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Jean-Pierre ROSA
Le 26 janvier 2017
Les 15 ans de<br />
l’euro. Un dilemme moteur

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Les 15 ans de
l’euro. Un dilemme moteur

Par Jean-Pierre Rosa

La monnaie unique a quinze ans. Ses mérites sont immenses, mais ses inconvénients ne le sont pas moins. Du côté des mérites, elle a permis à la zone euro d’échapper aux attaques de plus en plus violentes menées contre les monnaies européennes qui empoisonnaient la vie des divers pays de l’Union, forçant les banques centrales à prendre des mesures d’urgence (injection massive de monnaie dans l’économie) pour empêcher les dévaluations. Elle a donné une stabilité à la zone et à ses économies, favorisant les échanges intra mais aussi extra communautaires. Elle a hissé l’euro au rang de monnaie de référence ce à quoi aucune des monnaies de l’époque, pas même le mark, ne pouvait prétendre. Tout ceci pour la plus grande prospérité de l’Europe.

Du côté des inconvénients, la monnaie unique a mécaniquement renforcé peu à peu les inégalités entre les pays de l’Union. La monnaie n’étant plus une arme entre les mains d’un Etat souverain, il devenait tout à coup totalement impossible de jouer sur les cours ou les taux pour ajuster la performance d’un pays par rapport à l’autre. De plus le pacte de stabilité et de croissance, en encadrant la dette de chaque pays de l’Union, rendait la politique des déficits consentis impossible. C’est ainsi que l’on a vu petit à petit apparaître les « bons élèves », en gros ceux du nord, Allemagne en tête, et les « mauvais », en gros ceux du Sud, la France occupant de justesse une situation médiane.

C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de remplacer la monnaie unique par une monnaie « commune ». La première fonctionne en interne et en externe de façon rigide, la seconde accepte en son sein des fluctuations de cours tout en opposant aux pays tiers un cours unique. L’idée consistait à ce que chaque pays retrouve une certaine marge de manœuvre monétaire afin d’optimiser le pilotage de son économie.

L’idée n’est en soi pas mauvaise car elle évite le mécanisme de « prime au gagnant » qui caractérise la monnaie unique. Elle va donc dans le sens d’une réduction des inégalités entre pays. Mais est-elle praticable ? Quel signe en effet serait ainsi envoyé aux pays tiers et aux marchés ? S’agit-il du début d’un détricotage de la zone euro ? Faut-il donc se résigner à un fonctionnement manifestement inégalitaire de l’euro ? Les avantages de l’euro sont-ils si grands qu’il faille renoncer à toute justice ? De plus ce fonctionnement inégalitaire n’est-il pas l’un des facteurs d’un mécontentement grandissant vis à vis de l’Union ? Bref nous sommes devant le cas typique d’un dilemme.

Le résoudre demande lucidité et créativité. Du côté de la lucidité, il faut bien admettre que la monnaie commune est politiquement impraticable – et techniquement malaisée – même si, idéalement, elle aurait pu représenter une solution intellectuellement pensable.

Du côté de la créativité il faut se demander à quelle condition serait-il possible d’unir robustesse de la monnaie unique et souplesse de la monnaie commune. A bien y réfléchir, il n’y a qu’une solution – lointaine, accompagnée d’une série de mesures tout à fait à notre portée.

La solution lointaine consiste à travailler à l’intégration des économies : fiscalités, réglementations, droit, tout doit être fait pour que les divers pays de la zone euro et – par contagion et effet de diffusion – de l’Union elle-même ne soient plus des économies juxtaposées dans leur diversité mais qu’elles fonctionnent d’un même pas. On voit bien que les obstacles, culturels notamment, interdisent d’aller trop vite en ce sens. Il faut donc des mesures immédiates, à notre portée, qui permettent d’aller dans le bon sens, celui de l’intégration, en en montrant la pertinence. Un Plan Européen d’abord. C’est à dire un plan massif d’investissements lourds – et communs – pour créer une dynamique. Une démocratisation des décisions ensuite, c’est à dire plus de pouvoir donné au Parlement, plus de visibilité aussi car il permettrait de mettre des visages – nationaux – sur des décisions communes européennes. Une réelle subsidiarité enfin : que la commission ne puisse pas s’ingérer dans des réglementations tatillonnes qui ne sont pas de son niveau.

C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que l’euro pourra sortir de son dilemme et re-devenir une bonne nouvelle pour tous.

Jean-Pierre Rosa, membre des SSF

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