Semaines sociale de 1904
Une « semaine sociale » à Lyon
Cours de doctrine et de Pratique sociales.
Du 1er au 7 août 1904
Nous avons l’honneur de vous inviter à prendre part aux Cours
de doctrine et de pratique sociales qui se tiendront à Lyon,
du 1 er au 7 août prochain.
En instituant ces Cours, suivant l’exemple donné, depuis 1892,
par les catholiques allemands [voir plus bas], nous pensons répondre
aux exigences mêmes de l’action catholique sociale, aussi bien dans
le domaine des œuvres d’éducation populaire que dans celui
des initiatives économiques.
De toutes parts, en effet, on sent le besoin de rattacher des principes sûrs
une action qui devient chaque jour plus intense et plus rayonnante. Mais la
vie à la vapeur, la complexité des œuvres pratiques ne permettent
pas toujours aux hommes de bon vouloir d’aller puiser dans les livres
l’enseignement doctrinal qui éclairera les grands problèmes
sociaux et indiquera les moyens d’en entreprendre la solution. Nos congrès
d’un ou deux jours, si vivants et si nombreux qu’ils puissent être,
ne suffisent pas à cette tâche.
Aussi, croyons-nous venir en aide aux hommes d’action, conseillers de
cercles d’études, directeurs d’instituts sociales, d’œuvres
de jeunesse, de syndicats, aux prêtres, aux étudiants comme aux
hommes de loisir, en leur offrant, durant six jours, une série de conférences
portant sur les points essentiels de la doctrine et de la pratique sociales
et faites par des maîtres en sociologie.
Ces conférences auront donc pour but :
- De montrer l’importance des questions sociales et la part que
chacun doit prendre à leur solution ;
- De marquer le lien qui rattache, les unes aux autres, ces différentes
questions ;
- De traiter à fond les questions essentielles ; d’ouvrir
aux auditeurs des horizons nouveaux et surtout de leur fournir des indications
bibliographiques à l’aides desquelles il leur sera facile de compléter
leur éducation ;
- D’établir des relations personnelles entre les maîtres
de la science sociale et leurs auditeurs, contact fécond pour l’avenir, également
utile aux uns comme aux autres.
Malgré la saison où se tiendront nos réunions, nous espérons
atténuer les inconvénients inévitables des fortes chaleurs,
grâce à l’organisation adoptée. Toutes les conférences
auront lieu en effet dans un grand local parfaitement aéré, pourvu
de cours et jardins : deux conférences occuperont la matinée,
une seule l’après-midi, de 5h.½ à 6h.½. Le
reste du temps sera consacré à des causeries, à des visites
aux œuvres lyonnaises, voire à des fêtes intimes.
Nous avons l’espoir que cette Semaine sociale tentera nos amis, à l’époque
des déplacements de vacances, qu’il nous sera possible de voir réunis,
dans une même pensée de travail fraternel, l’élite
des hommes d’action, nos confrères du journalisme et des œuvres
catholiques, étudiants, membres des cercles d’études, et
que, des relations nouées, de l’enseignement reçu, notre
apostolat retirera un accroissement de vie et d’efficacité.
La Chronique du Sud-Est
Programme de la Semaine
Lundi 1 er, mardi 2 et mercredi 3 août 1904 :
8h.½ : LA PROPRIETE, par M. l’Abbé de Pascal
Lundi :
Notions et fondements du droit de Propriété privée
Mardi :
Caractère et conditions du droit de Propriété
Mercredi :
Adversaires du droit de Propriété
10h.½ : LES INSTITUTIONS RURALES
Lundi : Le syndicat agricole, œuvre
sociale, par M. Emile Duport
Mardi : Les Assurances agricoles, par M. Joseph
Glas
Mercredi : Le Crédit Agricole, par M. Louis Durand
5h.½ : LES ŒUVRES POSTSCOLAIRES, par M. Max Turmann
Jeudi 4, Vendredi 5 et Samedi 6 août 1904 :
8h.½ : LE TRAVAIL, par M. Ch. Antoine
10h.½ : LES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES, par M. Martin Saint-Léon
5h.½ : Jeudi : L’ECOLE LIBRE DE DEMAIN, par M. Jean
Bornet
Vendredi et samedi : LES RETRAITES OUVRIERES, par M. Adéodat
Boissard
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Le cours social pratique d’Allemagne
Le cours social pratique, connu sous le nom d’Université populaire,
remonte à 1892, et est dû à l’initiative de l’abbé Hitze
et de l’industriel Brands de M. Gladbach.
