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Jérôme VIGNON
Le 9 novembre 2018
Être soi pour sortir de l’entre soi

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Être soi pour sortir de l’entre soi

Les Rencontres des Semaines sociales de France qui ont lieu début novembre 2018 resteront comme une étape majeure, un point d’orgue, dans la marche « créatrice « que la vénérable association de laïcs a engagée pour retrouver ses racines et se redonner du souffle.

Une tension créatrice justement est surgie au cours de ces Rencontres entre la volonté affichée et sincère de « sortir de l’entre soi » générationnel, culturel, sociologique et les mises en garde répétées à l’encontre de ce qu’une telle aspiration aurait de paternaliste ou de suffisant. On ne se rend pas vers autrui sans respecter son intimité profonde, ni sans mesurer qu’autrui peut nous précéder, dans ce temps où l’ensemble du « christianisme social » est en effervescence.

Dominique Greiner, dans une évocation remarquable des origines des Semaines sociales de France donnait une clef pour comprendre ce décalage. Sortir de l’entre soi n’est pas une fin en soi, mais plutôt la conséquence d’un dynamisme spirituel, dont il convient justement de retrouver la source. Les fondateurs il y a un siècle des Semaines sociales vivaient une piété authentique dont ils ont su faire un instrument de transformation sociale en écho avec le drame de la condition ouvrière. [1] Ainsi Albert de Mun, jeune officier français d’origine aristocratique s’est-il lancé dans l’arène de la politique sociale. Puiser à la source vive de l’amour chrétien, assumer sans hésitation à titre premier le donné de la Foi conduira les SSF à redevenir ce qu’elles furent : un creuset où l’évangile serait à nouveau force créatrice et imaginative, face aux enjeux nouveaux de justice dans un monde globalisé et instable. [2]

L’extraordinaire narratif de Laudato Si' fait de l’amour le levier d’une transformation politique globale, confusément mais ardemment espérée par nos contemporains. Présente en filigrane de l’ensemble de la rencontre, l’Encyclique s’imposait pour notre présidente, Dominique Quinio comme l’horizon des nouveaux combats pour la justice. Il ne s’agit plus cependant pour les futures Semaines sociales, de se faire les mentors comme jadis avec l’Encyclique Rerum Novarum, de la question sociale dans une Eglise à l’époque encore sociologiquement dominante. L’amour porte aujourd’hui les croyants vers une société sécularisée mais travaillée par la question de l’injustice, envahie par les droits individuels mais attachée à des solidarités profondes, où le dialogue semble parfois impossible alors que l’aspiration à la reconnaissance y est manifeste. C’est là que des SSF refondées ont vocation à se tenir pour montrer la « possibilité d’issues nouvelles ». [3]

Cela implique, en effet de coopérer avec et d’apprendre aussi des générations montantes de chrétiens engagés. Les Semaines sociales de France leur apporteront les charismes d’une expérience recueillie lors de l’exercice fécond et original de « l’utilité sociale des semaines sociales de France » conduit par Elena Lasida avec Antoinette Hervouët. [4]  Dominique Quinio l’a annoncé [5] : les projets à venir permettront de partager et de transmettre ces charismes : l’ouverture à tout le spectre des convictions politiques, à la variété des sensibilités chrétiennes ; la volonté d’informer et d’enrichir les connaissances de la Foi par celles qui viennent des sciences sociales ; la liberté d’initiative ; un regard constructif sur les espoirs et angoisses de notre temps ; une démarche d’ouverture qui est aussi un parcours spirituel. Il faut être soi pour sortir de l’entre soi.

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Par Jérôme Vignon, président d'honneur des SSF

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[1] « L’expérience sociale et spirituelle des SSF au cœur du catholicisme social » par Dominique Greiner, rédacteur en chef à la Croix et théologien (3 novembre)[2] « Vivre en chrétien dans le monde » par Enzo Bianchi, fondateur et ancien prieur du monastère de Bose (4 novembre)[3] « L'envoi » d'Henri-Jérôme Gagey, vicaire général du diocèse de Créteil (4 novembre)[4] Rapport final de la démarche d'évaluation de l'utilité sociale des SSF[5] « L'envoi » de Dominique Quinio, présidente des SSF

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