Dossier Pensée sociale chrétienne

Doctrine sociale de l’Église : Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l’environnement

La solidarité, la fraternité et l’amitié sociale
Le Concile Vatican II relève parmi les « signes des temps » le « sens toujours croissant et inéluctable de la solidarité entre les peuples » (Gaudium et spes, 46). Paul VI, dans Populorum progressio (PP), souligne les aspirations à un monde plus solidaire : « La fraternité des peuples [engage à un] devoir de solidarité, de justice sociale, de charité universelle » (PP 43 et 64).

Mais c’est Jean-Paul II qui, en 1987, dans l’encyclique Sollicitudo Rei Sociali (SRS), a mis en lumière le principe de solidarité. L’ensemble de l’encyclique est un véritable plaidoyer pour la solidarité, considérée comme contrepouvoir face aux structures d’égoïsme. « Par conséquent, il faut souligner qu’un monde divisé en blocs régis par des idéologies rigides, où dominent diverses formes d’impérialisme au lieu de l’interdépendance et de la solidarité, ne peut être qu’un monde soumis à des “structures de péché”. […] Quand l’interdépendance est reconnue [comme un système nécessaire de relations bienfaisantes], la réponse correspondante, comme attitude morale et sociale et comme “vertu”, est la solidarité. […] C’est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun. » (SRS 36 à 38). Très marqué par l’expérience polonaise du syndicat Solidarnosc, Jean-Paul II fera de la solidarité un devoir d’engagement politique.

Dans Caritas in Veritate (CV), Benoît XVI relie la solidarité à la justice et à la charité. « À l’époque de la mondialisation, l’activité économique ne peut faire abstraction de la gratuité, qui répand et alimente la solidarité et la responsabilité pour la justice et pour le bien commun » (CV 38). Benoît XVI, avant François, souligne le lien entre le respect de l’environnement et la solidarité entre les générations. « Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l’environnement » (CV 50).
Benoît XVI rappelle que la solidarité doit aller au-delà de la charité individuelle car elle relève également de la justice sociale. Il nous faut lutter pour mettre en place des services et des systèmes socio-économiques solidaires. « Un système de solidarité sociale plus largement participatif et mieux organisé, moins bureaucratique sans être pour autant moins coordonné, permettrait de valoriser de nombreuses énergies, actuellement en sommeil, et tournerait à l’avantage de la solidarité entre les peuples. » (CV 60)

Dans Fratelli tutti (FT), François souligne l’aspect universel de la solidarité car nous sommes tous frères en humanité. Il redit combien les amitiés sociales, forgées sur le lieu de travail ou lors de projets menés en commun, font naître de profondes solidarités (FT 99).
Dans Dilexi te (DT), Léon XIV insistera, en reprenant les paroles de François, sur la nécessaire inclusivité de la solidarité.

« Les leaders populaires sont ceux qui ont la capacité d’intégrer tout le monde. […] Ils n’ont ni dégoût ni peur des jeunes blessés et crucifiés. Ils savent que la solidarité, c’est également lutter contre les causes structurelles de la pauvreté, de l’inégalité, du manque de travail, de terre et de logement, de la négation des droits sociaux et du travail. C’est faire face aux effets destructeurs de l’empire de l’argent » (DT 81).

Si notre foi affirme cette fraternité humaine en Dieu, alors notre espérance sera vivante : « Rêvons en tant qu’une seule et même humanité, comme des voyageurs partageant la même chair humaine, comme des enfants de cette même terre qui nous abrite tous, chacun avec la richesse de sa foi ou de ses convictions, chacun avec sa propre voix, tous frères » (FT 8).

Le soin de la maison commune
Comme le développement humain intégral de Populorum Progressio, l’écologie intégrale de Laudato si’ (LS) ne fait pas partie des principes repris dans le Compendium de la DSE. Et pourtant, Paul VI défendait un développement durable : « La détérioration progressive de ce qu’il est convenu d’appeler l’environnement risque, sous l’effet des retombées de la civilisation industrielle, de conduire à une véritable catastrophe écologique […] si des mesures énergiques ne sont sans retard courageusement adoptées et sévèrement mises en œuvre » (discours à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Jean-Paul II et Bartholoméos Ier, en 2002, invitaient chacun et chacune à une urgente conversion des modes de vie pour les refonder « sur une éthique écologique découlant de notre triple relation avec Dieu, avec nous-mêmes et avec la création » (Déclaration de Venise). François y ajoute le lien avec autrui, pour introduire l’appel à soigner ces quatre relations. Le « prendre soin » devient une nouvelle façon de parler de l’agir chrétien. Le « prendre soin » nous renvoie au récit de la Genèse, où Dieu nous confie le monde pour en prendre soin comme un jardinier (LS 67). À l’image du ressuscité, ce jardinier venu à la rencontre de Marie Madeleine.


Marcel Rémon, directeur du CERAS (Centre de Recherche et d’Action Sociales) et membre du Conseil d’administration des SSF

Article issu de La Lettre trimestrielle de janvier (pour la recevoir dans votre boîte aux lettres, adhérez aux SSF !)

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