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Jérôme VIGNON
Le 6 février 2020
"Libre à Buchenwald"

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"Libre à Buchenwald"

En ce temps où l’on célèbre la libération des camps d’extermination nazis, il m’est impossible de ne pas partager ce qu’évoque pour moi Buchenwald, un camp situé dans une colline boisée à quelques kilomètres de la petite ville de Weimar dont les habitants ignorèrent jusqu’au dernier moment l’existence, jusqu’à ce qu’à sa libération par les troupes américaines. Le général Patton à leur tête fut tellement choqué par ce qu’il découvrait qu’il convoqua manu militari la population de Weimar et l’obligea à défiler parmi les baraquements, les infirmeries et les fours pour qu’elle prenne à jamais conscience de l’horreur qu’il lui fallait désormais assumer.

Je tiens cette anecdote d’un ami proche qui fut incarcéré plusieurs années dans ce camp, après avoir tenté comme beaucoup d’autres de rejoindre la Résistance en passant par l’Espagne. Jean Moussé, puisqu’il s’agit de lui, avait perçu les premiers signes de sa vocation de Jésuite au collège nantais de la Joliverie. C’est cependant à Buchenwald que sa Foi connut une évolution décisive qu’il a retracée des années plus tard dans l’un de ses livres auquel j’emprunte le titre de cette chronique[1].

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"Dans cet enfer, le futur Jésuite connut deux révélations qui devaient marquer définitivement sa manière de croire."

L’épreuve de la captivité se présentait à chaque instant comme un déni d’humanité. Non seulement les geôliers SS s’ingéniaient à humilier les détenus en les soumettant dans un labeur harassant à des vexations permanentes, mais tout était fait pour qu’entre les détenus eux-mêmes règne sous la férule de Kapos une atmosphère de haine. Dans cet enfer, le futur Jésuite connut deux révélations qui devaient marquer définitivement sa manière de croire. Il constata d’abord qu’il n’y avait pas de corrélation entre l’humanité des comportements des détenus et leurs convictions religieuses. Des croyants confirmés pouvaient céder à la lâcheté alors que de militants communistes faisaient preuve de courage et de solidarité. Qu’était ce alors qui animait les uns et les autres et ne devait on pas convenir que l’appartenance au Christ n’était ni garantie par la foi, ni exclusive de celle-ci ? Qu’était- ce donc que croire, sinon prendre conscience du fond d’humanité présent au cœur de chacun et tenter d’y être fidèle ? Puisque ce fond était universel, puisqu’il échappait aux manipulations et aux faux semblants, les pires conditions de détention ne pouvaient l’atteindre. Ce fut la seconde découverte de Jean Moussé. Il n’était pas dans le pouvoir de ses geôliers de le dépouiller de sa liberté intérieure et celle-ci, précisément, trouvait à se manifester dans les gestes de camaraderie avec les compagnons de chambrée ou de corvée, échappant à l’emprise de déshumanisation à laquelle ils étaient ensemble livrés.

La Foi devait être pour lui une intériorité signe d’un Dieu vivant qui nourrissait la liberté.

D’autres personnalités françaises marquantes ont été à jamais « libérées » de toute peur et de tout faux semblants par leur passage dans la brûlure spirituelle du camp de Buchenwald, par exemple un autre Jésuite, le Père Sommet, le général Hélie de Saint Marc et bien d’autres encore.

Ma chance et celle des membres du Mouvement chrétien des cadres dont Jean Moussé fut l’aumônier pendant quelques décennies fut de l’avoir rencontré. De son enseignement et de sa manière de vivre nous avons reçu une façon de conduire la recherche de la vérité qui nous provoque sans relâche à scruter les signes des temps et ce qu’ils nous disent de l’attente profonde de nos contemporains au-delà des apparences. Jean Moussé aimait à dire en souriant que ce n’est pas parce que les choses sont écrites dans l’Evangile qu’elles sont vraies ; mais c’est parce qu’elles sont vraies qu’ont les retrouve dans l’Evangile.

  1. « Libre à Buchenwald-Leçon de vie pour aujourd’hui », paru en 1995 chez Bayard.

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Jérôme Vignon, président honoraire des SSF

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