La Lettre n°40 (octobre 2005)
Dieu et l'Europe, un livre de Jean Boissonnat
par Aimé Savard
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Faut-il évoquer les «racines chrétiennes» de l'Europe, quand on définit l'identité de l'Union européenne ? Faut-il intégrer la Turquie, laïque certes, mais toujours profondément musulmane, dans cette Union ? Parmi d'autres, ces interrogations ont soulevé des passions dans le débat sur le projet de constitution européenne. Elles ont certainement incité Jean Boissonnat, spécialiste des questions économiques et financières, à se faire historien pour étudier les relations de l'Europe avec la religion. Il le fait à sa manière toujours agréablement pédagogique : en mariant clarté et précision du style, il situe les faits en perspective pour en donner une lecture lumineuse.
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En le suivant, on se convainc facilement que «Dieu a fait l'Europe». Dieu ? Plutôt le christianisme qui, sur les ruines de l'Empire romain, a uni une mosaïque de peuples dans des croyances et des valeurs communes, et inspiré leurs institutions. Le premier nom de l'Europe, ce fut la chrétienté qui transcendait les divisions politiques. C'est un pape, Pie II, qui en s'adressant au XVe siècle au sultan Mahomet II, systématise l'emploi du mot «Europe», nom d'une déesse de la mythologie grecque, pour désigner le continent.
Mais si «Dieu a fait l'Europe», ensuite, «l'Europe a défait Dieu». C'est la deuxième partie du livre. Les querelles religieuses, schismes et hérésies, contribuant à l'effacement des structures impériales et à l'émergence des Etats-nations, ont déchiré la chrétienté tandis que la raison se dressait contre la foi en s'appuyant sur les progrès de la science et en exaltant l'émancipation des peuples. Au XXe siècle, les religions séculières, nazisme et communisme, mais aussi le matérialisme pratique de la société de consommation issue des révolutions industrielles, ont continué de détruire «l'identité culturelle à base religieuse» qui est la seule qu'ait vraiment possédée l'Europe.
Faut-il s'en plaindre alors que l'Europe tente de se construire une unité institutionnelle ? L'ancien président des Semaines Sociales de France n'est pas homme à désespérer. Ni comme Européen, ni comme chrétien. «Dieu n'est plus Européen», titre-t-il sa troisième partie. Dans une société emportée dans le grand courant de la mondialisation et d'une sécularisation, surtout sensible sur le Vieux continent, le christianisme peut affirmer plus que jamais son universalité. Nourri de la pensée de deux prophètes (provisoirement ?) trop oubliés, Mounier et Teilhard, Jean Boissonnat montre que les Européens ne sont pas les plus mal préparés pour expérimenter la double approche personnelle et universelle de la foi au Christ. Au moment où la construction européenne connaît une inquiétante déprime, voici une lecture tonique.
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