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Dossier Pensée sociale chrétienne
Dignité humaine, bien commun, destination universelle des biens, option préférentielle pour les pauvres, principes de solidarité et soin de la maison commune autant de principes de la doctrine sociale de l’Église (DSE) qui ont déjà été abordés1.
Nous vous proposons ici un dernier article présentant les principes de subsidiarité et de participation ainsi que celui de justice sociale que développe Léon XIV.
La subsidiarité
Le principe de subsidiarité est défini explicitement au plan européen dans le traité de Maastricht en 1992 : « Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire. »
Ce principe de philosophie sociale, déjà formulé dans Quadragesimo Anno (86), s’applique aussi bien aux particuliers qu’aux groupements d’ordre inférieur, par rapport à un management confié à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé. Benoît XVI, pur fils de la culture fédéraliste allemande, insiste, dans Caritas in Veritate (CV), sur le lien nécessaire entre subsidiarité et solidarité : la première ne va pas sans la seconde, qui protège des nationalismes et particularismes (CV 48).
Pour lui, « l’articulation de l’autorité politique au niveau local, national et international est, entre autres, une des voies maîtresses pour parvenir à orienter la mondialisation économique. C’est aussi le moyen d’éviter qu’elle ne mine dans les faits les fondements de la démocratie » (CV 41). En effet, « la mondialisation réclame certainement une autorité, puisqu’est en jeu le problème du bien commun qu’il faut poursuivre ensemble ; cependant, cette autorité devra être exercée de manière subsidiaire et polyarchique pour, d’une part, ne pas porter atteinte à la liberté et, d’autre part, être concrètement efficace » (CV 57).
Lors de la conférence des Évêques d’Amérique latine à Aparecida, François tentera d’appliquer ce principe au propre fonctionnement de l’Église, avec le synode sur l’Amazonie et la proposition synodale pour toute l’Église. Il proposera, dans Fratelli tutti, l’image du polyèdre, conciliant diversité et unité (144-145).
La participation
Le Compendium lie clairement subsidiarité et participation : « La conséquence caractéristique de la subsidiarité est la participation » (189). Le terme de participation apparaît dans l’ensemble des textes de la doctrine sociale, depuis Rerum Novarum (RN 27.3) jusqu’à Magnifica Humanitas, où le terme revient 18 fois. « Cette imbrication [entre subsidiarité et solidarité] renvoie également à la responsabilité d’une authentique participation : la solidarité s’exprime lorsque chacun, personnellement et avec les autres, prend part à la vie de la communauté – s’informe, s’associe, fait entendre sa voix, contribue aux décisions et aux choix publics – en assumant des responsabilités réelles afin que le bien commun se traduise en choix partagés. » (MH 73)
Pour cela, il est nécessaire que l’information soit partagée et qu’une éducation à la responsabilité soit proposée en famille, à l’école ou au travail. Ainsi, dans Laudato Si’, François reprend, à la suite d’Amartya Sen, le concept de « capacitation » (empowerment) des personnes et des corps intermédiaires, en commençant par les communautés les plus pauvres(LS 219).
Le devoir chrétien de participation au bien commun s’exerce en famille, dans la communauté chrétienne, au travail, en politique, dans toutes les dimensions de la vie humaine. Par exemple, parmi tant d’autres, le lien entre participation et vitalité démocratique est au cœur du débat concernant l’intelligence artificielle dans Magnifica Humanitas : « Une IA plus morale ne sert à rien si cette morale est décidée par une poignée de personnes. Il faut une politique plus présente, capable de ralentir là où tout s’accélère et de protéger les espaces où les communautés peuvent encore participer et s’interroger » (MH 107).
Elle doit aussi l’être dans l’Église : « Dans cette perspective, la subsidiarité devient un critère de gouvernement et de vie pastorale qui reconnaît et soutient la responsabilité des fidèles et des instances ecclésiales intermédiaires, valorise les charismes et les compétences et évite tout paternalisme qui étouffe la liberté évangélique. Concrètement, la participation des baptisés aux processus décisionnels et la coresponsabilité dans la mission passent par des organismes de participation réels, et non nominaux » (MH 87).
Léon XIV et la justice sociale
Dans Magnifica Humanitas, Léon XIV introduit le (nouveau ?) principe de « justice sociale » (MH 77-81) : « La justice sociale se reconnaît alors à la capacité pour un ordre social, économique et politique de permettre à tous – et en particulier aux plus fragiles – de vivre de manière vraiment humaine, sans que personne soit laissé pour compte » (MH 77). Cela évoque le « bien commun » – « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » (GS 26) –, mais en des termes plus politiques et fortement enracinés dans la protection de la dignité humaine, sous-titre de la première encyclique de Léon.
Marcel Rémon, directeur du CERAS (Centre de Recherche et d’Action Sociales) et membre du Conseil d’administration des SSF
Article issu de La Lettre trimestrielle de janvier (pour la recevoir dans votre boîte aux lettres, adhérez aux SSF !)
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