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Camille PERRIER
Le 24 novembre 2006
La pensée philosophique contemporaine

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La pensée philosophique contemporaine

Par PHILIPPE VAN PARIJS

Conférence donnée au cours de la session 2006 des Semaines Sociales de France, "Qu’est-ce qu’une société juste ?"

A Pantaleon Iroegbu (1951-2005)

“La question ‘Qu’est-ce qu’une société juste?’ n’est pas un bon point de départ pour une théorie de la justice qui soit utile. De plus, elle n’en constitue peut-être pas non plus un point d’arrivée plausible”. Cette citation de mon collègue Amartya Sen n’est rassurante ni pour les organisateurs de cette session des Semaines Sociales de France ni pour l’auteur d’un livre intitulé Qu’est-ce qu’une société juste ? ! À mes yeux, Amartya Sen a partiellement raison, quoique pas forcément pour les raisons qu’il avance, mais, heureusement pour ces Semaines Sociales, il a aussi partiellement tort. Je m’explique.

Quatre conditions pour toute conception plausible de la justice aujourd’hui

Toute théorie plausible de la justice aujourd’hui est tout d’abord nécessairement libérale – au sens philosophique du terme. Elle doit tenter de concilier, dans un ensemble cohérent, un idéal de tolérance et un idéal de solidarité, c’est-à-dire concilier un égal respect pour la diversité des conceptions de la vie bonne qui se côtoient dans nos sociétés pluralistes, et un égal souci des intérêts de tous les membres de la société. Dans les conceptions traditionnelles, pré-libérales de la justice, il importe de définir d’abord ce qu’est une vie bonne, réussie, avant d’envisager ce qu’est une société juste – une société dont les institutions rémunèrent la vie conforme à cet idéal de vie bonne et punissent les activités non conformes. Tel n’est pas le cas d’une théorie libérale de la justice : celle-ci prend acte du caractère irréversiblement pluraliste de nos sociétés et cherche à incorporer un égal respect de toutes les conceptions raisonnables de la vie bonne.

Mais cette dimension libérale doit être conciliée avec une dimension égalitaire – deuxième condition pour une conception plausible de la justice aujourd’hui – c’est-à-dire avec une sollicitude égale pour les intérêts de chacun. En contraste avec la théorie ‘libertarienne’, forme extrême du néo-libéralisme, fondée sur des droits naturels, ou prétendus tels, à la propriété privée de tous les objets du monde, la perspective libérale égalitaire demande que tout – par exemple le système de propriété – puisse être justifié du point de vue des intérêts de chacun.

Ce caractère égalitaire n’est cependant pas incompatible avec la justification de certaines inégalités, en raison de la place qu’il importe de faire à la responsabilité personnelle – troisième condition. Cela oblige à formuler toute conception plausible de la justice aujourd’hui en termes de chances, de possibilités, de libertés réelles, de capacités, plutôt que de niveau de bien-être ou de résultats. Il peut donc y avoir des inégalités de résultats justes dans la mesure où elles sont imputables à la responsabilité de chacun.

Mais il existe un second type de justification des inégalités. Il découle de l’importance qu’il faut accorder à l’efficacité économique, quatrième condition à une conception plausible de la justice. On part de l’hypothèse que certaines inégalités – mais pas toutes, bien sûr – peuvent contribuer à améliorer durablement le sort de ceux-là mêmes qui en sont victimes, et on introduit sur cette base un principe de maximin, c’est-à-dire de maximisation durable du minimum. L’idée est très simple : imaginons que nous répartissions de façon égale toute la richesse de notre société. Si tout le monde sait d’avance que la richesse sera constamment redistribuée de manière à égaliser le patrimoine de chacun, il y a fort à parier que l’incitation à travailler, à se former, à investir, à épargner, sera en moyenne sensiblement moindre. De telle sorte qu’à terme, ce qui sera disponible pour chacun sera inférieur à ce qui serait disponible pour celui qui a le moins dans une situation d’inégalité. En d’autres termes, une inégalité est justifiée si et seulement si ceux-là mêmes qui en sont victimes en profitent. C’est paradoxal mais fondamental. Les inégalités sont légitimes si elles profitent durablement aux plus défavorisés.

À mes yeux donc, toute théorie plausible de la justice aujourd’hui doit à la fois être libérale et égalitaire, et comprendre cet égalitarisme d’une manière qui fasse place à la responsabilité d’une part, à l’efficacité d’autre part.

La théorie de la justice de John Rawls

La plus influente de toutes les théories qui s’inscrivent dans cette perspective a été formulée dans un livre qui n’a pas son pareil dans la pensée politique contemporaine : la Théorie de la justice de John Rawls, livre qu’il a écrit à l’âge de 50 ans, après avoir publié jusque-là quelques articles seulement. Celui-ci a eu d’emblée, dans le monde anglo-saxon d’abord puis graduellement sur la planète entière, un impact tel qu’il est impossible aujourd’hui de faire de la philosophie politique sans avoir lu et étudié John Rawls . Trois principes résument sa théorie.

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