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Mathieu MONCONDUIT
Le 1 avril 2020
Covid 19 : l'union et la santé publique

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Covid 19 : l'union et la santé publique

Dans ses prises de parole sur la guerre au Covid 19, le Président Macron demande avec insistance, et à juste titre, que nous soyons unis. Et pour le moment le partage des craintes, des peurs ou de nos expériences de vie en confinement fait que nous en donnons l’apparence. Dans la lutte contre l’épidémie nous avons conscience de nos responsabilités et nous savons qu’elles sont identiques pour les grands et les petits , les riches et les pauvres.

Mais cette union tiendra-t-elle à la levée du confinement, si nous ne nous interrogeons pas sur la solidarité et la justice, nécessaires à cette union nationale? Les manques de solidarité et l’injustice, dont pâtissent les moins nantis, ne contribuent-ils pas en effet aux inégalités en santé et à la gravité de cette crise en notre pays ? Ces inégalités, avec leurs lots de surpoids, de tabagisme, de limitations à l’accès aux soins…, sont autant de facteurs d’une dangerosité aggravée du Covid 19. Elles ne sont pas l’effet du hasard mais de choix qui rendent le système de santé plus avantageux à certains qu’à d’autres.

"la charge régulièrement croissante de ces innovations sur les budgets hospitaliers appréciée sur une décennie, n’a été possible, pour le budget et la notoriété des établissements que par la diminution des masses salariales"

Un seul exemples : le coût de certains équipements ou de certains médicaments innovants a pu susciter des levées de bouclier parce qu’ils étaient hors de portée pour trop de personnes. Mais en les rendant accessibles, nous avons augmenté la pression et agi au détriment d’autres ayants-droits qui voyaient la satisfaction de leurs besoins élémentaires niée ou tout au moins diminuée. Ces derniers sont souvent bien plus nombreux que ceux dont la santé bénéficie réellement, sans alternative, de ces innovations. En effet la charge régulièrement croissante de ces innovations sur les budgets hospitaliers appréciée sur une décennie, n’a été possible, pour le budget et la notoriété des établissements que par la diminution des masses salariales. Mais lorsqu’on aboutit ainsi à une réduction des effectifs d’infirmières et d’aides soignants, c’est bien la qualité de l’accueil aux urgences et des soins pour tous qui sont concernés.

"Les dépenses nationales pour la prévention ne représentent que 3% du budget de la santé"

Les actions de prévention, en commençant par les vaccins, et d’éducation à la santé, concernant l’hygiène personnelle et collective, l’alimentation équilibrée, la vie affective, l’activité physique, les addictions… bénéficient à tous et en premier lieu à ceux qui sont particulièrement démunis du fait de leur entourage familial et social, de leur situation économique tendue. L’index d’obésité est non seulement prédictif de maladies cardio-vasculaires ou tumorales, il est aussi lié à à la situation économique du foyer ; il est particulièrement dégradé chez les enfants des milieux défavorisés. Les postes d’infirmière ou de médecin à l’éducation nationale pour assurer les charges de médecine scolaire et contribuer à l’éducation à la santé sont vacants en grand nombre et mal payés. Les dépenses nationales pour la prévention ne représentent que 3% du budget de la santé, alors que près des deux tiers des dépenses de soins médicaux le sont pour des maladies accessibles à la prévention.

Pour rassurer notre conscience devant les mesures « d’équilibre » qui, entre déremboursements et contributions forfaitaires diverses, ont fait grossir significativement la part de la santé dans les budgets les plus modestes, des aides spécifiques pour accéder aux Assurances complémentaires ont été créées. Mais devant la complexité des comparaisons d’offres et le sentiment que cette dépense supplémentaire n’apparaît pas prioritaire quand le budget est restreint, un ayant droit sur vingt environ y renonce.

Alors pour faire durer l’union , lui permettre de prendre racine en profondeur, les primes promises ne suffiront pas, même si des signaux de reconnaissances sont nécessaires.

Des valeurs doivent prendre corps à travers une mobilisation durable pour une santé publique digne de ce nom telle que d’autres pays nous en montrent l’exemple.

Et il ne faut pas croire que tout se réglera par une allocation de moyens supplémentaire. Elle est nécessaire bien sûr mais elle ne suffira pas. Il y faudra une évolution culturelle profonde. Et ce afin d’aboutir à une organisation nouvelle avec sa part de prévention , d’éducation , d’évaluation, qui soit prioritaire pour la santé et l’union de tous, pauvres et riches, petits et grands, d’ici et d’ailleurs. Le Président s’y est engagé et il faut saluer cette évolution. Il faudra maintenant suivre de près cette évolution dont les principes fondateurs doivent être posés dès maintenant.

On ne réforme en effet bien qu’en période de crise.

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Mathieu Monconduit, médecin retraité à la tête du groupe Santé des SSF

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