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Xavier DE BENAZE
13 juillet 2022
Entendre les clameurs, oser se mettre en chemin, annoncer le salut de Dieu

Entendre les clameurs, oser se mettre en chemin, annoncer le salut de Dieu

Une étude récente d’un chercheur de l’université de Columbia (New-York) estime que « l'ajout de 4434 tonnes métriques de dioxyde de carbone [dans l’atmosphère] en 2020 - soit l'équivalent des émissions de 3,5 Américains moyens au cours de leur vie - entraînera 1 décès supplémentaire au niveau mondial sur la période 2020-2100 ». Autrement dit, sachant qu’un Français moyen émet en 2020 9,9 tonnes de CO2e par an, les émissions de 448 Français aujourd’hui vont provoquer un mort de plus d’ici 2100 par rapport à un scénario sans ces émissions. Ou pour reprendre la formulation de l’étude, 5,5 Français moyens émettront dans leur vie 4434 tonnes de CO2e s'ils vivent comme en 2020, ce qui provoquera un mort supplémentaire d’ici 2100 par rapport à un scénario sans ces émissions.

En lisant cette information reprise dans un article français qui parlait de « Théorie et pratique de la violence du carbone », une amie me demandait : « J'en sors à la fois troublée et... mal à l'aise... est-ce vraiment possible ??? ». Or il se trouve que dans le même temps, l’enchaînement des discours fortement engagés par des étudiants lors de leur remise de diplôme (Agro, HEC, ENSAT, X) m’ont aussi valu ce type de question. Voir des « élites » aussi jeunes remettre radicalement en cause le système qui les a éduquées et formées interroge, trouble ou enthousiasme, et pose la question « est-ce vraiment possible ? ». Le risque serait de laisser la question s’évanouir.

Car si l’écologie intégrale débute par « écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres» (Laudato si, 49), voilà bien deux occasions qui, à travers un chiffre choc et des mots de feu, ouvrent nos oreilles intérieures. Ne laissons donc pas notre cœur redevenir pierre, et accueillons le don qui nous est fait d’un cœur de chair !

Ces discours ou cette étude ont en effet ce grand mérite de poser devant nous la réalité dans sa crudité, et même dans sa cruauté. Oui, nos modes de vie ne sont pas durables. Mais après 25 ans de « développement durable », cela ne veut sans doute plus dire grand-chose pour nous, mis à part l’éternelle question « dans quelle poubelle dois-je mettre ce pot de yaourt ? ». 5,5 Français pour un mort, un appel officiel à bifurquer… Voilà des cris qui disent autre chose que « non durable ». Ils disent nos modes de vie insoutenables, voire délétères. Ne les disqualifions pas d’un revers de manche, sous prétexte d’incertitude de mesures statistiques ou de jeunesse qui n’a pas fini de mûrir. Ce serait in fine faire l’autruche, et enfoncer notre tête dans le confort de nos ordinaires alors que le sable des déserts continuera à avancer.

Ces clameurs, accueillons-les. Chacun et chacune tels que nous sommes. Nos réactions et nos réponses seront diverses. Mais en acceptant de nous lancer ainsi nous-mêmes sur des chemins de Transition nous pourrons contribuer à les inventer avec d’autres. Nous bifurquerons pour reprendre les mots des étudiants et étudiantes d’AgroParis Tech. Mais nous ne fuirons pas comme le précisent ceux de l’ENSAT. En cela, nous serons disciples du Christ, dans le souffle de l’Esprit qui anime les premiers mots du grand texte de Vatican II Gaudium et Spes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » (GS 1).

Ces espoirs et ces angoisses, partageons-les donc avec nos frères et sœurs humains et avec toute la Création. Il est certain que ce ne sera pas facile et peu reposant d’accepter de traverser ces montagnes russes intérieures et politiques, personnelles et collectives. Mais sans cette humanité, sans cette « créaturité » partagée, nous ne pourrons pas remplir notre mission de chrétien d’être témoins de l’espérance du Crucifié Ressuscité. Cette mission que Gaudium et Spes présente ainsi dans la phrase qui suit celle déjà citée : « Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. » (GS 1).

Alors, à chacun et chacune d’entre nous : bonne écoute des clameurs qui montent, bons chemins de Transition à partager les espoirs et les angoisses de toutes les créatures, et belle mission d’annoncer le salut de Dieu !

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Ecologie Spiritualité Xavier de Bénazé
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