Présentation
de la session 2001
Biologie, médecine et société
Que ferons-nous de l'Homme ?
Issy-les-Moulineaux
23-25 novembre 2001
Naître, se soigner, guérir, mourir, ces aspects
de toute vie humaine se présentent, aujourd'hui, dans nos sociétés
occidentales, sous un jour profondément renouvelé. Les sciences
biologiques et médicales ont fait des avancées souvent spectaculaires
et des progrès considérables au cours des dernières décennies.
Notre relation à la vie, à la naissance, à la maladie et
à la guérison, à la souffrance et au handicap, à
la mort, s'en trouve bouleversée, nous plaçant désormais
devant une série de questions inédites et complexes. Ce qui n'enlève
rien, pour des chrétiens, à la Révélation qu'ils
ont reçue, mais les oblige à l'expliciter dans une phase nouvelle
de l'histoire.
Notre objectif est d'aider un public de non spécialistes
à comprendre et à s'approprier les enjeux de ces avancées,
à porter un regard lucide sur des progrès souvent ambivalents,
à se libérer des mythes, à clarifier les questions, sinon
les réponses, à tirer au clair ses propres attentes, afin de pouvoir
donner un avis mieux éclairé sur les grandes questions qui concernent
chacun, la société dans son ensemble, et l'espèce humaine.
Suivant la vocation des Semaines Sociales, l'homme, sous sa
double dimension d'individu ayant à parcourir son histoire propre, et
de personne insérée dans une société, sera au centre
de nos réflexions. Nous mènerons celles-ci à la lumière
de la Parole évangélique, et dans un constant souci de dialogue
avec d'autres courants de pensée qui rejoignent notre préoccupation
humaniste. Rechercher des clefs de lecture pour notre époque interpellée
par la révolution scientifique, proposer des repères qui soient
porteurs de sens, tel sera notre objectif.
Pendant ces trois jours de session, nous aborderons les huit
thèmes suivants
1.
L'état des lieux (attentes et représentations de la société)
2. L'histoire (d'Hippocrate au clonage)
3. Santé et société
4. Le patient et le médecin (la relation thérapeutique)
5. Le corps et la dignité de l'homme
6. Donner ou produire la vie ? (génétique, sexualité,
procréation)
7. La souffrance et la mort
8. Le citoyen, la bioéthique, et la loi
1 - L'état des lieux
Conférence consacrée à rendre compte des
résultats de l'enquête et du questionnaire de réflexion,
et à mettre en lumière les représentations collectives
et les attentes sur le sujet. [Voir le questionnaire
"tous publics"ou le questionnaire "professionnels
de la santé"]
2 - L'histoire
Acte religieux à l'origine (guérir et chasser
les démons sont une seule et même chose ; avec Hippocrate, le médecin
est un médiateur), l'acte médical a adopté, au cours des
150 dernières années, le modèle scientifique. L'histoire
contemporaine de la médecine, depuis Pasteur et Fleming, s'apparente
à un irrésistible triomphe mondial : les vaccinations et les antibiotiques
ont permis la prévention ou le traitement de maladies qui décimaient
jusqu'alors l'humanité. Ces progrès ont été bénéfiques
pour des milliards de personnes (chute de la mortalité néonatale,
allongement continu de l'espérance de vie
). Aujourd'hui, les progrès
s'adressent, pour la plupart, à un nombre limité d'individus et
touchent souvent l'essence de l'homme (assistance médicale à la
procréation, expérimentation sur le vivant, clonage
). Cette
évolution nous fait entrer dans un ordre culturel, une société,
un monde, où les approches éthiques, philosophiques, politiques
et juridiques, sont à revoir en profondeur .
3 - Santé et société
Les progrès
de la médecine ont transformé radicalement nos conditions de vie.
Nos comportements et nos attitudes ont aussi considérablement évolué
: la santé est devenue une préoccupation majeure, une valeur ultime,
devant laquelle il semble que toutes les autres n'aient, en pratique, qu'à
s'incliner. La douleur, la mort, l'adversité, sont de moins en moins
acceptées ; nous sommes influencés par des modèles qui
laissent peu de place au handicap et à la fragilité constitutive
de toute vie. Pourtant, l'hyper-médicalisation de la vie humaine ne constitue-t-elle
pas un péril pour la médecine elle-même ? Toutes ces évolutions
engagent la représentation que nous avons de nous-mêmes, de notre
vie et de notre mort, la place que nous donnons à la médecine,
mais aussi notre conception de la solidarité, en France et dans le monde.
Les inégalités perdurent en France et se creusent dans le monde.
La dimension économique de la médecine a pris des proportions
inconnues jusqu'à ce jour. Si la vie n'a pas de prix, la santé
a un coût. Quel est-il en France, en Europe, dans le monde ? Notre système
de santé effectue des choix, le plus souvent implicites. Ainsi, nous
accordons plus de moyens à nous soigner qu'à prévenir les
maladies. Qui paie, qui oriente, et comment ? Comment rééquilibrer
nos dépenses de santé au profit de la prévention, dans
une logique de plus grande solidarité, en instaurant un débat
public qui associe les citoyens ? Qui doit arbitrer ?
4 - Le patient et le médecin
Le développement contemporain des spécialités
et des techniques médicales (développement de l'imagerie : scanner,
IRM, échographies, radios
), a généré de réels
progrès. Mais celles-ci peuvent constituer aussi un écran entre
le patient et le soignant. Le premier tend à devenir un consommateur
exigeant, le second un prestataire de soin soucieux de se protéger contre
des risques qu'il pourrait avoir mal prévus (sang contaminé).
