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Le 15 mai 2020
Construire sur les solidarités du confinement Partie II - Les Perspectives

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Construire sur les solidarités du confinement Partie II - Les Perspectives

Cette période de confinement ne peut pas être juste une parenthèse tombant rapidement dans l’oubli. A chacun de tirer profit de ce qui était porteur d’avenir pour travailler à un monde plus solidaire et plus humain.

Voici quelques réflexions organisées autour des lignes de forces présentées en partie 1 :

  • La gratitude pour le corps médical : Le soutien au personnel soignant a été certainement unanime vis-à-vis de personnes affrontant la mort pour le bien de tous. Mais c’était aussi une aspiration diffuse à la cohésion nationale. Une épreuve où « ceux de la première ligne » se mobilisent, font corps par-delà les statuts, les spécialités, les positions hiérarchiques, les contentieux anciens. Il est à espérer que cette volonté d’union face à l’adversité perdure pendant la crise économique et sociale qui s’annonce. Ce sera de la responsabilité de chacun, quelque-soit son rôle dans la société, de rechercher une approche qui rassemble par rapport à celle qui divise. Nul doute que cette recherche sera complexe et difficile tant les factures dans la société sont profondes.

Le soutien au personnel soignant ne doit cependant pas masquer certains nuages comme la guerre des égos entre professeurs de médecine ou politiques devenus spécialistes des traitements anti-coronavirus. On pourrait dire que c’est une tendance bien française où chacun a une opinion à exprimer avec force. Mais au-delà de l’anecdote, ce qui est en jeu est la difficulté à vivre dans un monde incertain où les décisions doivent malgré tout être prises. Ce qui manque, c’est une culture de l’incertitude et de la complexité. Il parait plus facile à ceux qui nous gouvernent, ou aspirent à nous gouverner, de procéder par affirmation péremptoire, basée sur les connaissances du moment, quitte à se contredire le lendemain avec une nouvelle affirmation tout aussi péremptoire basée sur de nouvelles connaissances scientifiques. Cette absence de pédagogie de l’incertitude et la complexité, qui demande du temps et du courage, met à risque la démocratie. L’enjeu est de mettre toutes les cartes sur la table, sans donner l’impression d’être inefficace face aux populistes qui vendent de la certitude, qui n’existe pas.

  • La fraternité et la débrouillardise : Avec le ralentissement du temps, induit par le confinement, chacun a pu réaliser qu’il était un être de relation. Nous avons besoin de liens sociaux et nous réalisons l’importance de la bienveillance, du CARE (prendre soin) comme dirait Nathalie Sarthou-Lajus. Le temps maintenant va réaccélérer, il ne faudra pas oublier cette (re)découverte pour nous-mêmes et pour la société toute entière. Cela passe par une reconnaissance/revalorisation de tous les métiers liés aux soins et à l’aide à la personne, cela passe aussi par une conversion individuelle.

Les initiatives pour maintenir des liens et mettre en relation se sont multipliées, elles sont souvent parties d’individus au niveau d’un quartier, d’une rue ou d’un immeuble. Mais rapidement ont émergé des initiatives municipales, régionales et nationales visant parfois exactement les mêmes objectifs avec les mêmes mécanismes de mise en relation. Peut-être que toutes ces initiatives étaient complémentaires, couvrant des publics différents. Mais il n’est pas exclu que certaines se soient neutralisées, créant de la confusion et laissant des bonnes volontés sur le bord du chemin. Ce foisonnement d’initiatives, à durée de vie limitée, est plein d’espérance pour la vitalité et l’inventivité du corps social français. Mais il faudra aussi se pencher sérieusement sur l’application du principe de subsidiarité en privilégiant autant que possible les initiatives de terrain.

  • L’attention aux plus vulnérables : Le confinement a renforcé les inégalités et les fragilités. Les sans-abris, les migrants, les décrochés scolaires, les illettrés du numérique, les violences familiales, les handicapés, les aînés isolés dans les EPHAD. L’arrêt de l’économie a fait apparaitre une nouvelle pauvreté qui ne va pas disparaitre. Le Secours catholique, San ’Egidio, Mgr de Sinety, entre autres, l’ont dit avec force. Il ne faut pas s’habituer ! Les associations ont répondu présentes, comme toujours, en dépit de l’âge moyen élevé des bénévoles et grâce à l’apport de jeunes rendus disponibles par le confinement.

