La Lettre n°39 (juillet 2005)
Repères dans une économie mondialisée
par le Père Jacques Turck, secrétaire général de la Commission sociale de l'épiscopat

Semaines Sociales de France

Combien ils manquent ces repères ! Les uns se lamentent, tout va mal : chômage, délocalisations, la Chine, les immigrés… Les autres profitent plus que jamais de l'ouverture des frontières, des moyens modernes de communication, des flux financiers qui passent selon les heures de Tokio à New-York et ne semblent toucher terre que pour trouver place dans quelques portefeuilles d'actionnaires.

Le paysage de l'économie a changé, la géographie de l'emploi est en pleine mutation. Entre le regard fixé sur les courbes d'embellies financières ou le regard fixé sur les dommages sociaux d'aujourd'hui, les conditions de travail et de vie de nombre de Français, pire de l'Afrique toute entière… et de bien d'autres habitants du monde, ne se sont pas améliorées de manière significative au cours des dernières décennies. La convoitise suscitée par les richesses des pays développés, auprès de ceux qui ont faim, de ceux qui sont malades ou privés de liberté, l'enrichissement d'un petit nombre, le déplacement de beaucoup d'autres, les guerres civiles, le terrorisme… Pour que chacun de nous contribue avec sa marge de manœuvre, dans son travail, avec sa famille et dans sa ville ou région à sortir de la globalisation de cette souffrance, les évêques de la Commission sociale ont osé une parole nouvelle sur la finance et l'économie.

Pendant une année entière un petit groupe d'experts a travaillé avec eux. L'Eglise a décidé de pénétrer de l'intérieur l'économie mondialisée. Elle en a perçu l'enjeu, mis en lumière le positif et proposé quelques repères de réflexion et d'action. Bref, "les évêques de la Commission sociale de l'Eglise catholique s'invitent dans le débat des acteurs économiques, financiers et politiques".

Au terme : un document de 64 pages (1) préfacé par Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen et président de la Commission. L'invitation au débat court sur trois chapitres : I- Les risques de la finance, II- Les chances de la croissance, III- Les exigences de la justice. En chacun d'eux, au long des paragraphes, des repères sont livrés. Ils ne feront pas tous l'unanimité ! Ce sera une chance pour le te texte car il suscitera un débat qui s'enrichira d'expériences et d'observations nouvelles. Selon la manière dont il est situé dans la société et dans l'entreprise, chacun sera sensible à tel aspect plutôt qu'à tel autre. Déjà certains se saisissent du texte pour applaudir tel passage avec lequel ils sont d'accord. Les mêmes trouvent simpliste ce sur quoi ils ne sont pas d'accord. Mais l'intérêt de ce document est justement dans la confiance que les évêques font à l'intelligence de chaque lecteur pour qu'il se saisisse de ce qu'il ne croit pas réalisable et tente de le mettre en oeuvre. Les réponses ne seront pas sans tâtonnement, mais elles ne seront pas non plus sans audace et sans collaboration avec d'autres au moment de se lancer dans l'aventure et de tenter de relever ensemble les défis pour plus d'équité et de justice.

L'objectif sera atteint si chacun considère que sa marge de manœuvre est plus grande qu'il ne le pense pour changer ce qui peut l'être en devenant solidaire de l'avenir de tous. Bonne lecture ! Bons échanges… et n'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires (jacquesturck@wanadoo.fr).

1. Disponible en librairie. Coédition Bayard.

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