GAZA: Nous chrétiens d’Europe demandons à  l’Union européenne de sanctionner tous les acteurs qui font obstacle au processus de paix 

En tant qu’Initiative des Chrétiens pour l’Europe (IXE), lorsque les valeurs européennes sont en jeu, nous soutenons les solutions européennes. La recherche de la vérité est à la base de la foi et elle est aussi essentielle à la démocratie.

La réunion inaugurale du « Conseil de paix » (BoP : Board of Peace) qui s’est tenu le 22 janvier dernier marque un moment crucial pour l’avenir des Israéliens et des Palestiniens et pour la crédibilité du droit international. Axé dans un premier temps sur le conflit israélo-palestinien, l’impact du BoP sur les deux parties sera déterminant pour l’accueil réservé à cet organisme international peu orthodoxe. Les premiers efforts du plan en 20 points mené par les États-Unis ont rapidement porté leurs fruits en entraînant la libération et le transfert tant attendus de tous les otages vivants et tués – qui avaient été capturés par le Hamas après les attentats terroristes du 7 octobre 2023 –, la libération de près de deux mille Palestiniens détenus en détention administrative et un cessez-le-feu semi-fonctionnel. Le BoP nouvellement formée est désormais chargée de faire avancer la deuxième phase du plan de paix à un moment où le processus de paix semble être au point mort, tant du côté du gouvernement israélien que du Hamas et de l’initiative menée par les États-Unis. C’est pourquoi nous abordons cette réunion avec inquiétude, car elle pourrait retarder encore davantage la mise en œuvre d’une paix durable et l’autodétermination des Palestiniens.

À plus grande échelle, nous craignons que cet organisme non conventionnel ne remette en cause l’ordre mondial fondé sur des règles qui a été établi après la Seconde Guerre mondiale car depuis lors, le multilatéralisme a pour centre les Nations unies. Ces deux préoccupations sont particulièrement présentes chez les acteurs européens attachés à un ordre international fondé sur les Nations unies et la protection des droits de l’homme.

Nous sommes alarmés par la probabilité de nouveaux retards dans la réalisation des droits des Palestiniens. Nous continuons d’assister à une détérioration de la situation humanitaire dans toutes les parties des territoires palestiniens occupés. Alors que l’élan généré par le succès initial du plan en 20 points s’estompe, diverses décisions législatives prises par le gouvernement israélien et l’abus unilatéral de ses pouvoirs exécutifs menacent et nuisent à la situation humanitaire. La réouverture insuffisante du point de passage de Rafah, les mesures d’enregistrement et de révocation des licences des ONG internationales, le projet de loi sur la taxation des ONG, le projet de loi sur la criminalisation de la coopération avec la Cour pénale internationale (CPI) et l’amendement n°159 au code pénal, ainsi que la pression exercée par le cabinet pour intensifier et officialiser les colonies illégales accompagnée de plus en plus d’agressions violentes en Cisjordanie, constituent des violations du droit international. L’ordre militaire n°1650, entre autres résultats de l’occupation militaire, empêche les journalistes indépendants de rendre compte de manière exhaustive des violations des droits.

Dans le même temps, nous sommes alarmés par l’affaiblissement d’institutions internationales établies telles que l’ONU provoqué par des organismes multilatéraux composés tels que le BoP. Si le plan en 20 points a été approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies le 17 novembre 2025 – une décision qui a été prise sans que l’on ait connaissance de la conception du BoP –, sa composition concrète dévoilée ultérieurement soulève des doutes sérieux quant à l’alignement de ce conseil sur le cadre normatif des Nations unies. La décision de tenir la première réunion du BoP au sein de l’Institut américain pour la paix, récemment rebaptisé, ainsi que l’octroi d’un pouvoir décisionnel à Donald J. Trump à titre personnel, s’écartent significativement d’un comité multilatéral guidant le processus de paix dans la région sur la base des normes et du droit internationaux. Le décret 14203 de l’administration américaine met en évidence une contradiction inhérente entre les efforts menés par les États-Unis pour instaurer un nouvel ordre international et l’ordre établi représenté par l’ONU et ses organes, tels que la CPI.

