Session 2001

Cet article est paru dans La Croix du 27 novembre 2001.
Le clonage condamné
aux Semaines Sociales
Avant l'annonce du premier clonage d'embryons,
Axel Kahn et Jean-François Mattei se sont élevés contre
le clonage thérapeutique, premier pas vers le clonage reproductif
Le recours à l'embryon est de plus en plus présenté
comme indispensable à la progression de la médecine. Une assertion
démentie ou du moins fortement nuancée, ce week-end à Issy-les-Moulineaux,
par plusieurs des intervenants des Semaines Sociales. Le généticien
Axel Kahn a tout d'abord rappelé qu'il existe deux autres moyens d'obtenir
des cellules souches que celui impliquant la création d'un embryon. On
peut les prélever sur des embryons surnuméraires destinés
à être détruits ou utiliser des cellules souches adultes.
Pour Axel Kahn, il est indispensable d'explorer ces voies.
En effet, a-t-il rappelé, si l'on autorise le clonage thérapeutique,
il se trouvera forcément des " apprentis sorciers " pour réaliser
le clonage reproductif, puisque, entre les deux, il n'y a aucune différence
de nature, rien qu'une différence de finalités. A ceux qui nient
le fait que le " produit " du clonage soit un embryon, Axel Kahn répond
qu'il est " incontestable que même s'il n'est pas issu d'une fécondation
" (comme c'est le cas dans le clonage), l'embryon est appelé, s'il
est transféré dans un utérus, " à devenir un
être humain ".
Qu'est-ce qui fait problème dans le fait de produire
un embryon par clonage ? La psychanalyste Monette Vacquin s'élève
contre cette désexualisation de la procréation qui, à ses
yeux, pose de manière nouvelle la question des limites à ne pas
franchir : jusqu'où, s'interroge-t-elle, peut-on aller sans muter psychologiquement
et anthropologiquement ?
C'est la question de la déshumanisation, reprise par le P. Olivier de
Dinechin, expert auprès de l'Episcopat pour les questions de bioéthique.
" Qu'est-ce qui, en effet, humanise ? ", a demandé le théologien.
Et de répondre : la possibilité de réciprocité entre
les personnes engagées ; la loi, en ce qu'elle interdit de porter une
grave atteinte au corps de l'autre. En regard, qu'est-ce qui déshumanise
? La réification de l'embryon humain, le risque d'enfermer l'enfant dans
le projet parental et la désexualisation, autant de menaces contenues
dans le clonage.
Le député Jean-François Mattei a, à
son tour, affirmé haut et fort son opposition au clonage, qu'il soit
reproductif ou thérapeutique. " Quand la vie humaine est instrumentalisée,
créée à des fins utilitaires, l'homme y perd un peu de
son humanité ", a estimé le médecin. " L'alibi
thérapeutique est un noble alibi mais il y a des limites que l'on ne
peut pas franchir lorsque l'on se réfère à la dignité
de la personne. " Jean-François Mattei conclut : " Il faut
une loi internationale prohibant le clonage humain ".
M.G.
|