La Lettre n°28 (octobre 2002)
Violences 2002
par Michel Camdessus, président des Semaines Sociales
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Cette année encore, il y a eu quelque pré-science
dans la demande des semainiers de retenir la violence comme thème
de la prochaine session. Notre vie politique a été dominée,
pendant les campagnes présidentielle et législative, par
le thème de l’insécurité dans notre pays, et
qui peut dire où nous en serons des risques de guerre au Proche-Orient
lorsque nous serons réunis en novembre à Issy-les-Moulineaux
? Nous aurons donc à nouveau une réflexion à chaud,
avec des acteurs aussi engagés que l’ambassadeur Lévitte
qui représente notre pays au Conseil de Sécurité
de l’ONU. Nous pouvons surtout nous attendre une fois de plus à
des appels à ouvrir les yeux, à sortir de l’état
d’anesthésie où nous somnolons en soupirant sur l’état
du monde, à revisiter nos arrangements avec notre propre violence
…
Plus la violence se glisse dans les rapports entre les hommes, plus elle
pénètre notre vie quotidienne, plus nous avons du mal à
l’identifier, à ne pas la prendre pour un fait inévitable
de la vie auquel il vaut mieux se résigner, en cherchant à
se prémunir chacun pour soi dans ce paradoxe de l’individualisme
que dénonce Jean-Claude Guillebaud qui ouvrira la session. Une
sorte d’analyse spectrale de la violence aujourd’hui est donc
indispensable.
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Venez et vous explorerez avec Michèle Cauletin les violences
du sujet, de la famille et du social ; vous comprendrez mieux avec Jean-Marie
Petitclerc les rapports entre la violence et les jeunes et avec François
Heisbourg le passage des totalitarismes au terrorisme et aux guerres d’aujourd’hui
; et un grand nombre de carrefours nous aideront à reconnaître
la violence dans les médias, l’école, les relations Nord-Sud
…
Mais c’est d’abord en nous-mêmes qu’il nous faut la
traquer. Peut-être suffirait-il de méditer encore l’histoire
de Caïn et l’extraordinaire dialogue qu’il avec son créateur
: « Le péché n’est-il pas à ta porte, une bête
tapie qui te convoite ? » et un peu plus loin, cette réponse de
Caïn qui, hélas, reste éternellement vraie : « Suis-je
le gardien de mon frère ? ». Je pense que Véronique Margron
nous aidera à aller plus profond dans cette interrogation de la Bible
et du message chrétien.
Les causes et les effets de la violence concernent tous les aspects de la vie
personnelle et sociale. C’est impossible d’en faire le tour en trois
courtes journées, et nous avons dû faire un choix majeur : garder
pour l’année prochaine les aspects économiques. Ils sont
chaque jour plus manifestes. Pour ne pas les traiter d’une façon
trop superficielle, nous leur consacrerons l’intégralité
de la session 2003 sur l’argent, à laquelle nous travaillons déjà.
Cette année, comme chaque année, les débats devraient
nous aider à repartir plus profondément engagés, plus critiques
et prêts à réagir chaque fois qu’on nous désigne
un bouc émissaire pour expliquer ou conjurer le mal – René
Girard nous aura guider dans cette réflexion. Plus citoyens et mieux
préparés, comme le suggère Charles Rojzman, à «
apprendre à vivre ensemble, apprendre à inventer du sens ensemble,
apprendre à créer du lien à partir de l’initiative
de chacun, rendu à sa véritable humanité ». Plus
chrétiens aussi, je l’espère, méditant cette remarque
que je tire d’une lettre de Mgr Gilson : « Jésus est un non-violent
habité par la violence de l’Esprit ».
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