éducateurs comme parents mais aussi plus généralement,
pour aider nos contemporains à prendre en main le monde dans lequel
ils vivent. Et ici je voudrais saluer les efforts dans ce pays -mais
j’imagine qu’ils se développent aussi dans d’autres-
pour lancer les Assises Chrétiennes de la Mondialisation.
Pour cette Europe qui, face à la pauvreté chez
elle et dans le monde, doit être reconnue comme chrétienne
au partage du pain, gardons tous à l’esprit et au cœur
l’adresse inspirée à l’Europe de Jean-Claude
Petit et ce message que les jeunes ont fait défiler à l’écran : « Resserrons
notre partenariat avec l’Afrique », un partenariat vrai
qui commence par la parole tenue ; gardons sous les yeux les objectifs
du millénaire ; ils sont notre parole, veillons à ce
qu’elle soit tenue.
Oui, faisons de l’Europe -comme le disait Pascal
Lamy- une bonne nouvelle ; faisons qu’elle devienne ce que
les Constituants en ont dit : « Un espace privilégié de
l’espérance humaine ». Il y a mille obstacles à abattre,
des habitudes à changer... Apportons à nos États
essoufflés l’oxygène de nos rencontres. Pratiquons
l’espérance. La vertu non pas des optimistes béats,
mais des hommes et des femmes forts, forts parce qu’ils savent
leur faiblesse, habités de la force qui vient de leur fraternité et
comme Mgr Monsengwo nous l’a rappelé, celle qui vient de
leur participation à l’Eucharistie de leur Seigneur. C’est
elle qui va nous rassembler maintenant. C’est là que nos
rencontres culminent et c’est de là que nous partons plein
de joie et d’espérance vers les grands espaces des chantiers
du nouveau siècle. Un mot encore, simplement, pour passer la parole
et le relais à nos amis du ZdK, à leur Secrétaire
général, Stefan Vesper.
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