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Mathieu MONCONDUIT
23 avril 2021
La gouvernance et les comportements face au coronavirus

La gouvernance et les comportements face au coronavirus

Homme et Femme Dieu le fit

En période de pandémie, quelle peut être l’influence de la gouvernance d’un pays sur nos comportements ? Le virus de la Covid-19, fort de ses millions de morts, va-t-il en révéler quelques ressorts ?

Au terme de la première année de pandémie, des écarts majeurs des taux d’incidence et de mortalité par la Covid-19 sont observés entre les pays. Sans méconnaître l’influence possible de particularités géographiques, culturelles ou des capacités sanitaires des pays « gagnants », on peut être tenté de questionner le poids des actions gouvernementales.

Pour lutter contre la pandémie, nos gouvernants disposent actuellement, en sus des désinfections individuelle et collective, de deux outils rapidement mobilisables auprès de la population, la vaccination et les mesures barrière de distanciation sociale (limitation des déplacements, fermeture de frontières, port de masques …) Mais leur efficacité dépend de la mise en œuvre par tous les citoyens. Ainsi, par l’adhésion de chacun s’est constituée dans certains pays une « chaine d’opposition » à la propagation du virus, sans maillon faible, favorisant le succès de l’action gouvernementale. Quels peuvent être les facteurs favorisant la capacité des gouvernants à susciter cette chaine d’opposition, par delà les contraintes imposées ?

Une étude du Forum économique mondial, s’appuyant sur une enquête de l’OMS , citée par Antoine Flahault, (Covid, le bal masqué, ed Dunod, février 2021) est une contribution stimulante à ce débat. L’analyse systématique des taux de mortalité par la Covid-19 de 194 états membres de cette organisation, montre que « les 19 pays dirigés par des femmes présentent des résultats systématiquement et significativement meilleurs concernant la gestion de la crise liée à la première vague de Covid-19 …. Elles ont su freiner plus rapidement la courbe épidémique et enregistrer deux fois moins de décès que dans les pays dirigés par des hommes ». Les relevés effectués à Taïwan (7 décès pour 25 millions d’habitants, fin 2020), en Islande, Finlande, Danemark ou en Nouvelle Zélande sont particulièrement illustratifs. Même si certains discuteront les méthodologies différentes pour dénombrer les décès, il est remarquable que ces résultats aient été obtenus avant toute vaccination, alors que les gouvernants ne disposaient comme outil de lutte immédiate contre le virus, complétant les désinfections, que des mesures barrière de distanciation sociale. La mobilisation de cet outil par les gouvernants a donc un intérêt majeur.

Alors quelles capacités semblent plus actives chez les femmes gouvernantes que chez leurs homologues hommes, pour emporter l’adhésion de tous à des mesures contraignantes et lutter efficacement contre la pandémie ? Obtenir cette adhésion, est-ce affaire seulement de communication, comme évoqué dans ce livre : « ces femmes, pour accéder au pouvoir, ont-elles eu à développer de plus grandes compétences en communication que les hommes ? », ou « de style de leadership plus collaboratif et démocratique que chez les hommes ? ». Les particularités culturelles de certains pays ne préparent elles pas aussi à des gouvernances par des femmes ? Lorsqu’il s’agit de santé ou de vie humaine les femmes mettent elles moins en balance le risque économique et, percevant plus vite la fragilité de la vie, ont-elles une plus grande réactivité aux événements menaçant la santé ?

La capacité d’empathie des gouvernants, notamment à l’intention de ceux, maillons fragilisés, auxquels les efforts demandés sont particulièrement importants (jeunes, habitants défavorisés de logements exigus…) peut-elle être, venant « d’en haut », restauratrice de lien, rappelant aux archipels leur interdépendance ? Est-elle ressentie et exprimée en vérité différemment chez les femmes et chez les hommes ? La reconnaissance de l’importance de la contribution de chacun, pouvant stimuler l’adhésion à un projet de santé collectif, diffère-t-elle selon le genre des gouvernants ?

Malgré ces questions, et d’autres encore, le constat de l’OMS est là, qui interpelle. L’arrivée de vaccins ne devrait pas nous distraire d’y réfléchir car il faut une adhésion de chacun à la vaccination pour obtenir un effet de protection non seulement individuel mais aussi collectif. De plus les limites des vaccins (mutations virales, disponibilité industrielle, coût, efficacité immunitaire individuelle variable) laissent toute leur place aux mesures barrière de distanciation sociale. Les capacités des gouvernants pour obtenir l’adhésion de la population à des mesures contraignantes, capacités que l’on pourrait dire dans un premier temps « genrées », ont à être mieux identifiées et intégrées, à coté de celles déjà attendues pour nous prémunir collectivement contre les futures pandémies.

Mathieu Monconduit, médecin retraité à la tête du groupe Santé des SSF

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