La Lettre n°25 (janvier 2002)
Acteurs de la démocratie
par Michel Camdessus, président des Semaines Sociales

Premier message de l'année : message pour dire à tous ceux qui soutiennent les Semaines Sociales de France et portent leur renouveau tous les souhaits que je forme pour eux-mêmes et le succès de notre entreprise.
Une année nouvelle s'ouvre : elle va être dominée pour la démocratie française par deux échéances essentielles. Tous, d'une manière ou d'une autre -fût-ce comme simples électeurs- allons en être les acteurs. L'heure vient d'arrêter nos choix, de les justifier et de les partager. De fait, nous nous y sommes préparés à l'occasion de chacune de nos rencontres. Loin de prétendre donner quelque consigne que ce soit, peut-être est-il utile de nous remémorer ces cinq dernières sessions. Elles ont touché à l'essentiel...
Qu'il suffise de parcourir leurs conclusions.

1997 : L'immigration - Nous percevons que le rapport à l'étranger touche au plus profond, au plus humain de l'homme. Nous ne pourrons survivre collectivement qu'en exerçant un devoir d'hospitalité mais en reconnaissant aussi un droit d'hospitalité. Notre objectif est qu'à l'horizon de la prochain décennie, tout immigré actif soit perçu comme un coopérant et son pays d'origine comme un pays associé. Aisni prendra forme ailleurs que dans les mots un processus de co-développement et la migration pourra devenir le simple exercice d'un droit humain à la mobilité.

1998 : Démocratiser la République - Il s'agit de peupler nos institutions de démocrates conscients des valeurs qu'ils incarnent ; par leur comportement au sein des institutions nationales, à tous les niveaux, ils assureront la pérennité de ces valeurs et la vitalité même de la démocratie.

1999 : Les défis de la mondialisation - Pour que celle-ci s'humanise, la solidarité internationale devient une exigence chaque jour plus essentielle. Elle nous oblige à ouvrir les yeux sur la régression de notre effort d'aide au développement alors que nous ne cessons de multiplier nos promesses de soutien aux pays pauvres. Le respect de ces engagements, que nous avons souvent rappelés ici, constitue une obligation de base si nous voulons sérieusement concourir à humaniser la mondialisation. Il en va de même de la promotion et du soutien d'instances de gouvernance mondiale, seule capable de prendre pleinement en compte les exigences d'un bien commun désormais universel.

2000 : Travailler et vivre - Dans l'articulation du travail et de la vie, la mise en place d'un nouveau statut du travailleur apparaît comme une sauvegarde essentielle pour éviter que, de façon subreptice, le droit du travail ne se disolve dans le droit commercial d'une économie non régulée.

2001 : Biologie, médecine et société - Plus que tout autre, cette session nous aura révélé combien, lorsqu'il s'agit de la vie humaine -particulièrement à ses moments extrêmes de fragilité, en son début et à sa fin- le sens de la justice et de la solidarité d'une part, et le respect de la dignité de la vie humaine d'autre part doivent cheminer d'un même pas et appellent notre vigilance de citoyen.

Gardons donc toutes ces exigences présentes à l'esprit et apportons-les au débat démocratique qui s'ouvre. Il doit être vivifié par cette "pression morale libératrice" de la société civile dont parlait Dom Helder Camara et dont nous sommes porteurs avec beaucoup d'autres. C'est la condition même de l'avènement d'un monde plus humain.

 

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