La Lettre n°25 (janvier 2002)
Un chantier de l'épiscopat européen
Pour une gouvernance mondiale ?

Que faire, et comment, pour que la mondialisation soit une "chance partagée" ? Pour répondre à cette question, la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (Comece) a ouvert un chantier qui appelle attention et participation. La Comece est représentative des épiscopats des quinze pays aujourd'hui membre de l'Union Européenne. Son siège est à Bruxelles.

Le premier temps de la démarche a été un "congrès social" réuni à Bruxelles les 31 mars et 1er avril 2000 sur le thème : "La responsabilité de l'Europe pour le développement mondial".

Le deuxième temps a été la demande, adressée à un groupe de quatorze experts-acteurs de haut niveau, d'un rapport propre à établir un diagnostic et à proposer des remèdes. Le groupe était présidé par Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds Monétaire International, actuel président des Semaines Sociales de France et membre du Conseil pontifical Justice et Paix.

Le rapport a été rendu public le 24 octobre 2001, sous le titre : "Gouvernance mondiale, notre responsabilité pour faire de la mondialisation une opportunité pour tous". La Croix en a publié le jour même la synthèse officielle, ainsi que la liste des membres du groupe. Rédigé en anglais, le document intégral est actuellement en cours de traduction en français, allemand, espagnol … Il peut être demandé à la Comece : 42 rue Stévin, 1000 Bruxelles, Belgique.

Réunie en session plénière à Bruxelles les 22 et 23 novembre, la Comece a validé le rapport des experts et recommandé aux épiscopats membres sa diffusion, non à titre de programme définitif mais de base de réflexion et de discussion dans les communautés chrétiennes et au-delà.

Un troisième temps prévu serait, au cours du printemps prochain, un séminaire où pourraient s'exprimer et être prises en compte les diverses réactions suscitées par le rapport.

Pourrait s'ensuivre, au cours de l'été, une rencontre intercontinentale proposée aux conférences épiscopales régionales homologues de la Comece : pour l'Amérique latine, l'Amérique du Nord, l'Afrique, l'Asie … Cette rencontre pourrait avoir lieu au Canada où sont par ailleurs programmées à la fois les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse et une réunion du G8.

Proposition : un " 3G "

"Un système de gouvernance mondiale est essentiel si nous voulons garantir les impacts positifs de la mondialisation et limiter ses éventuelles répercussions négatives", lit-on dans la synthèse. "Pendant que l'interdépendance économique se renforçait les années passées, le nombre absolu de très pauvres n'a cessé d'augmenter dans le monde, au même titre que les inégalités matérielles, au sein des pays et entre les pays. De plus, des risques écologiques significatifs ont fait leur apparition au niveau mondial."

Sont en question un "consensus mondial sur une liste de valeurs et de principes fondamentaux", une "volonté politique" et les moyens de mise en œuvre du consensus et de la volonté.

La communauté mondiale ne manque pas de tels moyens : l'ONU et ses agences, le FMI et la Banque mondiale, l'OCDE, l'OMC … Certains doivent être renforcés : ainsi de l'Organisation Internationale du Travail. D'autres réformés : ainsi de l'Organisation Mondiale du Commerce. D'autres encore créés : ainsi d'une Organisation mondiale de l'environnement.

Mais des organes de gouvernement, s'ils ne sont pas articulés et innervés par un même cerveau, ne font pas une "gouvernance". Pour pallier cette carence, le rapport "recommande la création d'un Groupe de Gouvernance Globale (3G). Celui-ci s'occuperait des thèmes horizontaux au niveau mondial et assurerait un minimum de cohérence au sein du système […] Le système de gouvernance du monde ne sera pas finalisé tant qu'on n'aura pas trouvé la clef de voûte".

Les experts se risquent alors à soutenir et expliquer que "pour que ce groupe de gouvernance globale soit efficace, les chefs de gouvernement doivent en être les membres" et qu'ils devraient être "les vingt quatre chefs de gouvernement représentés au conseil d'administration du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale". "Au moins dans la phase initiale", le 3G "pourrait également compter sur la participation du secrétaire général des Nations Unies et des directeurs généraux du FMI, de la Banque mondiale, de l'OMC, de l'OIT et de l'éventuelle Organisation mondiale de l'environnement".

Conclusion : "Nous espérons que le Groupe de Gouvernance Global permettra à toutes les régions et à tous les peuples de s'exprimer. Cela devrait nous permettre de nous rapprocher de l'idée d'une "autorité publique à compétence universelle", déjà préconisée par Jean XXIII en 1963."

 

 

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