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Catherine BELZUNG
Le 23 mars 2018
Déchaîner sa fureur

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Déchaîner sa fureur

Depuis quelques temps, un phénomène nouveau est apparu d’abord au Japon, puis aux Etats Unis et maintenant à Paris : la possibilité d’aller déchaîner sa fureur dans des locaux dédiés, les fury rooms. De quoi s’agit-il ? Pour une somme allant de 10 à 100 euros (selon la prestation), le candidat reçoit du matériel (des bouteilles, des vieux ordinateurs, des vieilles imprimantes, des briques, de la vaisselle : en général il s’agit de matériel usagé qui a été récupéré dans les déchetteries) ainsi qu’un équipement (pied de biche, batte de baseball, au choix) permettant de « tout casser ». Libre à lui alors de déchaîner sa fureur sans limites, de se défouler en laissant aller sa violence jusqu’à son paroxysme : les vidéos montrent des personnes qui défoncent tout ce qu’elles peuvent, qui cassent la vaisselle, les bouteilles, les écrans, tout cela dans une atmosphère bruyante, jusqu’à épuisement. Ce phénomène est devenu un véritable marché : on peut ainsi acheter des cartes cadeaux pour offrir une séance à un ami. Qu’en penser ?

Certains vantent les bienfaits de cette pratique : selon eux, il vaut mieux déchaîner sa nervosité dans ce cadre contrôlé, plutôt que de se libérer de sa violence en s’acharnant sur son entourage. Certes ! Néanmoins, s’il s’agissait de se libérer d’une énergie violente contenue en soi, cela fait longtemps que l’espèce humaine a inventé d’autres pratiques: ainsi, on peut très bien libérer son énergie dans le sport de combat comme la boxe par exemple. La différence entre les deux pratiques tient à l’insertion du sport dans un contexte social, et à sa ritualisation : le sport requiert de suivre certaines règles très strictes, plutôt que de donner libre cours à sa fureur.

Mieux encore : on peut parvenir à contrôler sa fureur en relativisant ce qui la cause par un dialogue intérieur et paisible avec soi-même. Si j’ai été contrarié par une imprimante bloquée par un bourrage papier, je peux peut être me dire que ce n’est pas si grave, plutôt que d’acheter une séance de fury room ? L’avantage ici est que l’on éradique réellement la colère à sa racine, sans avoir recours à son expression extrême pour l’éloigner de soi. On peut en effet craindre que la répétition de ces accès de rage qu’on observe dans les fury rooms n’aient un effet à long terme dévastateur et exactement opposé à celui recherché, en baissant petit à petit le frein qui permet normalement d’inhiber ces accès de rage. Alors que si le sujet apprend à relativiser, non seulement sa propre humanité s’en trouve comme amplifiée, mais l’occurrence de ces bouffées violentes diminuera progressivement.

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Par Catherine Belzung, rédactrice des SSF

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