La Lettre n°23 (juillet 2001)
Les associations, lieux de fraternité

Il y a longtemps, il y a un siècle, naissait le droit d'association. Qui se souvient combien la loi du 1er juillet 1901 s'inscrivait dans le violent combat anti-clérical de l'époque ? Les congrégations religieuses, dont le pouvoir temporel n'était pas contestable, se voyaient restreindre leur liberté au point que de nombreux religieux choisirent de s'exiler … Mais une graine de liberté était semée, dont les fruits ne cessent aujourd'hui de proliférer. Véritable antidote à l'individualisme excessif, le fait associatif concerne, de près ou de loin, quatre Français sur cinq.

Si l'on adhère à une association, c'est par altruisme, par désir d'aider les autres, mais c'est aussi pour se réaliser soi-même, car, dans le fond, l'un ne peut plus aller sans l'autre. Aimer son prochain comme soi-même suppose d'être capable de s'aimer soi-même ! Finie donc la caricature du militant associatif comme ouvrier du paradis s'occupant avec condescendance de ses œuvres. Aujourd'hui, ce que l'on fait pour les autres, on le réalise d'abord avec les autres. Plus encore que de solidarité, c'est de l'apprentissage de la fraternité qu'il s'agit.

Le monde associatif est un contrepoids à une satisfaction des besoins reposant trop exclusivement sur le registre de la consommation marchande. Etre actif dans une association, c'est vivre une citoyenneté à la base ou - puisque le mot est aujourd'hui à la mode - une citoyenneté de proximité.
Mais les associations ont aussi leur bureaucratie et, dans certains cas, leurs errements. Les associations font parfois le travail que l'Etat ne sait plus ou ne veut plus faire. S'agit-il d'une banale sous-traitance ou de l'invention d'une forme moderne de délégation responsabilisante ? De nombreux responsables associatifs - dans le social, l'éducatif, le pénitentiaire - portent cette interrogation. Les Français aussi .

Une fois écartées les associations illicites parce qu'elles sont des sociétés commerciales déguisées, il n'y a pas à établir une typologie trop sophistiquée du fait associatif. Qu'elles réunissent des passionnés d'un sport ou d'un loisir, ou qu'elles soient actives pour la réinsertion des plus démunis, toutes les associations, dans leur diversité, contribuent au lien social.

Mais les responsables associatifs doivent rester vigilants, car la démocratie associative s'avère un exercice difficile à vivre au quotidien, et rares sont les jeunes qui se sentent spontanément à l'aise dans les instances où se prennent les décisions. Le risque existe qu'avec l'arrivée du papy-boom - gros pourvoyeur d'énergies prêtes à s'investir dans les associations - le fossé générationnel se creuse encore. Pourtant, un jeune qui a goûté à l'implication associative a de fortes chances d'être militant toute sa vie.
Notre société, notre Eglise, n'en ont jamais eu tant besoin.

Robert Rochefort,
directeur du CREDOC,
vice-président des Semaines Sociales de France

 

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