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Camille PERRIER
16 novembre 2007
Une implication mondiale à implications locales

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Une implication mondiale à implications locales

Par Laurence TUBIANA

Conférence donnée au cours de la session 2007 des Semaines Sociales de France, "Vivre autrement pour un développement durable et solidaire".

LAURENCE TUBIANA, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales, directrice de la Chaire de Développement Durable de Sciences Po Paris, ancienne conseillère chargée de l’environnement auprès du premier ministre Lionel Jospin, co-auteur avec Pierre Jacquet d’un annuel du développement durable : Regards sur la terre 2008 aux Presses de Sciences Po.

Nick Stern et Jean-Marc Jancovici vous ont dressé un tableau précis et peut-être sombre des enjeux du réchauffement climatique pour notre planète et nos modes de vie. Cette perception des risques de plus en plus partagée conduit à réfléchir à nouveaux frais aux institutions dont nous nous sommes dotées après la seconde guerre mondiale. La dimension globale des problèmes montre plus que jamais la nécessité de l’action collective et réclame une organisation collective à la hauteur du problème – ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Les problèmes à affronter sont de mieux en mieux connus mais nous n’avons pas les moyens collectifs d’y faire face ; il y a là un décalage. Mais les défis à relever offrent aussi l’opportunité de changements possibles vers la construction d’une solidarité mondiale que nous recherchons depuis des décennies, sans vraiment trouver la manière de la conduire. Il est réconfortant, par exemple, de constater qu’après presque trente ans à débattre des effets de la globalisation économique, la plupart des experts, des responsables politiques et même des économistes les plus libéraux conviennent aujourd’hui des dangers d’une globalisation non gouvernée. Ma conviction est que le développement durable, aussi floue et empreinte d’ambiguïté que soit cette notion, est peut-être le paradigme en mesure d’encadrer la mondialisation. La globalisation économique a en effet besoin du développement durable pour se poursuivre et éviter d’aller à des impasses majeures – comme un réchauffement climatique non contrôlé et porteur de catastrophes majeures. Face au défi global devant nous, nous devons refonder notre paradigme du développement économique. Nous savons désormais que le modèle de développement fondé sur l’accroissement de la production matérielle fondée sur une énergie fossile abondante et très bon marché – modèle qui s’est diffusé à l’échelle mondiale depuis 1948 – nous mène dans l’impasse.

Gouvernance mondiale et institutions internationales

Les outils dont nous disposons pour agir collectivement relèvent d’une architecture complexe. On peut même parler d’un fouillis d’institutions et de traités internationaux, sans parler de la très grande variété des acteurs publics et privés aux forces et faiblesses très diverses. Certains essaient de soutenir des modes de gestion collectifs, d’autres ne croient qu’aux rapports de force. Or face aux défis collectifs posés par le développement durable, nous sommes amenés à ré-interroger nos institutions internationales dans leurs trois dimensions : leur légitimité, leur efficacité, leur équité. Et il faut le reconnaître, notre système n’est pas efficace, il est très peu coordonné, et ses accords sont faiblement ou pas appliqués – on le voit pour le Protocole de Kyoto, à l’élaboration duquel j’ai participé.

Pour agir collectivement, il faut commencer par partager le diagnostic des problèmes. C’est ce qu’a cherché à faire Nicholas Stern avec son rapport en 2006. C’est ce que font aussi le GIEC ou Al Gore. Mais d’un pays à l’autre, il reste des divergences très profondes sur la hiérarchie des problèmes. La plupart des pays en développement placent ainsi des objectifs sociaux avant la lutte contre le changement climatique : réduction de la pauvreté, accès aux soins de santé, à l’éducation, à l’eau, à l’énergie…

A ce manque d’accord sur le diagnostic et sur les priorités, s’ajoute un manque d’accord sur le cadre des solutions. Le cadre des Nations-unies est en proie aux critiques et à la défiance. Les États Nations demeurent encore pour beaucoup le centre de la représentation de l’intérêt général et l’instance légitime de négociation et de coopération internationale. Dans le même temps, la globalisation économique entraîne l’affaiblissement de ces États et la nécessité de redéfinir le rôle de la puissance publique. Les gouvernements sont limités dans leurs interventions et souvent fortement en concurrence les uns avec les autres – concurrence sur les règles du marché du travail, sur la fiscalité, sur la régulation environnementale. On voit également comment les élites sociales de nombreux pays, parce qu’elles comprennent la globalité économique, s’y insèrent et y arbitrent leurs décisions, se dégagent du contrat social national. Elles paraissent ne plus avoir besoin de cette attache pour vivre et se développer. Est posée ainsi la question de la construction de l’intérêt national et la légitimité de sa définition dans le seul État Nation.

Le mécanisme de marché semble devenir l’instance majeure de régulation non seulement de l’économie mais aussi des autres domaines de la vie collective. Pourtant, il est loin d’être sans défaillance. L’absence d’internalisation des coûts de l’environnement par exemple a été soulignée par le rapport Stern. Au lieu d’être un facteur de régulation, le marché paraît même aggraver la prédation sur les ressources naturelles. On sait aussi combien notre système des droits de la propriété intellectuelle peut freiner le développement des innovations ou empêcher l’accès aux médicaments. Ce n’est donc pas en passant de la défaillance des gouvernements à la défaillance des marchés que l’on progressera dans le règlement des problèmes collectifs. En revanche, le développement durable peut devenir le guide qui permettra de corriger les dysfonctionnements des uns et des autres. La création d’un marché du carbone est un exemple de la façon dont la perception nouvelle des risques peut conduire à des corrections du marché, tout en cherchant plus d’équité et de justice dans le partage des coûts et des bénéfices vers plus de protection de l’environnement et plus de protection sociale. C’est le cas aussi des quotas pour la pêche ou pour l’exploitation des forêts.

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