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Session 2001
Biologie, médecine et société
Que ferons-nous de l'Homme ?
23 - 24 - 25 novembre 2001
Les faits marquants du dimanche
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Dimanche, troisième et dernière journée de cette 76ème
Semaine Sociale. A neuf heures, tous les semainiers étaient conviés à
participer à la célébration eucharistique, présidée par Mgr Philippe Barbarin,
évêque de Moulins et président du Comité épiscopal pour la santé, et concélébrée
par de nombreux prêtres, de différentes familles religieuses. Pendant
son homélie, que nous espérons pouvoir mettre à disposition sur ce site
le plus rapidement possible, Mgr Barabarin a voulu rapprocher les textes
du jour, et nous pensons particulièrement à l'évangile du " bon larron
", du thème de notre session " Que ferons-nous de l'homme ? " pour nous
inciter à faire de nos frères, et surtout des plus vulnérables, des hommes
dans leur entière dignité en suivant le chemin du Christ.
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Après une courte pause, le temps de retransformer le
" chœur " de notre chapelle provisoire en scène propice aux débats, Marie-Sylvie
Richard, responsable d'une unité mobile de soins palliatifs, est venue
nous apporter son témoignage fort, son expérience et sa réflexion sur
le thème : Face à la souffrance et à la mort. Sans nous substituer à chacun
des participants, nous ne pouvons que constater combien l'émotion était
grande dans cette assemblée, nombreuse et silencieuse, attentive à un
discours plein de vie et de sensibilité, mais aussi de compétence et de
savoir à transmettre, sur la douleur, la fin de la vie, les malades qu'on
ne peut pas guérir, leur entourage et leurs soignants.
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Marie-Sylvie Richard a souhaité commencer son
exposé par un état des lieux de la médecine face
à la mort. On constate aujourd'hui un déplacement de la
mort du domicile vers l'institution, ainsi qu'une forte médicalisation
de la fin de la vie, avec des attitudes diverses à ce moment là
de l'histoire du malade : course folle au traitement, refus du traitement
par le malade ou la famille, mort en cours de traitement, maintien en
vie sans espoir d'amélioration, ou enfin accompagnement par des
soins palliatifs ; mais aussi aide au suicide, euthanasie non demandée
par le malade, suicide des malades chez eux ; enfin, certains on la "
chance " de pouvoir mourir tranquillement, entourés, dans
la paix.
A cette arrivée de la fin de vie, il existe plusieurs types de
réactions : l'excès thérapeutique, souvent difficile
à évaluer ; les soins palliatifs, de plus en plus reconnus
même s'il est encore des réticences ; l'euthanasie, prônée
comme le refus de la déchéance, le choix de décider
de sa mort en toute autonomie. Cela signifierait-il que l'interdit du
meurtre serait remis en cause ?
Même effectuée par compassion, l'euthanasie vise à
provoquer la mort, alors que les soins palliatifs, parfois accompagnés
de sédation, visent à soulager les malades pour qu'ils vivent
au mieux le temps qu'il leur reste. Comme l'interruption de traitements,
ils sont donc un consentement à l'arrivée d'une mort inéluctable.
Légiférer sur l'euthanasie constituerait une dérive
grave : décider que la vie de tel malade n'est plus humaine et
l'interrompre. En réponse, Marie-Sylvie Richard préfère
considérer qu'il est essentiel pour un soignant de toujours se
questionner sur ses actes et de maintenir ainsi une éthique du
soin.
Elle nous décrit alors les trois types d'expérience vécues
tant par le malade, que son entourage et les soignants, même si
c'est de manière diverse : la confrontation avec la souffrance
et la mort d'abord, avec l'angoisse face au mystère de la mort,
le danger de la perte d'amour, le désir de se montrer plus fort
que la mort en la choisissant, désir ambivalent de mourir pour
ne plus souffrir mais en même temps volonté de vivre au delà
de cette souffrance. Le travail ensuite, avec le travail du trépas,
psychologique et spirituel, la redéfinition des relations avec
les proches, la question de l'avenir du malade ; le travail du pré-deuil
pour les proches, révoltés, tristes voire épuisés
; le travail des soignants qui ont besoin de se ressourcer personnellement.
La quête de la relation enfin, car le visage d'autrui souffrant
nous interpelle et nous somme de décider entre l'aimer et le détruire
; se pose à ce moment la question du sens de la vie, lorsque tout
est ébranlé, seule demeure la qualité des liens tissés.
En conclusion, Marie-Sylvie Richard nous dit que, si nous le voulons bien,
dans la relation avec le malade, nous faisons l'expérience de notre
communauté humaine, avec sa finitude et ses souffrances, mais aussi
sa véritable richesse. Le recours à l'euthanasie est une
faillite de la solidarité et de la compassion humaine. Elle nous
interroge : l'homme ne peut-il être plus inventif ?
Aux questions, nombreuses et diverses, qui ont suivi cet exposé
et que nous ne pouvons pas reprendre ici, se sont mêlés des
témoignages individuels et anonymes de souffrance extrêmement
touchants, mais aussi de nombreux messages de " merci " pour
la parole de vie donnée par Marie-Sylvie Richard.
