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Jérôme VIGNON
Le 31 janvier 2018
Adopte un mec

Adopte un mec

Depuis quelques semaines les murs de nos villes ont vu fleurir une affiche dont la sobriété contraste avec la frivolité. On y célèbre« l’App(lication) de rencontres la plus possédée par les Françaises ». Sûr de sa notoriété l’annonceur ne dit pas son nom et se contente d’afficher son logo en mode signalétique d’aéroport : une ménagère qui pousse dans son caddy de supermarché un homme qu’elle a choisi dans les gondoles de l’App, et qu’on devine jetable vu son allure de pantin. Rien ne manque en effet sur le site Adopteunmec, ni les « fiches produits », ni les « accessoires ». Il faut certes prendre au second degré cette annonce, revanche du girlpower sur la femme objet. Elle forme cependant une sorte d’arrière-plan quotidien sur lequel se détache le débat de haute intensité médiatique qui vient d’opposer sur nos ondes deux groupes qui se revendiquent du féminisme : l’un pour exiger avec #metoo que l’on s’oppose, au besoin par le droit, au harcèlement ; l’autre pour que l’on préserve la licence de séduire et même d’importuner.

L’objet de cette modeste tribune n’est pas de revenir sur ce dernier débat. D’autres l’on fait excellemment. Au plus soulignera-t-on qu’il met en lumière encore une fois les contradictions où s’enlise une société individualiste contrainte de multiplier les interdictions pour faire prévaloir un enjeu d’émancipation. Non, ce qui m’intéresse ici, c’est ce qu’il y a de commun entre cette publicité aguichante mais peu respectueuse des hommes et le débat de société légitime sur le respect dû aux femmes dans l’espace public. Le commun, me semble-t-il, c’est un certain unilatéralisme moral. On entend par là une forme de discours moral qui se contente de proclamer ce qui est mal, ou ce qui n’est plus mal, mais qui est en revanche incapable de désigner le bien. Désigner le bien, quelle horreur, ce serait du moralisme !

En s’interdisant de désigner le bien en matière de relation femme/homme, on se prive de connaître la source du respect que l’on exige des uns et des autres pour les unes et les autres. Cette source ne réside-t-elle pas dans une découverte mutuelle dont seule la durée a le secret ? En écartant la durée pour privilégier l’exercice de libertés auto référentielles, les nouveaux moralistes privent leur auditoire des potentialités que seule la tension vers une authentique fidélité peut effectivement libérer. Le grand philosophe personnaliste danois qu’était Søren Kierkegaard a su l’exprimer d’une manière inégalable, sans doute parce qu’il avait dû subir l’épreuve d’une rupture : « On a peur que l’amour ne cesse une fois le mystère dissipé. Au contraire, l’amour ne commence vraiment que lorsque le mystère s’évanouit. Ceux qui redoutent à ce point la durée et l’habitude sont des natures de pure conquête, incapables de posséder. Or puisque l’on parle d’esthétique, l’art vrai est dans la possession, non dans la conquête… C’est pourquoi la sagesse populaire, à l’inverse de la courte sagesse des snobs, place les noces de fer avant les noces d’argent, les noces d’argent avant les noces d’or et voit dans le mariage un enrichissement qui ne cesse pas [1]. »

On se permettra donc de recommander aux instigatrices  de l’App de rencontres en question d’ouvrir un rayon « adopte un Kierkegaard ».

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Par Jérôme Vignon, président d'honneur des SSF

[1] Extrait de l’ouvrage Alternatives de Søren Kierkegaard

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