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Camille PERRIER
16 novembre 2007
Une interrogation pour les chrétiens

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Une interrogation pour les chrétiens

Par Éléna Lasida

Conférence donnée au cours de la session 2007 des Semaines Sociales de France, "Vivre autrement pour un développement durable et solidaire".

ÉLÉNA LASIDA, économiste, chargée de mission à Justice et Paix, maître de conférence à la Faculté de Sciences Sociales et Economiques de l’Institut Catholique de Paris.

En guise d’introduction, je voudrais indiquer brièvement le lieu à partir duquel je parle du développement durable, car mon intervention est très liée à ce contexte. Cette indication me permettra de dire ce qui constitue, à mon avis, l’enjeu principal du développement durable, et de ce fait, de le mettre en rapport avec notre foi et notre manière d’être présents comme chrétiens dans le monde d’aujourd’hui. Je parle du développement durable à partir d’une réflexion collective menée à Justice et Paix - France depuis quelques années. Celle-ci s’est traduite par un premier ouvrage publié en 2006, Notre mode de vie est-il durable ? , et se poursuit par l’élaboration de fiches thématiques dont la première vient juste de paraître sur le thème d’une mobilité durable . Cette réflexion collective constitue par son contenu et surtout par sa forme, une expérience de développement durable. Les personnes qui y participent viennent d’horizons différents, avec des compétences diverses. Grâce à cette différence – je dis bien grâce et non pas malgré – nous avons pu faire l’expérience d’un véritable travail d’élaboration collective. Le résultat n’est pas une simple juxtaposition d’approches différentes, mais au contraire un travail façonné et bâti ensemble. Ce fut possible parce que chacun s’est laissé déplacer par les autres, chacun s’est désapproprié de son idée pour construire avec d’autres une idée commune. Je crois que c’est là le principal enjeu du développement durable : apprendre à faire projet ensemble tout en ayant des intérêts différents, voire opposés. Mais pour cela, il faut commencer par risquer une perte et par accepter de se laisser déplacer. Bref, ma parole sur le développement durable émerge de ce lieu d’élaboration collective, dans lequel nous ne nous sommes pas contentés d’accumuler nos connaissances ; nous les avons mises en dialogue, et le dialogue a produit quelque chose de radicalement différent de ce que chacun de nous aurait produit tout seul. Si je crois important de parler de la forme qu’a prise notre travail avant de parler de son fond, c’est parce que pour le développement durable aussi, le contenu est très conditionné par la manière de faire, le résultat par la manière d’y arriver. En ce sens, on pourrait le définir comme une expérience de déplacement réciproque qui rend possible l’émergence du radicalement nouveau.

Le développement durable : un “ style ” de vie

Mettre la forme avant le contenu, la démarche avant le but, la pédagogie avant le résultat traduit ce que nous croyons être l’enjeu principal du développement durable : inventer un nouveau style de vie plutôt qu’un nouveau modèle de développement à substituer à la place de l’actuel. Le style n’est pas associé à un seul modèle, mais il peut prendre des formes multiples. Le style c’est, selon Merleau-Ponty, “la mise en forme des éléments du monde qui permettent d’orienter celui-ci vers une de ses parts essentielles ” . Le style relève de la mise en forme plutôt que d’une forme particulière, de la mise en cohérence d’un ensemble plutôt que de sa composition précise. Le style a toujours quelque chose d’indéterminé qui ouvre vers un autre possible, tandis que le modèle évoque plutôt quelque chose d’achevé et dont le résultat est prévisible d’avance. C’est en ce sens que le développement durable peut être associé à un nouveau style de vie .

Nous sommes aujourd’hui confrontés au défi de trouver un autre mode de vie, plus respectueux de la nature et plus solidaire. Or nous le constatons chaque jour, il n’y a pas de solution miracle ; il n’y aura pas de modèle de développement unique et bon pour tous. Chaque solution a des effets positifs pour les uns et négatifs pour les autres. Par conséquent, c’est la manière de choisir plutôt que le choix retenu qui permettra de dire si la solution est bonne ou mauvaise. C’est surtout dans la manière de décider ensemble, dans la manière de faire des choix de société, dans la manière de construire des projets collectifs que le développement pourra être qualifié de durable, de viable et de vivable. Une pédagogie du choix serait en ce sens à développer.

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