Récit de voyage en Ukraine

Pour la rencontre semestrielle d’IXE1, deux administrateurs des SSF se sont rendus à Lviv, en Ukraine, du 20 au 24 février 2026.
Ils nous racontent.

À l’occasion du quatrième anniversaire jour pour jour du déclenchement de la guerre d’agression de la Russie, nous avons répondu à l’invitation de Roman Fihas, prêtre gréco-catholique, directeur de l’Institut des études œcuméniques de l’Université catholique d’Ukraine (UCU) et membre ukrainien d’IXE.
Nous étions un groupe de douze personnes, dont nos amis allemands du Comité des catholiques allemands (ZdK), mais aussi des représentants britanniques et polonais. Tous les membres d’IXE n’étaient pas présents, mais les Ukrainiens que nous avons rencontrés ont été touchés de notre venue, manifestant notre soutien et notre solidarité par rapport à l’Ukraine et aux souffrances que ce pays subit depuis 2014 : des pertes (morts, blessés ou disparus) autour de 500 000 personnes, déjà 800 000 anciens combattants, 3,7 millions de déplacés à l’intérieur du pays et 6 millions à l’extérieur.

Nous avons ainsi visité le séminaire gréco-catholique de Lviv qui compte 170 prêtres en formation et illustre la forte proximité entre les Églises et la société, par leurs apports spirituels et au « moral » des habitants, par la présence d’environ un millier d’aumôniers militaires.
Nous avons eu la chance de rencontrer le recteur de l’UCU, Taras Dobko. Cette université a bouleversé ses programmes dans cinq directions, face aux enjeux de la guerre.
D’abord fournir le soin aux blessés par le développement d’un projet complet de support médical et psychologique des familles des victimes, de traitement des addictions pour les soldats du front, de formation à l’entrepreneuriat des vétérans.
Ensuite, préparer des dirigeants pour la société post-conflit et prévenir la fuite des cerveaux, en intégrant le bénévolat de terrain au sein des municipalités dans le cursus académique, en multipliant les coopérations scientifiques internationales, ou encore en favorisant la création de centres d’études ukrainiennes dans les universités européennes pour contrer le narratif russe.
Enfin, renforcer la résilience des étudiants pour qu’ils conservent de l’espoir en combattant le ressentiment, par l’animation spirituelle de leurs internats, intégrant le logement des professeurs, et en les préparant à être des « ambassadeurs » de leur pays.

Cette question majeure des vétérans et des blessés de guerre a été le point commun très prégnant de nos visites. Nous avons ressenti l’impact de la guerre par ces témoignages et rencontres : en visite au centre Don Bosco pour les orphelins et enfants vulnérables, avec un match de foot pour des jeunes amputés d’une jambe – il y a 150 000 personnes amputées en Ukraine et le territoire ukrainien recouvert de mines représente la moitié de la superficie de l’Allemagne, à Caritas Ukraine avec la rencontre d’une sorte de club de vétérans, venant se réunir et échanger là avec leur famille, le dimanche. Plusieurs d’entre eux étaient mutilés et tous paraissaient marqués par cette guerre qui cause aux soldats des traumatismes psychiques profonds, que les associations caritatives chrétiennes ont à cœur de traiter, afin de resocialiser
ces vétérans, de recréer du lien avec leurs familles et de les aider à « se reconstruire », selon l’expression d’un des intervenants sur « l’expérience de vie durant la guerre » : Oleh Tsyunovsky, qui a perdu un bras et une jambe (il a une prothèse) sur le front.
Ce voyage nous a permis de nous rendre compte de façon tangible de la dureté des conditions endurées par les Ukrainiens, notamment les soldats et vétérans, mais également les civils, même si nous étions dans une zone beaucoup plus épargnée que d’autres par les bombardements.

Surtout, nous avons pu être témoins de la résilience de la société, capable d’auto-organisation, et du courage des Ukrainiens qui nous ont paru faire preuve de cohésion, d’unité, avec un sentiment national bien ancré et déjà forgé par l’histoire. Ainsi, en dépit de l’afflux considérable de réfugiés, il n’y a pas de personnes à la rue. Caritas Ukraine fort de 2 500 employés, de 11 000 volontaires a pu répondre, avec d’autres, dès l’invasion russe, aux besoins urgents de la population civile. Cette organisation développe treize programmes dans une approche globale des besoins, depuis le relogement, l’assistance financière, les soins psychiatriques ou des personnes âgées, la protection de l’enfance, jusqu’au support à la création d’activités individuelles de subsistance.

Nous avons aussi été touchés par l’esprit européen qui souffle à Lviv, dans les monuments, les églises de confessions variées et l’atmosphère de cette belle ville, qui souffre de ne pas être autant mise en valeur
que Cracovie par laquelle nous sommes passés.

Dès lors, nous avons ressenti l’importance primordiale de l’Union européenne (UE) pour l’Ukraine. Union européenne sans laquelle elle n’aurait pas pu et ne pourrait encore résister à l’agression russe, et notre responsabilité vis-à-vis de ce pays, qui se bat aussi pour notre liberté à tous, en Europe.
Dans ce contexte, nous avons exhorté nos amis ukrainiens à rester fidèles dans l’avenir aux valeurs démocratiques, de l’État de droit, et de liberté. De l’autre côté, le besoin est criant d’un statut ad hoc permettant une entrée progressive dans l’Union.

Nous avons enfin touché du doigt l’aspiration profonde à la paix de ce pays mais pas à n’importe quel prix, dans le cadre d’une « paix juste et durable », nos interlocuteurs ayant souligné le besoin de justice,
nécessitant la désignation d’un responsable et la reconnaissance par celui-ci des crimes commis, ce qui ne fut pas le cas pour « l’Holodomor » et ses quatre millions de morts entre 1931 et 1934. Cette aspiration requiert pour nous, Français, de la vigilance par rapport aux conditions d’un éventuel cessez-le-feu et a
fortiori
d’un traité de paix.

Grégoire Lefèvre et Dominique Pannier,
membres du Conseil d’administration des SSF

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  1. Initiative de Chrétiens pour l’Europe (IXE) ↩︎

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