Nous sommes donc convaincus que les nations européennes doivent défendre fermement
les points suivants :

  • La mise en place d’une aide humanitaire sans restriction au peuple palestinien dans la bande de Gaza, notamment en exigeant l’arrêt/l’abrogation des projets de loi de la Knesset visant à empêcher les organisations humanitaires (y compris les organisations confessionnelles) d’opérer dans la bande de Gaza et à les bannir pratiquement d’Israël par le biais de la taxe de 80 % sur les ONG.
  • La définition d’une voie vers une paix durable dans la région, qui ne peut être réalisée que par la mise en œuvre du droit des Palestiniens à l’autodétermination, garanti parle droit international. Cela inclut l’intégrité territoriale, qui ne doit être violée par aucun projet de colonisation illégal en cours, contraire à la décision de la CPI du 19 juillet 2024.
  • Le désarmement du Hamas ainsi que la mise en place d’une autonomie palestinienne démocratique, qui ne peut résulter que d’efforts honnêtes et complets de réforme et d’élections déployés par l’Autorité palestinienne, seule représentation légitime des Palestiniens dans les territoires occupés.
  • La protection des minorités chrétiennes en Terre Sainte, qui subissent une oppression croissante et des violations de leur droit à la liberté de religion, notamment par le biais d’expropriations à Jérusalem et de menaces de taxation à l’encontre des Églises.
  • La facilitation de reportages journalistiques indépendants dans les territoires occupés.
  • L’intérêt de l’ordre international fondé sur le droit international et ancré dans l’attachement commun à la Déclaration universelle des droits de l’homme, supervisé par des institutions internationales établies qui garantissent la capacité de toutes les nations à y participer.

Si la poursuite du processus de la BoP ne peut garantir la réalisation des droits naturels dans la région, l’UE doit recourir à la double proposi9on de sanctions présentée le 17 septembre 2025 par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au Parlement européen. Les violations supplémentaires de l’article 2 de l’accord d’association UE-Israël, relatif au respect des droits de l’homme et des principes démocratiques, ne doivent pas être ignorées. Les mesures de l’UE doivent sanctionner de manière impartiale tous les acteurs qui font obstacle au processus de paix.

En conséquence, nous, citoyens européens unis par une foi chrétienne commune, unis par l’adhésion et le respect dus à un droit international fondé sur notre attachement commun aux droits humains naturels et inviolables, exhortons nos États européens respectifs à réagir de manière décisive au résultat de la première réunion du BoP.

19 février 2026

Signataires :

  • Maria Carmen Aragonès, ESPAGNE, Association Thérésienne
  • Antoine Arjakovsky, FRANCE, directeur du pôle de recherche « Politique et religion », Collège des Bernardins, Paris
  • Pascal W. Bartelheimer, ALLEMAGNE, Officer, Zentralkomitee der deutschen Katholiken (ZdK)
  • Josian Caproens, BELGIQUE, Conseil Pastoral Interdiocésain (BIP) / Forum Européen des Comités Nationaux de Laïcs (ELF)
  • Dr. Stefan Eschbach, ALLEMAGNE, du Comité central des Catholiques allemands (Zentralkomitee der deutschen Katholiken ZdK)
  • Isabelle de Gaulmyn, FRANCE, présidente des Semaines sociales de France
  • Mary McHugh, ROYAUME-UNI, Conseil national des femmes catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles
  • Luís Miguel Roquete Duarte, PORTUGAL, trésorier de la Conferência Nacional das Associações de Apostolado dos Leigos (CNAL)
  • Sophie Rudge, ROYAUME-UNI, coprésidente d’ANDANTE – Alliance européenne des associations de femmes catholiques

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