La Lettre n°24 (octobre 2001)
11 septembre, penser l'après
par Michel Camdessus, président des Semaines Sociales
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Le millénaire a connu, le 11 septembre, sa première
atrocité majeure, minutieusement, froidement calculée. L'Amérique
pleure ses morts ; nous les pleurons avec elle. Elle prie et retrousse
ses manches. A l'heure où j'écris, son gouvernement prépare
sa riposte. Nous lui demandons de faire preuve de cette retenue dont les
grands peuples sont capables. La lutte contre le terrorisme requiert une
solidarité sans faille. La France y est prête, sauf à
répondre par la croisade à un djihad, ce combat spirituel
dévoyé.
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Mais il faut regarder au-delà et nous arrêter
sur ce que nous percevons mieux, après ce drame, de nos propres carences
et de nos insouciances. Pour les corriger.
Impréparation, bien sûr, devant la démesure de l'horreur
dont le terrorisme est capable. On va y pourvoir davantage maintenant et le
sécuritaire va monter de quelques crans dans les programmes politiques.
Mais que faisons-nous devant d'autres défis reconnus du XXe siècle
? Quelle nouvelle catastrophe nous faudra-t-il pour que nous fassions face
efficacement, et tous ensemble, aux défis écologiques ? Quand
nous invitera-t-on à tirer toutes les conséquences, en termes
de co-développement solidaire, de l'inexorable tic-tac de l'horloge
démographique ? Comment notre monde se prépare-t-il à
accueillir, avant le milieu du siècle, ces 2,5 millions d'êtres
humains supplémentaires, dont neuf sur dix seront nés dans des
pays en développement ?
Insuffisance pathétique de notre combat contre la pauvreté
du monde, à la racine même de tous les fanatismes et tous les
désespoirs. Nous y reviendrons. C'est l'heure des initiatives audacieuses,
sans craindre d'apparaître utopique car, hors d'un tel sursaut, nous
rendrions les armes devant le "risque systémique ultime".
Les chantiers surabondent : ouverture du commerce, réduction des ventes
d'armes aux pays fragiles - pourquoi pas d'impôts sur de telles exportations
? -, tenue rigoureuse des engagements ( 1) pris
par le Nord et le Sud ensemble pour réduire systématiquement
la pauvreté au cours des quinze années qui viennent
Mais
qui se souvient de ces engagements pris par plus de soixante-dix chefs d'Etat,
dont les Etats-Unis, à quelques blocs des tours du World Trade Center
? Si, dans la riposte au terrorisme, il fallait se distribuer les rôles,
l'Europe ne devrait-elle pas revendiquer le leadership pour ce volet essentiel
de la stratégie mondiale ?
Retard dans la réforme de la gouvernance mondiale, dans deux directions.
D'abord pour que des problèmes majeurs ignorés lors de la création
des Nations-Unies soient, enfin, mieux pris en charge : l'environnement et
les migrations en particulier ; ensuite pour que les pays en développement
se sentent mieux représentés dans les instances où se
définissent les grandes stratégies mondiales.
Dramatique pauvreté de notre dialogue avec l'islam. On nous citera
mille exemples de rencontres fraternelles, dans les moments d'épreuve.
Mais cela suffit-il pour que les peuples se connaissent, s'estiment, se respectent
? Il est consternant qu'il nous faille de telles circonstances pour entendre
dire que l'islamisme virulent n'a rien à voir - hors certains mots
- avec l'islam religion de paix et d'amour du prochain. Peuples du Livre,
peuples du bord de la même mer, que faisons-nous pour avancer dans le
dialogue de nos cultures et la connaissance des chemins de nos rencontres
avec le Très Miséricordieux ? N'est-il pas temps d'adopter une
conception positive de la laïcité qui permettrait à nos
enfants de rencontrer l'autre dans sa dimension la plus profonde ?
On le voit : face à cette haine, à ce mépris glacial de
l'homme que le terrorisme exprime, c'est un surplus d'humanité qui est
requis d'urgence, par le rejet de la peur, la reconnaissance de nos frères,
le partage de la responsabilité d'un monde qui se fait un, et la solidarité.
La solidarité qui est, comme le dit un poète du Nicaragua, "la
tendresse des peuples".
21 septembre 2001
1. Les engagements du Sommet du Millénaire :
D'ici 2015 :
Réduire de moitié la proportion des personnes dont le revenu
est inférieur à 1 dollar par jour et de celles qui souffrent
de la faim ou qui n'ont pas accès à l'eau potable ;
S'assurer que partout les enfants, garçons et filles, pourront accéder
à une pleine éducation primaire et avoir un égal accès
à tous les niveaux d'éducation ;
Avoir réduit des trois quarts la mortalité infantile et des
deux tiers la mortalité des enfants de moins de cinq ans ;
Avoir stoppé ou commencé de réduire la progression
du sida, de la malaria et des autres grandes maladies ;
Assurer une assistance spéciale aux enfants orphelins du sida.
D'ici 2020 :
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