La Lettre n°39 (juillet 2005)
La fondation du Forum Social Roumain
par Alban Sartori
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Les Semaines Sociales de France ont été invitées à inaugurer, le 5 mai 2005, la première rencontre du Forum social roumain (FSR). Je me suis donc rendu à Bucarest, pour témoigner de l’expérience centenaire des SSF et participer aux débats.
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Premier trait marquant de cette initiative : elle a été lancée par trois participants roumains à la rencontre de Lille en septembre 2004 : Violeta Barbu, universitaire et membre de notre groupe de travail européen, Dorina Nastase, doctorante en France et également directrice générale du Roumanian Center for Global Studies, et Bogdan Hossu, président du syndicat roumain Cartel Alfa. Ces représentants de la société civile ont eu l’envie de créer dans leur pays un espace de dialogue comparable aux Semaines Sociales de France. Cela a donc donné cette première édition du FSR, rassemblant plus de 100 personnes issues d’un large éventail d’associations, des mouvements catholiques à ATTAC en passant par le mouvement « Pour la démocratie », dont le très médiatique président Christian Parvulescu a ouvert les travaux. L’appellation retenue n’est pas sans équivoque : si elle inscrit certainement l’initiative dans la veine des rencontres éponymes que nous connaissons dans nos pays, le leadership de cette dernière reste très sensiblement assumé par les forces vives du catholicisme social roumain.
Second trait marquant : les objectifs de cette initiative, clairement affichés par les organisateurs, se rapprochent de ceux des SSF : élargir le dialogue social, par la réunion de tous les acteurs de la société civile ; s’appuyer sur ce dialogue pour approfondir le débat en Roumanie ; promouvoir la coopération et la communication dans le domaine social. On comprend mieux le poids de ces enjeux à l’aune de l’histoire du pays, l’un des plus durement marqués par le régime communiste et à qui l'on a voulu désapprendre tout sens critique, faire oublier la richesse des composantes de sa société, empêcher toute militance et tout engagement individuel. Mais la Roumanie est aussi en proie à des tensions communautaires, qui fragilisent aujourd’hui la communauté nationale : pour exemples, le problème de l’intégration des Tziganes, mais aussi les tensions entre orthodoxes majoritaires et catholiques minoritaires. La présence à la tribune, le premier jour du Forum, du Nonce apostolique mais aussi de l’évêque orthodoxe roumain est à ce titre encourageante. L’enjeu est bien ici de réinventer les conditions d’un dialogue qui se fasse dans le respect des différences.
Cette initiative courageuse – les organisateurs témoignaient hors tribune de sa « complexité » - nous appelle certainement en France à répondre aux exigences d’un dialogue social équilibré, ouvert et qui travaille à favoriser des compromis. Au vu, entre autres, des résultats du référendum sur la Constitution européenne, cette tâche, aux Semaines sociales comme ailleurs, s’avère prioritaire pour notre pays.
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