Mais une médecine qui se judiciarise n'est-elle pas le signe d'une certaine
impasse de la médecine ? Qu'attend-on, aujourd'hui de l'acte de soin
? Qu'est-ce que guérir ? Ne faut-il pas revaloriser la spécificité
de l'acte médical, fondée sur la relation singulière de
personne à personne ? Comment ?
5 - L'homme, son corps, sa dignité
Les révolutions de la science et de la médecine,
nous interrogent au niveau même de la conception que nous nous faisons
de l'être humain. Pour répondre aux défis lancés,
il nous faut revisiter les racines de la dignité humaine, aller aux sources
de ce qui constitue l'humain. Comment ? En partant de ce corps humain, qui se
trouve au cur de l'acte médical, et qui est ce par quoi tout homme
nous est donné et connu. En ce sens, il mérite le respect dû
à la personne tout entière. Il est aussi le lieu où se
vit et s'expérimente l'altérité fondamentale, source ou
image de toutes les autres : l'altérité sexuelle. Mais l'approche
par le corps est-elle suffisante pour exprimer une anthropologie pour notre
temps ? Quelle grille de lecture et de compréhension nous apportent les
grandes traditions philosophiques et religieuses ? Les mots qu'elles mettent
sur le sens de l'existence, de la vie et de la mort, font-ils encore sens, dans
une société qui érige la santé en absolu et qui
se trouve devant des pratiques et des expérimentations aussi totalement
neuves ? En quoi la Bonne Nouvelle de la Révélation chrétienne
peut-elle être source de lumière sur les questions qui nous occupent
?
6 - Donner, ou produire la vie ?
Remède à de nombreux cas de stérilité,
l'assistance médicale à la procréation (AMP) constitue
l'une des plus grandes prouesses techniques du 20ème siècle. Mais
en rendant l'espoir à de nombreux couples, la fécondation in vitro
a commencé d'écrire aussi une page totalement nouvelle dans l'histoire
de l'humanité. Les avancées spectaculaires de la génétique,
qui ont rendu ces progrès possibles, soulèvent des questions qui
touchent à l'identité humaine, aux règles de filiation,
aux relations homme / femme et entre générations. Dans l'espoir
de nouvelles conquêtes pour la santé humaine, faut-il se résoudre
à " produire " la vie (clonage), à interrompre son existence
(avortement), à l'utiliser (thérapie génique), à
la manipuler (recherches sur l'embryon) ? Une vision génétique
mal maîtrisée ne comporte-t-elle pas des risques pour la cohésion
et la pérennité de notre société ? Sur quel terrain,
et comment, poursuivre le développement d'une science respectueuse de
la personne et à son service, et refusant l'instrumentalisation du corps
humain ?
7 - La souffrance et la mort
La conquête par l'homme contemporain, de son autonomie
et de sa liberté, le conduit à vouloir maîtriser sa mort,
comme il s'efforce de maîtriser sa vie. Nous acceptons mal la souffrance,
la perte des facultés, le handicap sous toutes ses formes. La mort elle-même
est vécue davantage comme un échec que comme l'aboutissement naturel
de toute vie. Pourtant, on ne peut faire l'économie de la relation de
l'homme et du soignant, à la souffrance et à la mort. Peut-on
décider du terme de sa vie (l'euthanasie), comme choix personnel et comme
choix de société ? Que nous enseignent les pratiques des services
de réanimation néonatale ? Quelles conditions réunir pour
l'accompagnement des malades en fin de vie (soins palliatifs) ?
8 - Le citoyen, la bioéthique
et la loi
Quand la
science avance plus vite que la conscience citoyenne, est-ce la science qu'il
faut ralentir ? Il faut l'éclairer, en tout cas, ainsi que la conscience
de l'homme, à développer par l'éducation L'accélération
des découvertes et des expérimentations dans le domaine du vivant,
depuis une vingtaine d'années, est source de progrès indéniables,
mais aussi de dérives menaçantes pour notre espèce, comme
le brouillage des générations, l'eugénisme, l'euthanasie.
Dans la plupart des pays, des débats de fond se sont ouverts, conduisant
à créer des structures de réflexion, de concertation, de
consultation, voire à légiférer.
Mais comment éclairer la science ? Qui dira le droit ? Au nom de quoi
? Nous ne vivons plus, en effet, dans des sociétés où il
y a équivalence entre ce qui est possible, ce qui est souhaitable, ce
qui est légal, et ce qui est socialement toléré. Les règles
de droit, garantes de la conservation de l'espèce humaine et de la cohésion
de la communauté, s'imposent aux chercheurs, disent ceux qui dénoncent
une " main basse sur les vivants ". En revanche, ceux qui récusent
l'interdit et plaident pour l'invention d'une morale adaptée aux temps
présents rétorquent que le droit est relatif à un état
de la société, et qu'il doit suivre l'évolution des sciences
et des murs. Comment établir la loi, et sur quoi la fonder, dans
une société pluraliste ? Quel rôle pour les Eglises, dans
une société pluraliste ? Pour les médias ? Pour les citoyens
? Pour l'école ? Enfin, pour l'Etat ?
[Voir
aussi le questionnaire de réflexion :
version "tous publics" ou version
"professionnels de la santé"]
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