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Catherine BELZUNG
20 janvier 2021
Covid long : adapter la protection sociale

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Covid long : adapter la protection sociale

Les chiffres sont accablants : une étude chinoise publiée le 8 janvier 2021 dans le prestigieux journal médical The Lancet montre que plus de 6 mois après avoir contracté la Covid-19, 76% des patients ayant été hospitalisés (81% pour les femmes et 73% des hommes) présentent au moins un symptôme persistant comme des douleurs articulaires ou musculaires, des troubles cognitifs, de la fatigue ou un sentiment d’épuisement, de l’essoufflement, des palpitations, des vertiges, des douleurs thoraciques. Et ces troubles ne concernent pas seulement les patients les plus gravement atteints lors de la phase initiale, aigue de la maladie, c’est-à-dire ceux qui ont été hospitalisés ou qui ont été en réanimation, mais également ceux qui ont souffert d’une symptomatologie plus légère, sans hospitalisation : en effet, des études publiés dans la presse britanique indiquent qu’environ 1 patient sur 5 (patients hospitalisés mais aussi patients atteints de formes légères) souffre de cette forme longue.

Souvent, ces symptômes persistants empêchent la reprise du travail pour le patient atteint de ce que l’on appelle désormais le « Covid long ». En effet, d’après le CHU de Rennes, 10 à 15% des personnes ayant souffert de la Covid-19 n’ont pas pu reprendre le travail au bout de 6 semaines, et chez un grand nombre d’entre eux cette difficulté persiste au bout de plusieurs mois. Au problème de santé se rajoute alors une difficulté économique. Par exemple, pour un fonctionnaire, si son arrêt maladie dure plus de 3 mois, il ne bénéficiera plus que d’un demi-traitement, ce qui peut conduire à une reprise du travail alors que la personne souffre encore de symptômes très invalidants. Et pour les salariés du privé en CDD, cette situation peut conduire à une perte de l’emploi. On sait que la Covid-19 a touché davantage les plus modestes et les personnes précaires : en effet, cette catégorie de personnes a une probabilité plus élevée d’avoir un emploi ou une comorbidité exposant à plus de risques de développer la Covid-19, et donc, mécaniquement, elle a aussi une probabilité plus élevée de développer un Covid long. Les personnes les plus pauvres et les plus précaires sont donc exposées plus que les autres à ce risque de perte d’emploi ou de demi-traitement.

Que faire ? Des dispositions garantissant un salaire à 99% de son montant habituel viennent d’être mises en place pour la Covid-19 aigue. En effet, un arrêt de travail spécial Covid-19 est entré en vigueur le 10 janvier 2021 : contrairement à l’arrêt de travail classique, il ne comporte pas de délai de carence ou de condition d’ouverture du droit, il ne requiert pas non plus un passage chez le médecin. Cela devrait permettre de faciliter l’éloignement des malades de leur lieu de travail, et donc le risque de contamination. Cette disposition va dans le bon sens, mais cela est insuffisant et ne concerne pas le Covid long. Il est donc nécessaire de franchir une étape supplémentaire. Par exemple, actuellement les fonctionnaires peuvent demander un « congé longue maladie » (CLM) qui leur permet de bénéficier de l’intégralité de leur traitement pendant un an. Cependant, la liste des maladies permettant d’en bénéficier a été établie il y a 35 ans (arrêté du 14 mars 1986) et n’a pas été mise à jour. Elle inclut donc des pathologies peu fréquentes dans la France d’aujourd’hui comme la lèpre. Il suffirait donc d’inclure le Covid long dans cette liste pour permettre aux fonctionnaires d’en bénéficier en cas de symptômes persistants. Des dispositions équivalentes pourraient être mises en place pour les salariés du privé. De telles mesures permettraient non seulement d’accompagner les patients atteints de cette forme de la maladie, mais aurait aussi comme effet d’accompagner les plus précaires en leur évitant une reprise du travail alors qu’ils sont encore très marqués par la maladie.

Catherine Belzung, professeur de neurosciences à l’Université de Tours

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