La Lettre n°39 (juillet 2005)
Le nouveau pape et le social
par Jean-Yves Calvez

Semaines Sociales de France

Benoît XVI est encore inconnu comme pape. Son programme n’est énoncé que très sobrement. Pour les chrétiens, l’unité. Pour le monde, la paix. La paix, d’où son nom, Benoît XV ayant été l’homme de difficiles, hélas peu fructueuses, entreprises de paix pendant la Première guerre mondiale. Benoît XVI a repris le thème de la paix en recevant les diplomates accrédités au Vatican : « Je viens d’un pays où la paix et la fraternité sont chères au cœur de tous les habitants, notamment ceux qui, comme moi, ont connu la guerre et la séparation entre frères d’une même nation». Il ajoute : « L’Eglise ne cesse de proclamer et de défendre les droits humains fondamentaux… : à la vie, à la nourriture, à un toit, au travail, à l’assistance sanitaire, à la protection de la famille et à celle du développement social ».

Le cardinal Ratzinger, lui, était, comme tel, bien connu, s’étant prononcé sur nombre d’aspects de la théologie, dans sa fonction de préfet de la Congrégation de la Doctrine de la Foi mais aussi comme conférencier (privé, libre donc). Dans le domaine social toutefois, il s’est peu exprimé. Des rumeurs ont circulé au moment de la préparation de l’encyclique de Jean Paul II Centesimus annus (1991). On se souvient que celle-ci parle du marché, du profit, de l’économie libérale contemporaine, de manière ouverte bien que critique : le cardinal aurait été courtisé par des gens comme Michael Novak, le catholique de service de l’American Enterprise Institute, très actif pour montrer que le capitalisme libéral américain est la plus adéquate expression de la doctrine catholique. Rien ne permet certes de dire que le cardinal ait été sensible à cette cour. Il s’était prononcé plus tôt sur la théologie de la libération - certaines de ses formes, non pas toutes, disait-il, cependant. Il ne leur reprochait pas telle doctrine sociale constructive. Il estimait plutôt qu’elles en manquaient. Peut-être ne leur reprochait-il même pas de vouloir une révolution, mais – à tort ou à raison, c’est une autre question – de réduire le christianisme à un « système de praxis socio-politique de libération » , de faire « d’une espérance politico-messianique le tout du christianisme ». Il précisait, en entrant dans ce sujet, ne vouloir en rien condamner « ceux qui entendent répondre avec générosité et avec un authentique esprit évangélique à ‘l’option préférentielle pour les pauvres’ » ni donner prétexte « à ceux qui se retranchent dans une attitude de neutralité et d’indifférence face aux problèmes tragiques et urgents de la misère et de l’injustice » … Il se peut que, dans cet esprit, il ait plus à nous dire ou à nous rappeler demain. La question, toujours actuelle, ne pourra pas lui échapper.

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