L’Europe doit retrouver son cap

L’Europe se trouve dans une situation inconfortable, qui demande de resserrer les liens et de veiller à sa protection. Elle doit faire face à la fois à une Russie belliqueuse et aux déclarations et orientations du président des États-Unis qui reprennent les thèses russes et qui chamboulent les règles commerciales et politiques établies.
Dans cette conjoncture compliquée, la France est affaiblie par sa crise politique et budgétaire qui trouble son regard sur les enjeux externes et lui fait perdre sa crédibilité.
Par ailleurs, la composition du Parlement européen, élu en 2024, fragilise le bloc pro-européen, encore majoritaire, mais dont certains courants se rapprochent des extrême-droites nationalistes au gré des thèmes abordés, rendant plus incertaines des initiatives favorisant la construction européenne.


Droits de douane et guerre en Ukraine
Les négociateurs européens qui se sont rendus à Turnberry pour y rencontrer Donald Trump le 27 juillet dernier avaient en tête une équation impossible car il y avait dans la balance un enjeu capital : la poursuite du soutien états-unien à l’Ukraine, et notre sécurité en Europe, tout en faisant face à une politique commerciale américaine protectionniste. C’est avec ce prisme qu’il faut apprécier l’accord douanier qui a été conclu entre les États-Unis et l’Union européenne.
Nous avons vu et entendu des commentaires parfois virulents, dénonçant, à juste titre, la mise en scène sur un terrain de golf appartenant à l’homme d’affaires qu’est Trump. Mais il ne faut pas oublier la faiblesse structurelle de l’Europe vis-à-vis des États-Unis, surtout dans le domaine militaire. La situation actuelle obligeait au compromis, car se lancer dans une guerre commerciale aurait été économiquement dévastateur et politiquement risqué. Certes, la puissance européenne prônée par Ursula van der Leyen avance, mais n’est pas encore en état d’affronter la première puissance mondiale, dans cette période erratique et incertaine.
Sous un angle plus politique que juridique cet accord douanier a conduit l’Europe à accepter de relever ses droits de douane à 15% pour la majorité de ses exportations, d’acheter du matériel militaire et des produits pétroliers et d’investir aux États-Unis. Cet accord va accroitre l’inflation, surtout en Amérique et va limiter le libre-échange. En conséquence, l’Europe devrait renforcer son marché intérieur. Bien qu’il soit déséquilibré, la grande majorité des pays membres européens ont approuvé cet accord, renforçant l’unité européenne alors que l’administration Trump cherche à la fragmenter.


Le Pacte vert européen menacé alors que la COP se réunit à Rio
Que devient le Pacte européen sur l’environnement (Green deal) à l’approche de la COP 30 qui va se réunir au Brésil du 10 au 21 novembre prochain ?
La question se pose au vu de plusieurs signes.
Le premier est la discrétion avec laquelle la présidente de la Commission, Ursula von de Leyen, a
mentionné le Pacte vert, en septembre dernier, dans son discours de l’état de l’Union.
Le second est la difficulté de l’Union européenne à fixer les objectifs intermédiaires demandés pour la COP à l’horizon 2035, alors qu’elle s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050. Une dizaine de pays (dont la France et l’Allemagne) ont reporté cette décision au Conseil européen de fin octobre.
Le troisième est la démarche dite « Omnibus 1 » c’est à dire la proposition de la Commission, débattue au Parlement européen en octobre 2025, pour simplifier, en allégeant, des normes environnementales et sociales de production et de commercialisation des produits dans l’Union et à l’extérieur. Outre la taxe l’Europe doit retrouver son cap carbone aux frontières, deux directives et un règlement, sont visés dont l’emblématique directive sur le devoir de vigilance des entreprises envers les sous-traitants.
Cette directive récente, avait été adoptée en 2024 après de longues consultations et débats. Nombre d’organisations d’employeurs avaient alors manifesté de l’hostilité, mettant en avant leur absence de moyens pour peser sur leurs sous-traitants, mais cette directive avait donné lieu à une mobilisation exceptionnelle pour son adoption, de la part des syndicats, des ONG (notamment des ONG chrétiennes telles CIDSE, Caritas, etc.) et de la COMECE (Commission des Conférences épiscopales de l’UE). Maintenant si « Omnibus 1 » était adopté, les obligations, en matière d’environnement et de droit du travail, seraient diminuées et les seuils réduiraient drastiquement le nombre d’entreprises concernées.

