La Lettre n°34 (avril 2004)
Deux co-fondateurs : Marius Gonin et Adéodat Boissard
par Aimé Savard
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Deux hommes ont joué un rôle-clé dans
la création des Semaines sociales de France : le Lyonnais Marius Gonin
(1873-1937) et Adéodat Boissard (1870-1938) qui vivait alors à Lille.
Le premier était un homme du petit peuple qui avait dû travailler
dans une scierie dès l'âge de 16 ans. Le second, issu d'une lignée
de magistrats bourguignons, était un brillant universitaire appartenant à la
bourgeoisie catholique éclairée de province. Tous deux se sont
retrouvés dans la même foi au Christ et dans la volonté de
contribuer à transformer la condition ouvrière selon l'esprit
de l'encyclique Rerum Novarum (1891) et aussi de réconcilier
l'Eglise catholique et la République. Ce qui leur a valu d'être
accusés par les "bien-pensants" et une partie du clergé de
l'époque, de modernisme et de témérité sociale.
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Adéodat Boissard avait adhéré à l'ACJF (Association
catholique de la jeunesse française) pendant ses études de droit à Marseille.
Sa thèse de doctorat sur "le syndicat mixte, institution professionnelle
d'initiative privée à tendance corporative" manifestait
son souci de ce qu'on appelait alors "la question sociale". Maître-assistant à la
Faculté catholique de droit de Lille, il est l'un des premiers enseignants
de la section "sciences sociales et politiques". Egalement avocat,
il est proche du Sillon de Marc Sangnier et joue un rôle important
dans les congrès régionaux et nationaux de la jeunesse catholique.
Il fait campagne pour la couverture des risques encourus par les travailleurs.
Après avoir quitté Lille pour l'Institut catholique de Paris en
1907, Adéodat Boissard, tout en poursuivant son combat pour la défense
des travailleurs, milite dans les cercles démocrates-chrétiens,
devient député de Côte-d'Or de 1919 à 1924 et contribue
en 1924 à la fondation du Parti démocrate populaire (PDP) dont
l'idée est née lors de la Semaine sociale de Strasbourg en 1922.
Représentant ce parti dans les rencontres internationales entre démocrates-chrétiens,
il se préoccupe tout particulièrement d'entretenir des contacts
avec les Allemands, lui qui avait été un officier deux fois cité durant
la guerre.
Marius Gonin, lui, était un autodidacte qui n'avait suivi que des études
primaires dans l'école de sa paroisse. Inquiet de constater la déchristianisation
de ses camarades ouvriers, il a voulu contribuer à l'éducation
et à la promotion des travailleurs. Laïc mais célibataire
par choix et par volonté missionnaire, il est membre du Tiers ordre franciscain,
puis de la Fraternité laïque Jésus Ouvrier. Social parce
que catholique, il veut approfondir et diffuser la pensée sociale de
l'Eglise et en tirer les conséquences pratiques. Pour lui, la pensée
doit être au service de l'action. Il milite aussi pour rendre compatible
les deux appartenances catholique et républicaine et pour désolidariser
société ecclésiale et société bourgeoise.
Audacieux et prudent à la fois, il s'efforce de préserver l'autonomie
du laïcat, mais se montre soumis à la hiérarchie ecclésiale
par fidélité à l'Eglise. "Rome a parlé, inutile
de discuter. Agissons", dit-il. Après avoir quitté la scierie
pour s'occuper de la diffusion de La Croix de Lyon fondée en
1891, il lance une feuille mensuelle pour faire le lien entre les comités
de propagande du journal - ce qui deviendra la Chronique sociale. Le
secrétariat de ces comités, pourvu d'un projet d'action et d'initiatives
sociales, deviendra le Secrétariat social de Lyon. Marius Gonin sera
aussi à l'origine des Groupes d'études et d'Action sociale dans
les années 1890, des Semaines rurales (1911), de l'Ecole normale ouvrière
(1930) et de bien d'autres initiatives dans le même esprit.
En 1902, lors d'une réunion de l'Union d'étude des catholiques
sociaux, Adéodat Boissard lance l'idée d'une université itinérante
du catholicisme social. Marius Gonin est aussitôt séduit par ce
projet. Ensemble, ils mettent sur pied la première Semaine sociale de
France, à Lyon, en 1904. Ces semaines ont lieu ensuite chaque année
dans une ville différente. Ce sont des sessions de huit jours au cours
desquelles les participants écoutent les "leçons" des
conférenciers. Boissard et Gonin en assument conjointement le secrétariat
général sous la présidence de Lorin. Dans plusieurs Semaines
et jusqu'en 1932, Adéodat Boissard prononce une leçon. Marius Gonin
lui, se consacre plutôt, jusqu'à sa mort, à l'administration
et à l'organisation des Semaines sociales dont le siège demeurera
longtemps à Lyon.
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