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François SOULAGE
1 juillet 2021
Pour faire entendre la parole de chômeurs

Pour faire entendre la parole de chômeurs

« Il n’y a qu’à traverser la rue pour trouver un emploi ». Cette affirmation a fait couler beaucoup d’encre, et a donné lieu à de multiples débats. Toute personne, dès qu’elle le souhaite, peut-elle dans notre pays trouver un emploi à sa mesure ?

Comment se fait-il qu’il y ait à la fois, dit-on, près de 500 000 postes vacants, et près de 3 Millions de chômeurs ? Pourquoi, au moment où l’économie redémarre après la pandémie, certaines professions, comme l’hôtellerie-restauration manquent-elle de bras ?

Des études tentent de répondre. Mais, fondées sur des éléments statistiques, sans doute indiscutables, elles ne peuvent pas retracer la réalité du parcours quotidien des chercheurs d’emploi, qui, bien que « traversant la rue », ne trouvent pas le poste dans lequel ils pourraient être employés. Ces statistiques ne peuvent pas retracer ce que ressentent les chômeurs face à leur situation, face à des employeurs de plus en plus exigeants en matière de formation, n’ayant que l’embarras du choix au moment d’embaucher, face au nombre de candidatures reçues. Elles ne disent rien des difficultés de garde d’enfants, de transport pour aller à des emplois de plus en plus éloignés des centres urbains, de l’impossibilité de valoriser ses compétences acquises à l’étranger, de la dévalorisation d’un travail devenu répétitif.

Tout ceci nous a été dit directement par des chômeurs que nous avons interrogés individuellement dans le cadre de notre Collectif « Pour la parole de chômeurs »

Le seul moyen de donner vie à ces statistiques, est de solliciter la parole des personnes concernées elles-mêmes. Ce sont elles, mais elles sont encore trop peu nombreuses, qui nous ont dit leurs difficultés à retrouver un emploi. Mais aussi, tous les obstacles qu’elles rencontrent sur leur route.

Il est possible, et même souhaitable, dans un programme politique, de donner la priorité au retour à l’emploi, plutôt qu’à des aides monétaires. Mais ce que nous disent les chômeurs, c’est que dans leur situation de précarité matérielle, ils ne peuvent à la fois subvenir aux besoins immédiats de leur famille, se projeter dans l’avenir ou débuter une formation. Ils ont l’impression que personne ne les écoute vraiment exprimer leurs désirs, leurs capacités, leurs besoins, y compris dans la vie de tous les jours, pour pouvoir retrouver un emploi. Ce qui revient le plus souvent, est l’absence d’écoute de la part des services publics. « Les assistantes sociales sont toujours débordées », « les bénévoles veulent bien nous aider, mais il faudrait plus nous écouter ».

Une maman seule, avec trois jeunes enfants, comme je l’ai rencontrée dans mon Epicerie Solidaire à Nanterre, me dit l’impossibilité de travailler sans garde d’enfants quasi-gratuite (mais les crèches sont saturées) et à condition de ne pas avoir des horaires qui la feraient quitter et revenir au foyer à des heures où elle ne voit pas ses enfants. L’aide financière publique est sa seule ressource aujourd’hui. Est-elle pour autant une « assistée » ? « Quels moyens la société me donne-t-elle pour m’en sortir durablement », m’a-t-elle demandé, les larmes aux yeux.

Pour le Livre Blanc de la parole de chômeurs

Ce sont de nombreuses paroles de ce genre, que nous voulons porter dans le débat public, à l’occasion des élections présidentielles et législatives de 2022. Mais pour cela, il nous faut un beaucoup plus grand nombre de témoignages, de paroles prises sur le vif, pour constituer un « Livre Blanc » qui les rassemblerait.

Le collectif « Pour la parole de chômeurs», constitué à l’origine par SNC (Solidarité Nouvelle face au Chômage), le CCSC vaincre le chômage (Comité Chrétien de Solidarité avec les Chômeurs), le Secours Catholique et des militants d’ATD Quart Monde, s’est élargi aux Semaines sociales de France, ainsi qu’à d’autres mouvements. Son objectif initial demeure : entendre puis faire entendre la parole de chômeurs sur le rôle du politique pour leur permettre de vivre dignement.

Afin de permettre cette collecte de paroles, un questionnaire a été établi qui figure en annexe de cette tribune. Il suffit de le télécharger, de le remplir avec une personne au chômage, et de l’envoyer directement sans autre saisie nécessaire. Un grand merci pour votre collaboration !

François Soulage, animateur du Collectif pour la parole de chômeurs, Président d’honneur du Secours Catholique.

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