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| Pause déjeuner |
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Le dernier conférencier de cette session, dimanche
après midi, a été Jean-François Mattei. Il a pu nous apporter son point
de vue de médecin, chercheur, professeur, élu local et national, membre
du Conseil de l'Europe (et nous en oublions sûrement !), sur le Citoyen,
la Bioéthique et la Loi. Son intervention a suscité les applaudissements
nourris de toute l'assistance, ainsi que de nombreuses questions.
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Il a commencé par nous faire part de son enthousiasme
pour la période que nous vivons, période de changement de
civilisation et d'appel à l'engagement de chacun, à l'heure
où le vingtième siècle a laissé l'homme dépouillé
des valeurs qui l'avaient animé depuis des siècles et également
des valeurs portées par des idéologies nouvelles déchues.
Cette période charnière a besoin de notre conscience éthique
pour faire face aux nouveaux choix qui se posent à nous ; éthique
personnelle, éthique de conviction d'abord, mais qui doit ensuite
devenir une éthique de responsabilité collective, pour que
chacun fasse en sorte que son action permette toujours le maintien d'une
vie authentique sur terre.
Les questions suivantes se posent à nous : la vie a-t-elle un sens
? la mort est-elle une fin ou un passage ? la qualité d'un homme
dépend-elle de la qualité de ses gènes ? quel est
le lien entre déterminisme et liberté ?
Pour répondre à ces questions, trois attitudes sont possibles
: ne rien faire et ne pas se prononcer, donc laisser tout faire ; arrêter
la recherche car les questions éthiques qu'elle engendre sont trop
lourdes, mais est-il dans l'ordre de l'humain de renoncer à sa
quête de connaissance ? ; enfin, tenter d'organiser et d'encadrer
cette évolution des connaissances et de la recherche. C'est bien
entendu à cette troisième réponse que nous exhorte
Jean-François Mattei, même si le chemin est difficile, dans
un contexte actuel où le médecin est de plus en plus considéré
comme un prestataire de services avec obligation de résultat, où
l'opinion publique se comporte en consommatrice de techniques médicales.
Il est nécessaire d'avancer, citoyens et leurs élus, médecins,
pour trouver des règles ensemble.
Dans cette volonté d'encadrer les progrès des techniques
et pratiques médicales, Jean-François Mattei présente
trois enjeux difficiles auxquels il faut répondre. Le premier est
la place de la morale, la nécessité de réintroduire
dans le débat public des valeurs morales, dans un équilibre
difficile à trouver. Le deuxième est la confrontation du
légal et du moral, car il n'y a pas parfaite superposition entre
ces deux dimensions. Le troisième enjeu est la tension entre le
respect de l'individu et le bien de la collectivité.
Concernant l'évolution de la législation sur la bioéthique,
il convient de se rappeler que, en dix ans, ce sujet sur lequel les parlementaires
refusaient de se pencher par méconnaissance, est devenu éminemment
politique. Ce n'est pas au médecin de répondre seul aux
questions éthiques posées par l'avancée des techniques
: organiser l'expérimentation humaine en respectant la liberté
de chacun ; réglementer le don d'organe en vue d'une transplantation
; définir les limites et le cadre du recours à la procréation
médicale assistée, au diagnostic prénatal, tout ceci
est du ressort du législateur et donc du citoyen. Lorsque le législateur
ne se prononce pas et qu'il y a un vide juridique, la plus haute instance
de la justice en France vient annoncer que dans certains cas la mort peut
être préférable à la vie.
Il y a une grande nécessité de débat, au plan national
d'abord, entre les institutions, les comités consultatifs, les
associations, les religions, les forums citoyens, etc. ; au plan européen
ensuite, qui apporte davantage de complexité en raison des différences
culturelles d'un pays à l'autre ; au plan mondial ensuite. Réussir
à encadrer la médecine au plan mondial est un défi
immense mais indispensable ; y répondre requiert de tous une grande
tolérance, chacun devant aussi rester fidèle à ses
convictions, savoir dans quel cas il est acceptable de transgresser l'interdit.
En conclusion, nous dit Jean-François Mattei, ce qui fait l'humanité
de l'homme n'est pas dans sa matérialité. Il y a en tout
homme quelque chose qui le dépasse (âme, esprit ou raison),
et qui a une valeur sacrée.
Son exposé a donné lieu à des questions encore une
fois nombreuses, souvent précises, posées tant au médecin,
qu'au législateur et à l'homme. Bien sûr toutes les
questions des participants n'ont pu trouver de réponse définitive,
mais c'est bien le propre d'une session comme celle-ci de pouvoir les
poser, y réfléchir, et aider chacun à construire
ses convictions, en conscience, afin d'être capable d'agir dans
le monde.
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La dernière conférence terminée, Michel Camdessus est
remonté à la tribune pour nous livrer ses conclusions, et nous donner
rendez-vous l'année prochaine, pour la 77ème Semaine Sociale, sur le thème
Violence et Société.
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Christine Boillereau-Sartori
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