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Dominique QUINIO LEROUX
Le 27 février 2018
En politique, l'arme du langage

En politique, l'arme du langage

Il paraît, disent les sondages, que Laurent Wauquiez, le président des Républicains, n’aura pas désespéré ses partisans par les propos qu’il a tenus devant des élèves de l’EM Lyon, à l’occasion de deux cours qu’il y donnait sur les « enjeux de société ». Il les aurait même confortés dans leurs convictions. Le « parler franc » revendiqué et les menaces contre ceux qui ont diffusé des paroles qui n’auraient pas dû être enregistrées et divulguées dans la presse ont renforcé sa posture d’homme qui ne craint pas de dire sa vérité et qui l’assume. Sauf devant Nicolas Sarkozy, cependant, auprès de qui il s’est excusé. Là surgit une première interrogation : ou il a sciemment répandu un bobard, selon lequel l’ex-président de la République faisait écouter les portables de ses ministres ou il y croit et ne devrait pas s’en excuser. « C’était une rumeur. Je n’ai jamais sérieusement pensé que des ministres étaient écoutés », a-t-il précisé quelques jours plus tard. Pourtant, cette rumeur, il l’a relayée. Est-ce responsable ?

Laurent Wauquiez, en brillant agrégé d’histoire, magistralement placé à tous les concours, sait ce que sont les niveaux de langage. Tout éducateur le comprend, qui tente d’inculquer à ses enfants ou élèves que l’on ne parle pas de la même façon à ses copains, à ses parents, à son enseignant, à des jeunes ou des personnes âgées ; que l’on ne manie pas le français à l’oral comme à l’écrit, dans un dialogue ou pour une description poétique. Ce n’est pas de l’hypocrisie, de l’affectation prétentieuse ou du faux-semblant. C’est de l’intelligence de la langue et du savoir-vivre ensemble.

Le patron des Républicains et élu de longue date a le droit de critiquer vertement la politique menée par un adversaire – sur le fond de préférence, mais aussi sur la forme ; il est dans son rôle quand il désapprouve le mode de gouvernement d’Emmanuel Macron, quand il s’inquiète d’un pouvoir sans véritable contre-pouvoir. Il a même le droit de ne pas apprécier ses alliés et partenaires, mais l’injure ou le sarcasme, l’attaque ad hominem, ne font pas une ligne politique, un programme pour la refondation de son parti.

Même en comité choisi, même après s’être assuré de la confidentialité du cours donné, on ne joue pas au « chamboule-tout », en envoyant la balle tour à tour sur tous les personnages du paysage politique environnant, y compris la chancelière allemande. En outre, Laurent Wauquiez s’adressait à un jeune public, sans doute acquis à ses idées ; leur a-t-il donné de l’engagement et de la responsabilité politiques l’image de dignité et de respect que la fonction requiert ? Leur a-t-il enseigné l’argumentation, la répartie drôle et pertinente, la force de conviction ? Même si le grand public n’en avait jamais rien su, les étudiants, eux, auraient ainsi été« formés ».

A la veille de la dernière élection présidentielle, les évêques de France avaient publié un texte pour aider les Français à retrouver le sens du politique. « La crise du politique, diagnostiquaient-ils, est d’abord une crise de confiance envers ceux qui sont chargés de veiller au bien commun et à l’intérêt général ». Ils écrivaient aussi : « La contestation est devenue le mode de fonctionnement habituel et la culture de l’affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue ». Pour la confiance et pour le dialogue, il faudra d’autres leçons.

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Par Dominique Quinio, présidente des SSF

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