Session 2001


Article de Henri Tincq paru dans Le Monde du lundi 26 novembre 2001.

"L'inquiétude du Vatican et des milieux chrétiens, des généticiens Jean-François Mattéi et Axel Kahn"

L'annonce du premier clonage d'embryon humain (1) a soulevé l'indignation, en particulier des milieux chrétiens. Le Vatican, par la voix de Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de sa congrégation doctrinale, a immédiatement fait connaître sa "préoccupation". Au même moment, deux mille travailleurs sociaux, intellectuels et personnels de santé chrétiens faisaient connaître leur unanime réprobation de toute forme d'instrumentalisation de l'embryon, lors des Semaines sociales présidées par Michel Camdessus et réunies sur le thème de la bioéthique, du vendredi 23 au dimanche 25 novembre, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

Invité de cette tribune dimanche 25, Jean-François Mattéi, généticien et député UDF des Bouches-du-Rhône, s'est montré d'une extrême sévérité à l'égard d'avancées de la recherche fondées, selon lui, sur le seul profit et a exprimé sa condamnation de toute forme de clonage, reproductif et thérapeutique. S'il consent aux recherches sur les cellules souches adultes, il affirme n'accepter "aucune forme d'instrumentalisation de l'embryon humain". "Je ne peux pas comprendre qu'un embryon puisse servir de matière première, y compris pour la recherche", a-t-il martelé, avant d'indiquer qu'on touchait là à la part la plus "sacrée" de l'humanité et d'en appeler à une urgente intervention des Nations unies et autres autorités internationales pour mettre fin aux recherches susceptibles d'aboutir au clonage humain.

UN "TABLEAU DÉLIRANT"

"Cette affaire est éminemment politique", a conclu le rapporteur des projets de lois de bioéthique de 1994, en souhaitant que le Parlement français se saisisse à nouveau des lois de bioéthique et se prononce contre tout clonage.

Directeur de département à l'hôpital Cochin, Axel Kahn s'est également montré hostile, lors de ces Semaines sociales, au clonage à des fins thérapeutiques : "Aujourd'hui, une autorisation de clonage thérapeutique équivaudrait à la mise au point de la première étape d'un clonage d'embryon humain. C'est une responsabilité que, pour ma part, je ne suis pas prêt à prendre", estime le généticien. Pour lui, on ne touche pas impunément à l'embryon, même s'il ne s'agit que du "début incertain d'une vie humaine". Axel Kahn s'interroge en particulier sur le destin du bébé cloné, "qui ne sera que l'artefact [production artificielle en laboratoire] d'un homme et d'une femme. Sera-t-on amené à devoir définir son humanité et qui va le faire"? Comme en témoigne la nombreuse participation à ces assises, le milieu catholique et protestant se montre alarmé par le "tableau délirant" (Monette Jacquin, psychanalyste) des avancées de la recherche biomédicale. Contre ces "dérives", Michel Camdessus, ancien directeur du Fonds monétaire international, en a appelé à une vive réaction de la classe politique, du milieu associatif, des religions : "Si l'embryon n'est encore qu'une énigme, elle touche à l'humain de trop près pour qu'on y touche", a-t-il conclu. Le "retard" de la recherche, invoqué par les marchés et chercheurs de brevets, est "le plus mauvais argument, car on ne peut pas combattre la marchandisation de notre monde en cédant à la requête de réification et, demain, de toute marchandisation de ce qui est une vie humaine potentielle".

Henri Tincq


1. Lire à ce sujet l'article de Jean-Yves Nau, "Premier clonage d'un embryon humain", paru dans Le Monde du 25 novembre 2001, http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3222--248529-,00.html

 

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