Entendre les colères, regarder les violences en face – Opinion(s)
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Dossier Pensée sociale chrétienne
Ce texte, et ceux qui vont suivre, partagent une analyse et invitent au débat. Portés par des membres des Semaines sociales de France, ils ne constituent pas une prise de position, mais s’inscrivent dans la volonté de faire vivre le discernement collectif, d’écouter et de rechercher des chemins de justice et de paix.
Par Jérôme Vignon, administrateur des SSF
Je souhaite commenter la tribune portée par Julie Grenèche sur le site des Semaines sociales de France au titre des Opinion(s) . Elle appelle en effet au débat. Certes, nous ne devons pas nous laisser aveugler par les faits de violence, celles des lycéens et celles effrayantes car délibérées des casseurs : ils ne peuvent nous détourner d’entendre les causes de la mobilisation lycéenne en particulier le sentiment d’injustice qui l’anime .
Mais à trop vouloir globaliser, à mettre par exemple sur le compte des inégalités de patrimoine les inégalités d’accès aux études me semble un raccourci problématique. Regardons autour de nous en Europe, où ces inégalités sont souvent plus grandes qu’en France et les inégalités scolaires moins élevées.
De même je ne puis partager l’usage du terme de violence pour qualifier le sort fait aux lycéens français, si l’on parle ici du manque de professeurs, des locaux dégradés, des processus d’orientation inadéquats. Parler d’injustice, car ces maux frappent inégalement serait déjà suffisant pour susciter l’empathie et la responsabilité. Lorsque Dom Helder Camara évoquait les violences structurelles, il le faisait dans un contexte latino-américain traversé de conflits et d’oppressions autrement plus graves que celles dont souffre la France d’aujourd’hui. Les mots sont des armes : il faut essayer de les utiliser avec justesse.
En faisant porter toute la charge de la souffrance lycéenne sur la redistribution des richesses dans notre pays, sur l’insuffisance du budget de l’Education nationale, on finit par retomber sur la responsabilité exclusive de l’Etat. Je veux dire, au contraire, que la mobilisation lycéenne ne renvoie pas qu’à l’Etat. Elle renvoie peut-être encore davantage aux choix de société fait par les générations d’adultes, notamment l’hésitation à prendre à bras le corps les enjeux environnementaux et à privilégier, dans l’évolution des dépenses publiques, les seules prestations sociales au détriment des services collectifs .
Jérôme Vignon, administrateur des Semaines sociales de France
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