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Yves BERTHELOT
2 juillet 2020
Pandémie et multilatéralisme

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Pandémie et multilatéralisme

La pandémie n’a pas renforcé un système multilatéral fragile. Il faudra un jour le réformer. En attendant, il faut en préserver l’essentiel en préparant le futur. C’est le rôle des États et le rôle de chaque citoyen.

Avec la pandémie, le phénomène des interdépendances, décrit depuis plusieurs décennies, est devenu une évidence pour tout un chacun.

  • Interdépendance entre les pays, d’abord, manifestée au plan sanitaire par la propagation d’un virus sur l’ensemble de la planète pour la première fois dans l’histoire, concrétisée au plan économique par la plongée de l’ensemble des économies en raison des mesures de confinement et de la dispersion géographique des sous-traitants produisant les éléments entrant dans la composition de presque tous les produits finis.
  • Interdépendance entre les différentes formes du vivant, respectée depuis longtemps par les peuples qui vivent en symbiose avec la nature, que la civilisation industrielle et technologique a oubliée si bien qu’elle consomme chaque année plus de produits végétaux que la terre n’en produit et rejette plus de CO2 que les forêts et les océans n’en absorbent, si bien, aussi, qu’elle a détruit des espèces et des espaces nécessaires à l’autorégulation du vivant réduisant la biodiversité et facilitant le passage à l’homme de virus portés par les animaux.

Ces interdépendances globales plaident à l’évidence pour des solidarités, des institutions et des régulations au niveau mondial. C’était déjà le cas avant la pandémie. Régulations et institutions pour mieux prévenir les crises, pour parvenir à des modes de vie et des modalités de production compatibles avec les capacités de la nature. Solidarités dans les prochains mois en faveur des tous ceux qui vont perdre leur emploi et qui devront acquérir de nouveaux savoir-faire. Solidarités qui ne devraient pas se limiter à des transferts de ressources, de technologies ou d’expertise, mais solidarités qui soient d’abord un dialogue sur ce qu’il convient de faire collectivement pour à la fois préserver la planète et assurer à tous une vie digne.

L’Organisation des Nations Unies est en principe le lieu où conduire un tel dialogue. Malheureusement, les États ne sont pas prêts à y mener un débat post Covid19 et, surtout, y décider de mesures propres à la hauteur des enjeux. Au contraire, les États-Unis de Donald Trump continuent de saper l’Organisation en tardant à verser leur contribution et, après avoir quitté l’accord de Paris sur le climat, en se retirant en pleine pandémie de l’Organisation mondiale de la santé ; la Chine continue à miner l’édifice des droits de l’homme en poursuivant les défenseurs de ces droits et, tout récemment, en ayant fait nommer un diplomate chinois, Jiang Duan, au panel du Conseil des Droits de l’Homme(1), ce qui, selon le directeur exécutif de UN Watch, équivaut à « faire d’un pyromane le chef des pompiers de la ville(2) ».

L’Europe préoccupée par la relance de l’économie et par ses divisions n’est pas à l’initiative au sein de l’ONU. Les BRICS(3) qui ont tenu un sommet à Brasilia au début d’avril sont essentiellement préoccupés d’une réforme du Conseil de sécurité et du FMI qui rendrait ces institutions « plus inclusives, démocratiques et représentatives, notamment par une participation plus importante des pays émergents et en développement dans la prise de décision internationale » ce qui vise essentiellement des postes permanents au Conseil de Sécurité et des contributions plus importantes au FMI où les droits de vote sont proportionnels aux quotas. Objectif légitime, mais qui ne dit rien des questions qui selon eux importent pour le futur.

Ce constat partagé conduit La Croix à se demander comment relancer la gouvernance mondiale(4) et Monique Chemillier-Gendreau, en date du « 39ème jour du confinement » à « acter l’échec des Nations Unies à être représentatives de l’ensemble de l’humanité et l’impossibilité de les réformer » et à proposer « la création » d’une « Organisation mondiale des peuples(5) ». Perspective intéressante, mais on ne peut oublier qu’il a fallu la première Guerre Mondiale pour créer la Société des Nations et la deuxième pour créer l’ONU ; la pandémie n’est pas un tel choc qu’il entraîne la création d’une nouvelle Organisation mondiale.

Il faut donc agir pour les années prochaines dans le cadre de l’ONU. Même si ce sont les gouvernements qui y prennent les décisions, les citoyens du monde peuvent y faire entendre leurs demandes et propositions à travers les associations accréditées auprès du Conseil économique et social et par les pressions qu’ils exercent sur leurs gouvernements respectifs. Il en est de nombreux exemples que celles-ci aient été entendues.

Aujourd’hui, la priorité est de préserver les acquis de l’ONU sur les droits humains.

Vers des jours heureux le laisse bien entendre qui les place en tête des principes « indérogeables », sur lesquels fonder l’Organisation mondiale des peuples et propose de « considérer les droits de l’homme… comme justiciable devant toutes les juridictions nationales et internationales ». Les droits humains sont le socle commun à tous les êtres humains sur lequel se fondent toutes les interdépendances. S’ils sont démantelés, il sera très difficile de parvenir à des engagements durables sur les questions sociales et environnementales.

  1. Ce panel composé de cinq membres nommés à titre personnel est chargé de sélectionner les candidats aux postes de rapporteurs spéciaux, d’experts indépendants et de membres de groupes de travail chargés d’enquêter sur les violations des droits humains.
  2. Selon Vision Times consulté sur Internet le 17 juin
  3. Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud
  4. François d’ALENCON, La Croix, 28 mai 2020.
  5. Monique CHEMILLIER-GENDREAU, Vers des jours heureux, 24 avril 2020. Texte accessible sur de nombreux sites.

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Yves Berthelot, ancien sous-secrétaire-général des Nations-Unis et membre du conseil de l'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT)

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