D’autres démarches similaires (« Omnibus 2, 3 … ») sont envisagées dans les domaines de l’agriculture, du développement durable, des PME… etc.


L’Europe confrontée à trois enjeux majeurs
Avec l’agression russe en Ukraine, la guerre hybride, et en arrière-plan la menace de l’expansionnisme chinois, l’Europe est consciente qu’elle ne peut se satisfaire d’une protection américaine devenue incertaine et qu’elle doit renforcer massivement sa défense. L’environnement se détériore gravement (climat, écologie, biodiversité,…). L’Europe, en pointe avec le Green deal, est maintenant tentée de réduire ses ambitions. Confrontée à d’importantes dépenses pour la défense et pour l’environnement, elle tend à négliger le besoin de cohésion sociale, nécessaire pour le bien vivre. Cette cohésion résulte d’une juste répartition des efforts, condition indispensable à leur acceptabilité.
Défense, environnement, cohésion sociale, sont trois enjeux majeurs et urgents qui doivent être menés de front, car il s’agit de la guerre et de la paix, de la démocratie et des libertés, du bien commun, et de l’environnement, alors que l’encyclique Laudato si’ a déjà 10 ans. La simplification peut être nécessaire pour que les règles soient mieux comprises et appliquées. Elle ne doit pas, avec les « Omnibus », servir de prétexte pour dé-règlementer et pour vider de leur substance les politiques environnementales, sociales ou de défense des droits humains. Ce serait, tourner le dos aux valeurs européennes et cela minerait la crédibilité de l’Union.
Les récents rapports d’Enrico Letta (Beaucoup plus qu’un marché) et de Mario Draghi (La compétitivité de l’UE) ont été bien accueillis de divers côtés. Ils soulignent l’importance de la recherche, de l’innovation et de l’éducation et des services d’intérêt général. Ils recommandent des politiques industrielles ciblées.
Ils insistent sur l’ampleur des financements, privés et publics, à mobiliser. Les capacités budgétaires des États étant, à des degrés divers, limitées, le recours à l’emprunt par l’UE est préconisé. Cela est possible car l’UE est peu endettée, mais des États membres continuent à s’y opposer. La Commission européenne vient de proposer un budget pluriannuel 2028-2034 en augmentation, mais limité à environ 1,26% du PIB. Il ne semble pas à la hauteur des enjeux. Il sera débattu dans les mois à venir.

L’urgence d’agir ne se heurte pas seulement aux désaccords. Si, au Parlement européen, les votes s’effectuent à la majorité, la règle paralysante de l’unanimité (entre les États) s’applique au Conseil de l’UE dans certains domaines (notamment budget et politique extérieure). Le Parlement veut lui substituer la majorité qualifiée dans nombre de cas, la présidente de la Commission s’est prononcée dans le même sens, mais la modification du traité, nécessaire, n’est pas engagée.


L’Europe ne doit pas baisser la garde, mais retrouver son cap
Lors de la pandémie de Covid, pour le plan de relance et le Pacte vert, puis suite à l’agression russe en Ukraine, l’Union a su réagir et décider des financements exceptionnels. Aujourd’hui face aux défis mondiaux l’Europe ne doit pas baisser la garde, elle doit se remobiliser pour retrouver son cap.

Octobre 2025
Antenne sociale de Lyon
Commission Europe

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