Avec la crise économique et sociale qui s’annonce et la baisse des dons pour la solidarité qui pourrait en découler, il faudra porter une attention renouvelée en direction des plus vulnérables, ce qui passe par une action coordonnée de tous les acteurs présents sur le terrain : Associations, Paroisses, Municipalités et CCAS, Régions, Etat.

Face à la montée probable du chômage de masse, il sera aussi temps de relancer le chantier d’un Revenu minimum universel, en particulier pour les moins de 25 ans qui n’ont pas accès aux minima sociaux.

  • Un autre regard sur l’international : Un des acquis de la lutte contre le Covid-19 est un autre regard sur ce qui se passe en dehors de nos frontières. Au départ, ce qui se passait en Chine, voire en Italie, paraissait bien lointain et ne nous concernait pas directement. Les bons esprits expliquaient l’épidémie par une mauvaise organisation locale. Puis l’épidémie est devenue pandémie et a frappé la France, l’Europe et le reste du monde quelque-soit le régime politique, l’organisation territoriale, la qualité du système de santé. Commence à apparaitre dans l’opinion la perception d’un destin commun face à l’adversité puis l’idée que nous ne nous sauverons pas tout seul. Ce sentiment, que la lutte contre la pandémie est une lutte pour un bien commun mondial, est essentiel mais fragile en raison de l’attitude de certains dirigeants dans le monde qui préfèrent prendre des mesures unilatérales, chercher des boucs émissaires ou distiller de fausses nouvelles. Les responsabilités de chacun devront naturellement être évaluées en toute transparence et au moment opportun, mais il est essentiel de garder à l’esprit que notre avenir et celui de nos enfants dépend d’une coopération internationale basée sur la confiance, la transparence et le sentiment d’un bien commun mondial à défendre. Si nous n’y arrivons pas pour le Covid-19, il sera bien difficile de le faire pour la lutte contre le changement climatique.

La lutte contre le Covid-19 a aussi permis d’amorcer une révolution copernicienne où la France est dans le monde mais n’est pas obligatoirement le centre du monde, pour prendre une formule un peu provocatrice. La France, comme la plupart des grands pays, a souvent eu une vision autocentrée où la position de départ est de se considérer comme un cas particulier, en général plus performant que les autres (meilleurs services publics, meilleur système éducatif, meilleur système de santé, meilleures infrastructures de transport, etc). Parfois c’est exact, mais souvent c’est une simple figure de style pour éviter de regarder ce qui se passe ailleurs et de se remettre en question.

La lutte contre le Covid-19, par son unité de lieu, de temps et d’action au niveau mondial, nous oblige à regarder ce qui se passe ailleurs, y compris dans des pays plus petits et lointains, pour en tirer les leçons et éventuellement en transposer les bonnes pratiques. Ce que nous commençons à faire pour le coronavirus pourrait être étendu à d’autres domaines, en intégrant dans nos réflexions ce qui fonctionne mieux dans les autres pays européens mais aussi pourquoi pas dans des pays plus lointains. La nouvelle mondialisation solidaire que nous souhaitons ne peut pas être celle du repli sur soi.

  • La culture a été particulièrement touchée par le confinement avec la fermeture des salles de spectacle et de cinéma et l’annulation des festivals jusqu’au mois de septembre. Pourtant, et c’est un paradoxe, la culture (la musique, les vidéos, les peintures) n’a jamais été aussi importante comme moyen de sublimer les peurs, les angoisses, le besoin d’unité, le sens du beau, la recherche d’une transcendance.

La culture a été accessible avec une offre gratuite à la disposition de tous, accompagnée d’un effort pédagogique des professionnels de la culture (musiciens, acteurs, danseurs, chanteurs) pour attirer de nouveaux publics. On ne peut qu’espérer que ces innovations, façonnées par les circonstances, puissent fructifier et permettre de toucher durablement des publics différents, redéfinissant ainsi les contours de ce que pourrait être, demain, la culture pour tous.

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Ces réflexions sont des pistes à creuser et des interrogations. D’autres pourront tirer des conclusions différentes, parfois contradictoires. L’important est que les solidarités du confinement, qui sont porteuses d’avenir, ne soient pas oubliées et que le débat ait lieu.

Laurent de Mautort, administrateur des SSF

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