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Yves BERTHELOT
Le 2 octobre 2019
Retour de la course aux armements nucléaires ?

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Retour de la course aux armements nucléaires ?

En août dernier, à l’initiative des Etats-Unis, il était mis fin au traité américano-russe visant à l’élimination des missiles nucléaires à portée intermédiaire (INF). Cette nouvelle marque de défiance qui mine l’édifice construit depuis la guerre pour empêcher un nouvel Hiroshima annonce-t-elle une reprise de la course aux armements ?

Dès la première Assemblée générale des Nations Unies en 1946, les Etats membres ont exprimé à la fois leur horreur de l’emploi de l’arme atomique et leur volonté de bénéficier des possibilités qu’allait offrir l’usage pacifique de l’énergie nucléaire. Cette dernière préoccupation sous-tendra nombre de débats sur le désarmement.

L’Agence Internationale à l’énergie atomique, AIEA, est créée dans cet esprit en 1957 par les Nations Unies avec un double objectif : promouvoir l’utilisation pacifique et sûre de l’atome et éviter que les installations nucléaires ne soient détournées à des fins militaires. L’AIEA deviendra l’instrument de garantie du respect du traité de non prolifération nucléaire, TNP, qui entrera en vigueur en 1970[1] .

La négociation du TNP n’a commencé qu’après que les 5 membres permanents du Conseil de sécurité aient fait exploser leurs premières bombes atomiques[2] et aient estimé que l’accroissement du nombre des pays détenant l’arme atomique augmentait les risques d’usage volontaire ou accidentel de telles armes. Le TNP dispose que les Etats non détenteurs de l’arme nucléaire s’engagent à ne pas en acquérir ni chercher à en fabriquer. Quant aux Etats détenteurs, ils s’engagent à faire bénéficier les non-détenteurs des technologies permettant l’usage pacifique de l’atome. Tous les pays membres se promettent de mener des négociations visant au désarmement nucléaire.

L’Inde, Israël et le Pakistan qui n’avaient pas adhéré au TNP[3] , se sont dotés de l’arme nucléaire respectivement en 1974, 1979 et 1998. La Corée du Nord s’est retirée du Traité en 2003 et a procédé à un premier essai en 2006. Plusieurs autres pays ont tenté de développer une capacité nucléaire et y ont renoncé quand ils sont passés à des régimes démocratiques[4] ou sous la pression internationale[5] . L’AIEA qui avait détecté ces programmes clandestins a reçu le prix Nobel de la Paix en 2005 et son champ d’investigation a été élargi.

Dans un souci d’efficacité, d’autres instruments ont été progressivement mis en place. Pour lutter contre la prolifération, citons le Traité pour l’interdiction totale des essais nucléaires, TICE, adopté en 1996 ; un Système de 321 stations de surveillance réparties sur l’ensemble du globe, SSI, permet de détecter toute infraction. Pour freiner la production de missiles susceptibles de délivrer des armes de destruction massive, citons le Régime de contrôle de la technologie des missiles, MTCR, créé en 1987 et regroupant 34 pays volontaires qui s’accordent sur des directives communes concernant l’exportation d’équipements, de logiciels ou de technologies. Pour organiser le désarmement, mentionnons le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, INF de 1988, liant les Etats-Unis et la Russie et garanti par des inspections réciproques jusqu’en 2001, puis, jusqu’au retrait américain, par des observations par satellites. Il a abouti à la destruction de plusieurs milliers d’armes nucléaires et de missiles.

"Malheureusement, le climat de confiance qui s’était instauré dans les années 1990 s’est progressivement détérioré."

Les causes en sont multiples : la crainte que des pays développent des programmes secrets, la possibilité que des mouvements terroristes acquièrent des armes nucléaires ; l’apparition de bombes atomiques à faible rendement qui pourraient être utilisées dans des conflits locaux sans entraîner de réactions dissuasives ce qui romprait “l’équilibre de la terreur”[6] ; la montée en puissance de l’armement nucléaire de la Chine, même si elle détient relativement peu de bombes et de missiles, remet en cause l’équilibre actuel et pousse les Etats-Unis et la Russie à vouloir moderniser leurs équipements.

L’Iran, qui respectait l’accord de Vienne[7] , a, suite au retrait américain et aux sanctions croissantes, annoncé qu’il allait reprendre l’enrichissement de l’uranium et démontré la précision de ses missiles par le raid sur les installations pétrolières de l’Arabie Saoudite du 14 septembre dernier. Dans la semaine du 23 septembre, l’Inde et le Pakistan se sont “avertis” à la tribune de l’Assemblée Générales des Nations Unies qu’ils pourraient utiliser l’arme nucléaire dans le conflit qui les oppose depuis 1947 et qui est d’autant moins maitrisable qu’il a une base religieuse.

L’objectif de cet article est avant tout de rappeler que, dans des périodes plus tendues qu’aujourd’hui, il a été possible de bâtir tout un ensemble d’instruments qui ont contribué à la non-prolifération des armes atomiques et même à en réduire le nombre. Aujourd’hui que les tensions reprennent, tant localement que mondialement, la leçon du passé est qu’il faut dialoguer au niveau des Etats pour éviter le pire et que, au niveau des citoyens, il faut se tenir informé[8] , militer et utiliser son bulletin de vote pour élire des hommes et des femmes de dialogue et non ceux qui ne voient de solution que dans la force contre l’ennemi ou l’opposant désignés.

  1. La France n’y adhère qu’en 1992
  2. Etats-Unis 1945, URSS 1949, Royaume Uni 1952, France 1960, Chine 1964
  3. Aujourd’hui 190 pays sont membres du TNP
  4. Argentine, Brésil, Afrique du Sud
  5. Irak, Libye, Egypte, Iran
  6. L’équilibre de la terreur est fondé sur des bombes très puissantes, des missiles de plus en plus en plus difficiles à intercepter et des automatismes de riposte en cas d’agression qui rendaient suicidaire toute attaque atomique.
  7. L’accord de Vienne sur le nucléaire iranien du14 juillet 2015
  8. La publication la plus complète est le Rapport annuel de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm www.sipri.org

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Yves Berthelot, rédacteur des SSF

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