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Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord de vous dire ma joie
et tout le plaisir que j’ai éprouvé à participer à cette
semaine sociale, ici, à Lille. J’ai particulièrement
apprécié la qualité de la réflexion, la richesse
des échanges et des rencontres. Comme chacun d’entre-vous,
j’en ai fait mon miel. Ce qui ne veut pas dire que je me suis contenté de
butiner de ci de là ! J’en repars dynamisé,
soutenu par ce souffle, cette passion de poursuivre l’édification
de l’Union Européenne que j’ai ressenti au cours de
cette rencontre. Avouons que nos peuples et nos Eglises ont besoin, aujourd’hui
plus que jamais, de ce souffle et de cette passion.
Comme Président de la Conférence des Evêques
de France, je voudrais maintenant dire la gratitude et les encouragements
des évêques de France aux Semaines Sociales de France, à leur
Président et à leurs animateurs.
La gratitude, tout d’abord, pour tout ce que, durant
ces cent années d’existence, les Semaines Sociales ont apporté à l’Eglise, à la
société française et même au-delà,
comme enrichissement à la réflexion, conscientisation et
force de propositions concrètes, dans les domaines de la vie sociale, économique,
politique, culturelle et des relations internationales.
A la suite du Pape Jean-Paul II qui nous a fait la joie
de nous adresser un message fort et de mandater comme envoyé spécial
le Cardinal Roger Etchegaray, que je salue très chaleureusement,
je voudrais aussi exprimer l’appui et les encouragements de la
Conférence épiscopale française aux Semaines Sociales
de France. La Conférence a exprimé son soutien quand celles-ci
ont redémarré, il y a quelques années. Elle le réaffirme
aujourd’hui clairement pour la poursuite de leur mission. La présence
de plus de 26 évêques français à cette semaine
sociale en est une significative expression.
Si j’avais à expliciter les raisons de ce
soutien, j’en soulignerais quatre qui sont comme autant d’apports
que les Semaines Sociales ont rendu et peuvent rendre à l’Eglise
et à la société :
- A une époque où certains dans la société voudraient
cantonner la religion au seul domaine personnel des convictions intimes
et où d’autres dans l’Eglise pourraient ne s’intéresser
qu’à l’intériorité ou à la seule
animation des communautés ecclésiales, il est important
de rappeler que le salut de Dieu offert à l’homme s’adresse à lui
dans toutes les dimensions de son être, tant dans sa dimension
personnelle que dans sa dimension sociale. La Bonne Nouvelle de l’Evangile
concerne aussi notre vie ensemble, notre vie en société.
Une réflexion sur l’humanisation de notre vie sociale et
de notre vie politique n’est donc pas matière à option
pour les chrétiens. D’ailleurs, toute l’élaboration
d’une doctrine sociale dans l’Eglise en est sur ce point
une claire illustration. Merci aux Semaines Sociales
de nous le rappeler.
- Dans la société comme dans l’Eglise,
nous donnons aujourd’hui une grande place aux affects, aux sentiments,
aux émotions. On ne peut rejeter cela sans discernement. Mais
il est important de proposer aussi une démarche réflexive
qui fasse appel à l’intelligence et à l’observation
du réel. La pédagogie des Semaines Sociales qui allie analyse
des situations, questionnement critique, très souvent interdisciplinaire,
et élaboration de points de repère pour la pensée
et pour l’action me paraît particulièrement féconde.
Il est important qu’il y ait aujourd’hui, dans notre Eglise,
ce type de proposition.
- Nous avons besoin de nos jours comme en 1904 de prises
de parole et d’initiatives de laïcs, qui vivent pleinement
leur vocation baptismale et prennent leurs responsabilités. Les
Semaines Sociales ont toujours été une institution voulue
par des laïcs et gérée par des laïcs. Liberté d’initiative
et de parole qui n’a pas empêché que s’établisse
au cours du siècle écoulé une confiante collaboration
avec la hiérarchie ecclésiale. Citons simplement tous les
messages que le Saint-Siège a adressé aux Semaines Sociales
et toutes les interventions d’évêques sollicités
dans le cadre de ces Semaines. Des forums comme ceux des Semaines Sociales
permettent l’expression et la maturation d’une opinion publique
chrétienne. Cela me paraît particulièrement important
aujourd’hui.
- Nous risquons toujours en France de nous enfermer sur
nos problèmes hexagonaux. Nous avons besoin de décentrement,
de décloisonnement, d’élargissement des horizons,
de solidarités hors frontières. Les Semaines Sociales ont
porté ce souci. Qu’elles continuent à le porter,
tout particulièrement dans cette ouverture à l’Europe
et au monde. Nous avons vécu un événement exceptionnel
cette année avec la présence de plus de 1.000 frères
et sœurs venus des autres pays d’Europe. Au nom de l’Eglise
qui est en France, je suis heureux de les saluer ce matin et de les remercier
de leur présence. Je dois vous avouer que j’ai pris goût à cette
présence et je me suis posé la question suivante :
faut-il que cette présence reste exceptionnelle ou bien n’est-il
pas hautement souhaitable que cette dimension européenne de la
réflexion et des échanges soit une dimension habituelle
des Semaines Sociales ? L’Evangile nous pousse à nous
faire le prochain de tout homme et le champ de cette exigence est universel.
Il n’est donc pas question de nous enfermer dans des frontières,
fussent-elles européennes. Il faut que notre regard et notre cœur
restent ouverts sur le monde entier. Notre responsabilité d’Européens
vis à vis des pays du Sud reste entière et plus brûlante
que jamais. Un voyage dans l’Afrique des Grands Lacs, au mois de
juillet, à l’invitation des Conférences épiscopales
du Congo, dont je salue le Président, Mgr Laurent Monsengwo, archevêque
de Kisangani, du Burundi et du Rwanda, n’a fait que me renforcer
dans cette conviction. La question que ces pays nous posent est brûlante : « Europe,
qu’as-tu fait de ton frère ? ». Merci aux
Semaines Sociales de nous aider à ne pas fermer les yeux, nos
oreilles et nos esprits à cette redoutable interrogation.
Bref, en conclusion, je dirais que si les Semaines Sociales
n’existaient pas, il faudrait les inventer. Mais, grâce à Dieu,
elles existent. Alors un grand merci à tous leurs responsables, à tous
ceux qui y travaillent. Courage. N’ayez pas peur d’avancer
en eau profonde et de gagner le large. Bon vent et bonne route. Merci.
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