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Camille PERRIER
15 novembre 2003
Les faits marquants du Vendredi après-midi

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Les faits marquants du Vendredi après-midi

Synthèse du vendredi après-midi de la session 2003 des Semaines Sociales de France, "L'argent".

Elle avait déjà pointé le bout de son nez en matinée, au cours de la conférence de Jean Boissonnat. La finance a eu droit à tous les honneurs vendredi après-midi au cours de la conférence de Paul H. Dembinski. Une importance justifiée par le rôle central qu’elle a pris depuis 20 ans dans le système économique et monétaire mondial, et par ses effets sur notre rapport à l’argent.

La finance a tellement grandi qu’on a du mal à la cerner. Comment la définir ? Pour Paul H. Dembinski, qui est directeur de l’observatoire de la finance à Genève, la finance repose sur « deux piliers principaux : les titres doivent être transmissibles, et il faut une méthode pour mesurer la valeur de ces titres, c'est à dire un marché ». Associez un système juridique efficace à ces deux ingrédients, et vous obtenez un système financier moderne.

Le tournant des années 70

Mais quelque chose a changé au royaume de la finance. Jusqu’aux années 70, elle était réservée en somme à un petit monde : ceux qui avaient assez d’épargne pour la mobiliser sur les marchés. Une vérité qui a été complètement battue en brèche depuis trois décennies. « D’abord, grâce à la baisse fantastique des coûts des télécommunication (divisés par 200% au moins pendant cette période), et grâce à l’apparition de circuits spécialisé de transactions financières », explique le directeur de l’Observatoire de la finance. A cela s’ajoute des facteurs politiques, avec la libéralisation des transactions de change dans les années 60.

Toutes les conditions étaient réunies pour un changement d’échelle de la finance, un événement fondateur va le précipiter. Le 15 août 1971, le président américain Richard Nixon « coupe le cordon ombilical qui reliait le dollar à l’or et le laisser flotter, plongeant le monde dans un certain désarroi ». Pour Paul Dembinski, tout change puisque « les monnaies nationales deviennent des actifs financiers comme les autres ».

Une ampleur inédite

Ce changement peut être perçu à travers la taille qu’a pris la finance en quelques années. Les chiffres donnent le vertige : en 1980, la capitalisation financière mondiale faisait 20% du PIB mondial, elle en fait 100% aujourd’hui. Le directeur de l’Observatoire peut multiplier les exemples : la valeur des obligations représente aujourd’hui 30 000 milliards de dollars, soit le produit des richesses mondiales, quand les valeurs notionnelles des produits dérivés (sur quoi porte le contrat) représentent elles le double.

« Au final tout ça ne veut plus dire grand chose », comme le reconnaît Paul Dembinski : on compte au total 500 000 milliards de dollars de transactions financières chaque année, soit 20 le PIB des pays de l’OCDE, et 40 à 50 fois celui des PVD !

L’emprise de la finance sur les sociétés contemporaines

Une telle croissance peut-elle s’expliquer uniquement par des facteurs économiques ou politiques ? Pour Paul Dembinski, il ne fait pas de doute que l’extension de la finance a été facilitée par « l’évolution des mentalités et des valeurs, notamment à l’Ouest ». La finance est devenue depuis les années 50 un « nouveau savoir, avec une production scientifique faisant de l’argent une pure manipulation de symbole ». Surtout cela a accompagné la naissance d’un « homo financiarus », petit fils de l’ « homo economicus », et qui voit le monde à travers deux paramètres : « le rendement et surtout le risque, qui est devenu un produit. Ou plutôt la couverture contre ce risque », ajoute le directeur de l’Observatoire de la Finance.

Ces développements créent l’illusion « d’une société sans risque, voire d’une utopie sécuritaire à laquelle on aspire tous », estime Paul Dembinski. C’est la financiarisation des mentalités : au Nord, « nos sociétés ont mis leur espoir dans des actifs financiers dont on attend des dividendes ». Au Sud, les populations se soucient avant tout dans la subsistance immédiate. D’où un facteur potentiel de tension, qu’il faut combattre en remettant la finance à la place « qui devrait être la sienne : la finance doit être au service de l’homme et du bien commun, elle l’a oublié ». Et pour cela l’implication de tous est nécessaire, « par des idées, des exemples et des comportements ».

Séance de questions

La finance n’a pas été épargnée par les critiques au cours de cet exposé. Les questions du sallepublic n’ont pas permis de lui trouver un ardent défenseur, Au contraire certains se demandaient si la finance a une utilité sociale. Assurément pour Paul Dembinski, qui rappelle que les marchés « doivent permettre de faire le lien entre ceux qui ont l’argent et ceux qui ont un projet d’investissement ». Mais il est certain pour lui que le marché a un peu trop délaissé cette activité. Au point de poser un défi au politique, comme l’ont demandé d’autres personnes du public ? Pour le directeur de l’Observatoire de la Finance, le changement d’échelle de la finance fait que l’espace politique ne correspond plus « au périmètre économique et surtout financier » : « on se trouve face aux limites de notre système démocratique, pour lesquelles je n’ai pas de réponses ».

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