La Lettre n°38 (avril 2005)
Comment transmettre des valeurs dans des "pays en transition" ?
par Neven Simac

Semaines Sociales de France

La question de l'éducation comme transmission des valeurs, se pose d'une manière bien spécifique dans les anciens pays communistes d'Europe de l'Est. Neven Simac, intellectuel catholique croate, a participé à la Rencontre européenne de Lille des Semaines Sociales.

Dans cet article qu'il nous a adressé, il suggère que la session 2005 ait le souci de ne pas oublier ces situations dans sa réflexion.

La transition des pays ex-communistes vers la démocratie et le marché, aventure sans précédent ni recette, est-elle propice à la transmission des valeurs ? La réponse n'est ni facile ni simple. Rappelons qu'il y a autant de transitions que de pays concernés et que le fond social de chacune est différent, voire multiple : un officiel, communiste, un autre clandestin, souvent chrétien et un troisième, où " à côté de l'autocratie, sévissaient par indifférence, corruption, mensonge, exploitation... " (B. Souvarine).

" L'homme nouveau " que prétendait créer le système soviétique, était en fait homo duplex : passif, obéissant et irresponsable en public, mais soucieux de transmettre, dans l'ombre de son foyer, des valeurs pré-communistes, souvent chrétiennes. Ce monde manichéen (" nous - les ennemis ") et violent (exterminations, persécutions, camps) ne pouvait cependant engendrer ni consensus sur les valeurs, ni stratégie de sortie, après la chute du Mur. En effet, ces Etats sans société, où la " main visible " du Parti manipulait les individus isolés et écrasait la personne humaine, ne pouvaient faire éclore ni responsabilité, ni solidarité. Il n'y avait aucune chance que les valeurs pré-communistes deviennent au moins " culturelles ", sinon consensuelles comme elles le sont dans l'Europe " ordonnée ".

Il n'est donc pas étonnant que l'ancienne élite issue du parti et de la police - la seule à connaître les mécanismes d'organisation - soit de nouveau sur la scène. Elle feint d'accepter le jeu démocratique, mais elle pratique les consignes néolibérales et devient la principale gagnante de la transition. C'est souvent elle qui - tout en adhérant à l'anomie et à la " flexibilité " sociales de la " fin de l'histoire " - définit les conditions de transmission des valeurs, des médias à l'école et à la famille. C'est elle qui chasse les valeurs dans la sphère privée et promeut le nouveau matérialisme néolibéral. Il existe cependant à ce sujet une différence notable entre les pays à forte tradition catholique (Pologne, Croatie), ou à majorité catholique (Lituanie, Slovénie, Slovaquie, Hongrie) - où l'Eglise fut la seule opposition organisée - et les pays à majorité orthodoxe (Roumanie, Ukraine...) ou largement déchristianisés, comme la Tchéquie ou l'ancienne RDA. De cette variété de situations et d'attitudes à l'égard des valeurs chrétiennes, civiques, sociales et environnementales, la session 2005 des Semaines sociales de France ferait bien de s'informer et de débattre pour mieux connaître " l'autre Europe ".

" L'homme nouveau " que prétendait créer le système soviétique, était en fait homo duplex : passif, obéissant et irresponsable en public, mais soucieux de transmettre, dans l'ombre de son foyer, des valeurs pré-communistes, souvent chrétiennes.

 

Tous droits reservésLes Semaines Sociales de France
Creative Commons License Powered by all-in-web Crédits Conception/Réalisation : ABNetServices