Comme les Universités volantes du moyen-âge, l’Université populaire transporte
chaque année ses chaires dans une autre province pour y ouvrir, pendant
une dizaine de jours, une série de leçons du plus haut intérêt.
Le nombre des auditeurs oscille entre 800 et 1.700, suivant l’importance
des villes choisies et l’activité intelligente du comité directeur.
Rien de plus varié que le programme, rien de plus intéressant
que la manière de l’exécuter. Le programme embrasse le vaste
réseau des questions sociales et ouvrières, dans le cadre et l’esprit
de l’œuvre : tout ce qui intéresse la vie professionnelle
de l’ouvrier, du commerçant, du paysan, est exposé dans
des conférences nourries de faits et d’observations. Le passé,
le présent, l’avenir apparaissent tour à tour sous les couleurs
les plus variées ; le passé pour montrer ce qui a été fait
sur le terrain des revendications ouvrières ; le présent,
pour en marquer les bienfaits et pour les étendre par les réformes
désirables ; l’avenir, pour tracer à chacun la ligne
de conduite à tenir.
Les conférences, est-il dit dans le programme de ces cours, s’étendront
aux questions essentielles du vaste domaine social. On insistera beaucoup sur
les principes en même temps qu’on s’efforcera d’indiquer
la connexion étroite de la théorie et de la pratique. Aussi bien
on tâchera :
- de montrer l’importance des questions sociales et la part que
les classes dirigeantes, et particulièrement le clergé, doivent
prendre à la solution de ces problèmes, d’éveiller
le goût et l’amour des études sociologiques ;
- de marquer le lien qui rattache les unes aux autres les différentes
questions, de mettre en lumière les principes auxquels obéira
le législateur, quand il s’agira des lois ouvrières ;
- de traiter à fond les questions théoriques et pratiques ;
d’ouvrir aux étudiants des horizons nouveaux et surtout de leur
fournir les indications bibliographiques à l’aide desquelles il
leur sera facile de compléter leur formation ;
- d’établir des relations personnelles entre les maîtres
de la science sociale et leurs auditeurs.
Les hommes les plus dévoués, les plus intelligents, les plus
pratiques sont choisis pour traiter ces questions et remplir ce programme. Ce
sont les professeurs de l’Université populaire, professeurs
de circonstance, improvisés pour le besoin de la cause, pris dans toutes
les classes et dans toutes les conditions : légistes, avocats, médecins,
commerçants, industriels, ouvriers de l’usine, hommes de la charrue.
Leur enseignement dure peu. Ce n’est pas un exposé scientifique,
un cours d’apparat, une leçon savamment préparée,
une conférence à effet ; non, mais un entretien familier,
une discussion amicale, un échange de vues et d’observations sociales.
Chacun apporte à l’œuvre commune le trésor de ses
observations et de ses expériences personnelles. On travaille du matin
jusqu’au soir, une semaine toute entière, et quand le soir est
venu, on se repose ensemble dans de grandes réunions qui se prolongent
bien avant dans la nuit, véritables réunions de famille, dans
lesquelles règne toujours une affectueuse estime, une cordiale franchise
et un esprit de bon aloi. Il se dégage ainsi de cette œuvre si
populaire comme un suave parfum : c’est la charité avec ses
délicates attentions que le Christ aimait à mettre dans ses dons.
H. Cetty
(1904)
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