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Marie-Noële SICARD
2 décembre 2020
Pandémie et information : une société en danger

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Pandémie et information : une société en danger

L‘actuelle pandémie questionne notre rapport au savoir; elle donne une grande leçon d‘épistémologie, actuellement inaudible dans le brouhaha médiatique dont les effets sont délétères. Elle met en exergue la crise de l‘expertise et la difficulté de construire un savoir : la dynamique actuelle d‘acquisition des connaissances propres à la pandémie implique leur re-questionnement permanent, exposant au re-questionnement du choix des décisions qui en découlent. La question de la vérification/validation construite des informations (fact checking), avant leur diffusion au grand public, est également problématique car « la vérité » peut- être plurielle.

Se pose alors la question des données « data » qui saturent l‘horizon médiatique, à la fois survalorisées, en particulier sur les chaines de télévision en continu et les réseaux sociaux, ou simplement ignorées. Prééminentes ou inutiles, elles cachent et obscurcissent autant qu‘elles révèlent et éclairent en cristallisant le temps présent, au détriment du long terme qui serait nécessaire aux récepteurs pour comprendre.

L‘accumulation des données produit une sorte de pseudo « transparence » alors que, en même temps, les lacunes, les biais, les marges d‘erreur orientent les publics vers le doute et la spéculation.

« L‘économie de notre attention » est perturbée par la quantité massive d‘informations souvent spectaculaires et /ou conflictuelles, nous empêchant de construire un débat ou une opinion qui se voudraient rationnels, et qui vont générer au contraire colères ou angoisses, ou en tout cas une défiance exacerbée envers « le système », délégitimant ainsi toute réglementation. Les réactions à la recommandation du port du masque, réputée attentatoire à la liberté individuelle en est un exemple frappant et consternant.

Dès lors comment lutter contre l‘embouteillage des craintes, les stigmatisations, les exclusions, et essayer de construire un dialogue entre la science en train d‘avancer et la société, particulièrement fragilisée et vulnérable en situation de pandémie ?

Il faudrait parvenir à prendre le temps de s‘interroger sur les contradictions inhérentes aux phénomènes complexes et, au- delà, se souvenir que nous sommes des individus nourris par le lien aux autres et que nous vivons dans un monde d‘interlocutions pas seulement tourné vers nous -mêmes et notre bon plaisir !

"Sans vouloir céder au catastrophisme, et en réaction à cette situation, est apparue récemment de la part de journalistes conscients de cette dérive, la volonté d’aborder le journalisme d‘une autre façon : « un journalisme dit de solutions."

La pandémie devrait nous faire comprendre l‘importance du collectif, et accélérer la prise de conscience de notre vulnérabilité, alors que notre monde commun et partagé pourrait se déliter au profit d‘archipels de réseaux repliés sur eux -mêmes, véhiculant des vérités alternatives, des « fake news », de « l‘infox », construisant une sorte de désocialisation amplifiée par une charge émotionnelle dangereuse. Sans vouloir céder au catastrophisme, et en réaction à cette situation, est apparue récemment de la part de journalistes conscients de cette dérive, la volonté d’aborder le journalisme d‘une autre façon : « un journalisme dit de solutions » Pour le journaliste, il s‘agit de changer de posture : après une investigation solidement menée, poser les faits, ménager un espace de conversation et de discussion pour nourrir un débat apaisé avec les publics, être à l‘ écoute de son ressenti, tout en prenant le temps de comprendre sans cesser de s’ interroger.

Voilà une réaction forte de la profession face aux dangereuses dérives contemporaines, qui a le mérite d‘exister. A nous aussi, publics divers, de lutter sans rester aveugles et indifférents aux réalités d’aujourd’hui, pour préserver à tout prix le lien social qui nous fonde, au moment même où la défiance des uns envers les autres pourrait durablement s‘installer.

Marie-Noële Sicard, rédactrice des SSF

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1. On lira avec profit sur ce sujet : « les médias le monde et nous » Anne- Sophie Novel, ed : Actes sud, 2019

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