La Lettre n°36 (octobre 2004)
Au rendez-vous de Lille
l'Europe des quatres points cardinaux
par Jean-Marie Brunot, délégué aux relations internationales

SSF

L'aventure a commencé en 1999 : un dîner à Bruxelles entre quelques responsables des Semaines Sociales de France et du Comité Central des Catholiques Allemands (ZdK)... Puis, peu avant Noël, une rencontre à Paris au cours de laquelle ceux-ci et quelques autres confirment qu'ils partagent largement les mêmes analyses sur l'évolution de la construction de l'Europe. Ils décident alors de s'engager ensemble pour que la pensée sociale de l'Eglise en soit toujours plus une composante. Ils partagent la conviction que cette préoccupation est celle de nombreux chrétiens, à l'Est comme à l'Ouest, et que la tâche la plus urgente est de constituer entre eux un réseau leur permettant de se rencontrer, de se connaître, de dialoguer.

Avec deux objectifs concrets : publier un manifeste réclamant l'émergence d'une conscience européenne - manifeste publié en mai 2000- et réussir une grande manifestation qui témoigne de l'existence d'un courant de pensée traversant les différentes Eglises d'Europe : la session que nous venons de vivre à Lille.

Au fil des années s'est donc constitué, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest de l'Europe, un réseau d'amitié constitué de personnalités,d'associations et de mouvements très divers mais unis dans la confiance et l'amitié, et convaincus de l'importance de l'engagement des fidèles laïcs dans la construction de l'ensemble européen.

La surprise du nombre

C'est ce réseau qui a permis de donner une forte dimension européenne à la célébration du centenaire des Semaines Sociales, en accueillant à Lille plus d'un millier de participants venant de pays autres que la France. Quatre cents d'entre eux venaient des pays du Centre et de l'Est de l'Europe, la plupart en bus, au terme de longs voyages pluvieux sur les autoroutes autrichiennes , allemandes et françaises... Comment ont-ils vécu ce grand rassemblement ? Souvent avec l'impression de vivre un rêve !

La plupart des nos amis européens n'avaient pas imaginé que nous puissions rassembler un public de cette importance. Ils ont été très impressionnés par l'espace même du Zénith, l'immense salle du Grand palais de Lille, et surtout par le fait que nous ayons été capables de la remplir ! Très impressionnés aussi par l'ambiance chaleureuse de la session, par la gentillesse et la disponibilité des nombreux volontaires : leur présence active, attentive et modeste, a été pour beaucoup un témoignage significatif.

Plus d'un participant sur quatre n'était pas français : que soient remerciés tous ceux et celles dont l'enthousiasme et la persévérance ont permis depuis quatre ans de réussir une telle participation !

La surprise des convictions exprimées

Beaucoup d'amis européens présents à Lille voudraient croire à l'Europe unie mais sont venus à Lille avec de graves questions au fond du cœur. Tout ce qu'on entend sur l'Europe, est-ce vraiment autre chose que des élucubrations intellectuelles ? Toutes ces palabres ne masquent-elles pas une unique seule préoccupation : celle de promouvoir les échanges économiques et commerciaux, celle de développer la consommation avec le risque de dérives matérialistes mettant à mal les valeurs culturelles et spirituelles auxquelles sont si fortement attachés, en particulier, nos amis de l'Est ?

Ceux-ci ont été très fortement impressionnés par une telle assemblée de chrétiens venus consacrer trois journées à l'information et à la réflexion sur les fondements éthiques de l'Europe sociale. Très fortement impressionnés aussi par la présence des plus éminentes personnalités européennes, par leurs témoignages de chrétiens, par leurs convictions de responsables politiques. "Ils nous ont fait croire à l'Europe de l'Esprit ", me disait un ami slovaque, " ils nous ont rassurés car nous avons senti que des chrétiens se battaient pour l'Union Européenne telle que nous la souhaitons ". Et un participant hongrois ajoute : " nous avons senti que nous participions à une évolution ". Mais cette évolution, nous le savons, ne sera pas facile, en raison même de la diversité des positions exprimées sur de nombreux sujets, une diversité à laquelle les participants, très studieux, ont été particulièrement attentifs.

Deux regrets cependant : pas assez de femmes et pas assez de représentants des pays de l'Est parmi les intervenants ! Nous nous efforcerons de tenir compte de ces remarques par la suite.

La surprise de la solidarité

" Nous ne pensions pas que ce soit possible pour nous de participer à une telle manifestation ! C'était un rêve et vous nous avez permis de le réaliser ! ". Nous ne mesurons pas ce qu'a représenté pour de nombreux amis européens le fait de pouvoir participer à un tel rassemblement et combien ils sont reconnaissants à toutes celles et ceux qui ont permis leur venue grâce à leur générosité et leurs efforts. Ils insistent sur " l'occasion d'ouverture " exceptionnelle dont ils ont bénéficié, en particulier les jeunes.

En fait la session de Lille a permis de montrer aux participants du Centre et de l'Est de l'Europe qu'ils n'étaient pas considérés comme étant " à la périphérie ", c'est-à-dire des européens de seconde zone, ignorés ou méprisés. Mais comme des citoyens d'Europe à part entière, légitimement fiers de leurs spécificités nationales et appelés comme ceux de l'Ouest ou du Sud, à être associés à l'invention d'un nouveau mode de vivre ensemble sur notre continent.

Beaucoup de nos amis du Centre et de l'Est de l'Europe considèrent avec inquiétude l'état de l'Eglise en Europe de l'Ouest : manque de prêtres, églises vides, foi trop timide des chrétiens etc. Ces images sont fréquentes et souvent opposées à la vitalité " populaire " des Eglises polonaises ou slovaques.

La session de Lille a mis en lumière des aspects particulièrement positifs et dynamiques de la vie des chrétiens en France. Beaucoup de participants européens ont été touchés par les témoignages de convictions évangéliques exprimés en séances plénières et dans les forums par de nombreux intervenants, y compris les plus prestigieux.

La surprise de la foi partagée

Cette session a également mis en lumière le rôle des fidèles laïcs dans l'Eglise et dans la société, en particulier dans le monde politique, le monde professionnel et dans la société civile : leur engagement n'est pas " une matière à option ", comme l'a souligné, en particulier, le cardinal Etchegaray. Un rappel précieux quand on pense aux problèmes soulevés par la prise de responsabilité des laïcs dans certaines Eglises, à l'Ouest et surtout à l'Est.

Quant à la célébration eucharistique du dimanche 26 septembre elle va rester dans le cœur de la plupart des participants comme un grand moment de foi partagée. Tous ont été sensibles à la qualité remarquable de la liturgie, à la force des symboles, à la vigueur de l'espérance exprimée par le cardinal Etchegaray.

En partant, un jeune responsable de l'Académie chrétienne de Prague me disait : " Maintenant, nous allons témoigner de ce que nous avons vécu à Lille et nous investir encore bien plus dans vos projets ! " Le succès de Lille nous dynamise en effet pour préparer une nouvelle manifestation européenne.

Comme annoncé à la fin de la session, ce sera à l'occasion du Katholikentag organisé par nos amis allemands du ZdK à Sarrebruck en mai 2006. Les Semaines Sociales de France et le réseau de leurs amis européens y seront activement associés : des précisions seront données début 2005 aux lecteurs de notre Lettre.

L'aventure commencée en 1999 continue donc, avec encore plus de confiance et d'enthousiasme !

 

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